Décès de la féministe soudanaise Fatima Ahmed Ibrahim

© Rori – Projet #100 Days #100 Women

Pionnière dans la lutte pour le droit des femmes au Soudan, Fatima Ahmed Ibrahim est décédée le 12 août 2017. Elle avait 88 ans, et elle avait commencé de bonne heure.

Au lycée, rappelle le site des Terriennes qui dresse un très beau portrait de la militante, elle crée un journal intitulé Elra’edda (« La Pionnière ») pour protester contre le gouvernement colonial britannique ; elle conduit une grève victorieuse contre l’annulation des cours de sciences pour les filles ; elle fonde à 14 ans une « association des femmes intellectuelles »… Vient ensuite la création de l’Union des Femmes du Soudan, du magazine Sawt-al-Mara (« Voix des Femmes »), dont elle est rédactrice en chef. Elle confiait au quotidien L’Humanité : « Notre première revendication a été de demander des droits politiques pour la femme car nous pensions – avec raison – que tout découlerait de là. Au nom du Coran, on nous les refusait. Alors, on a décidé d’apprendre l’Islam pour montrer aux fondamentalistes que cette religion ne contenait pas l’exploitation de la femme. »

Elle joue par la suite un grand rôle politique lors de la révolution communiste et sera, en 1965, la première femme députée de son pays. Mais en 1969, le pouvoir est repris, son mari, syndicaliste, est exécuté, et Fatima Ahmed Ibrahim passe vingt ans entre la prison et la résidence surveillée, avant l’exil en Angleterre en 1990, à la suite du coup d’État d’Omar al-Bachir et de la mise en place de sa brutale dictature militaire, réduisant à néant les droits chèrement acquis des Soudanaises. Elle retourne au Soudan en 2005, où elle est à nouveau élue députée en 2006, mais sa santé ne lui permet bientôt plus d’exercer. Une héroïne, trop peu connue dans le monde francophone.

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