bell hooks, féministe visionnaire

bell hooks, féministe afro-américaine, a beaucoup réfléchi à la manière dont le racisme, le sexisme et d’autres oppressions s’articulent. Elle a également pensé la solidarité en s’appuyant sur ses propres expériences, sur celles de son entourage et sur l’histoire des femmes noires aux États-Unis. Interviewée par axelle, la sociologue Nassira Hedjerassi dresse le portrait de cette féministe incontournable et très accessible, passeuse d’idées et inspiratrice d’actions.

Portrait de bell hooks. D.R. - avec l'aimable autorisation de l'autrice.

Nassira Hedjerassi, professeure en sciences de l’éducation, a notamment rédigé la préface de la traduction française de Théorie féministe. De la marge au centre, un essai de bell hooks consacré à l’étude des succès et des échecs des mouvements féministes du 20e siècle. Elle répond à cinq questions sur bell hooks, autant de pistes concrètes pour penser la transformation de la société.

Pourquoi la pédagogie est-elle essentielle dans le parcours et les réflexions de bell hooks ?
« Pour bell hooks, la transformation de la société passe par un certain nombre de désapprentissages et d’apprentissages. Il s’agit de désapprendre toute la culture de la domination dans laquelle nous avons grandi. Mais aussi de se donner des outils de compréhension, d’analyse et de critique du monde, en vue de le transformer. La théorie doit être accessible à toutes et tous, il faut faire du porte-à-porte pour diffuser ses idées. Il faut toucher les personnes les plus éloignées de l’académie. C’est pour ça qu’elle écrit des livres sans jargon, qu’elle donne des conférences publiques, dans les librairies, dans des églises, autour d’une table de cuisine, chez les gens. »

Nous avons tous·tes à apprendre et à désapprendre ?
« Pour elle, s’il n’y a pas un travail qui est fait par tout le monde, le résultat sera inabouti. Nous devons tous travailler à sortir de cette culture de domination. Et bell hooks remarque que prendre conscience de ce qu’on subit, c’est l’étape la plus facile. Le plus dur, c’est de prendre conscience de nos propres privilèges et d’y renoncer. Pourtant, c’est un élément fondamental. D’ailleurs, bell hooks ne se dispense pas de ce travail. Elle a beau être une femme noire, d’origine populaire, d’une famille rurale… Être professeure à l’université la rend susceptible de générer des rapports d’oppression. Ne pas reproduire la domination, c’est vraiment un travail de longue haleine auquel nous invite bell hooks. »

bell hooks dit : « Le féminisme doit être un mouvement de masse », qu’est-ce que cela signifie pour elle ?
« Le premier enjeu, c’est de faire en sorte que le féminisme ne soit pas réservé à une petite minorité de femmes privilégiées. Pour cela, il faut rompre avec l’élitisme. Au moment des dernières élections aux États-Unis, bell hooks avait refusé de soutenir publiquement Hillary Clinton. Elle expliquait alors que l’objet des luttes féministes, ce n’est pas de permettre à quelques-unes d’accéder aux mêmes positions de pouvoir de certains hommes, mais bien d’éradiquer toutes les sources d’oppression. C’est pour ça aussi que le féminisme doit être un mouvement de masse, parce qu’il doit concerner tout le monde, les hommes compris. »

Pourquoi les points de vue des femmes « de la marge » sont-ils essentiels au mouvement féministe ?
« L’apport majeur de bell hooks et des féministes afro-américaines, c’est d’avoir pris en compte la pluralité des expériences des femmes. Les femmes noires, pauvres, issues de milieux ruraux aux États-Unis doivent se battre à la fois contre le sexisme, le racisme et le classisme. Pour ces femmes, ça n’a pas de sens de séquencer les luttes, de dire que le sexisme est la première des oppressions. Dans leur quotidien, les trois systèmes d’oppression sont imbriqués. Les points de vue de ces femmes sont importants : elles ont une perspective plus large sur la société et alimentent le féminisme qui lutte contre toute forme d’oppression. »

Qu’est-ce que la solidarité politique pour bell hooks ?
« Pour bell hooks, être victime d’une même oppression ne suffit pas pour se rassembler ni pour éviter de reproduire soi-même des dynamiques d’oppression. La véritable solidarité politique, c’est apprendre à lutter contre des oppressions qu’on ne subit pas soi-même. Pour elle, il s’agit de construire de véritables alliances entre les unes et les autres. C’est important, parce qu’on a tendance à faire prendre en charge les luttes par celles et ceux qui en sont l’objet alors que chacun et chacune devrait assumer sa part de travail. »

Pour aller plus loin

Lire ce portrait de bell hooks.

Découvrir ses ouvrages traduits en français : Ne suis-je pas une femme ? et De la marge au centre – Théorie féministe.

Comprendre son œuvre.

Surfer sur le site de l’Institut bell hooks (en anglais).

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