Écriture inclusive : 314 enseignant·es se rebiffent

© Aline Rolis

En France et en Belgique, le débat autour de « l’écriture inclusive » s’est récemment invité dans tous les médias. Bien au-delà de la question du point médian à l’écrit (« enseignant·es »), l’enjeu est de faire exister les femmes dans la langue française. En effet, elles en ont été historiquement exclues, selon la doctrine sexiste propagée notamment par l’Académie française pour qui le genre masculin est plus noble et donc supérieur au féminin (« en raison de la supériorité du mâle sur la femelle », ainsi que le formulait le grammairien Nicolas Beauzée en 1767). Mais cette doctrine n’a pas toujours prévalu : les formes féminines des mots (« doctoresse », « autrice« ) existaient bien avant que la société ne les gomme au profit des formes masculines « universelles ». Et des règles de grammaire égalitaires avaient cours avant que l’Académie française ne les condamne.

Le 7 novembre dernier, 314 membres du corps professoral français – avec quelques allié·es suisses et belges – ont publié un manifeste pour rendre public leur engagement de ne plus enseigner aux élèves « le masculin l’emporte sur le féminin ».

Leurs arguments sont divers. Tout d’abord, les règles de grammaire qui déclinent la doctrine du masculin universel sont récentes : elles ont été mises au point au 17e siècle et généralisées avec l’école primaire obligatoire. Auparavant, les accords se faisaient notamment selon la règle de la « proximité » qui consiste à accorder le ou les mots se rapportant à plusieurs substantifs avec celui qui est le plus proche (le poète Ronsard écrivait ainsi en 1563 : « afin que ta cause et ma cause soit connue de tous »). L’enjeu n’est donc pas tant de « féminiser » la langue… que d’arrêter de la « masculiniser » !

Ensuite, il est maintenant reconnu (certes, pas encore par l’Académie française…) que l’objectif servi par les grammairiens à partir du 17e siècle était bien davantage politique que linguistique, les femmes perdant petit à petit les droits et le rôle social qu’elles avaient au Moyen-Âge au profit de l’ordre patriarcal moderne.

Enfin, les signataires insistent sur la question des représentations symboliques et de leur effet sur la construction mentale et sociale des enfants. Admettre que « le masculin l’emporte sur le féminin » n’a rien de neutre ; les petits élèves, filles et garçons, comprennent très bien de quoi il est réellement question avec ce principe, en particulier dans notre société où les filles et les femmes sont infériorisées.

Pour toutes ces raisons, ces 314 enseignant·es feront de la résistance. Elles et ils souhaitent déjà abandonner totalement cette triste formule, mais appellent surtout à adopter d’autres mesures afin de favoriser l’égalité dans la langue française. axelle magazine, qui pratique depuis 2016 l’écriture inclusivesoutient publiquement cette initiative !

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