En Égypte, des féministes en danger

Mozn Hassan. © Vinciane Jacquet.

Alors que la société civile est durement malmenée, le gouvernement semble déterminé à éliminer les activistes qui dénoncent les violences faites aux femmes dans les espaces publics et privés. Les féministes comme Mozn Hassan et son organisation « Nazra for Feminist Studies » sont directement visées par ce feu répressif. Malgré le travail essentiel qu’elles mènent et le soutien qu’elles apportent aux victimes depuis des années, les membres de Nazra sont décrites comme des « espionnes », des personnes qui « mettent en danger la sécurité du pays », et qui incitent à la « libération irresponsable » des femmes.

Mozn Hassan est une activiste féministe qui a fondé et qui dirige Nazra. Depuis sa création en 2005, l’association a documenté et dénoncé un nombre effarant d’agressions physiques et sexuelles, et aidé des milliers de femmes en leur proposant soutien psychologique et légal, ainsi que des soins médicaux. En 2011, Nazra a recruté des volontaires pour protéger les femmes pendant les rassemblements populaires qui accompagnent la révolution (voir axelle n° 157 et 161). Elle encourage les femmes à prendre part à la vie politique, et mène une coalition pour inclure les droits des femmes dans la Constitution de 2014 ainsi que les violences sexuelles dans le Code pénal.

Le 11 janvier, un tribunal a ordonné le gel des avoirs de Mozn Hassan (qui n’avait déjà plus le droit de se déplacer hors du pays depuis juin 2016), ainsi que ceux de Nazra, dans le cadre de l’affaire dite des « ONG financées par l’étranger », c’est-à-dire des organisations suspectées de comploter contre le gouvernement avec le soutien de puissances extérieures. Le gel des avoirs rend impossible l’utilisation de l’argent en banque : on ne peut plus payer son loyer ou ses dépenses quotidiennes, percevoir son salaire ou rémunérer des employé·es… L’attaque contre Mozn Hassan et Nazra vise à anéantir l’organisation, mais aussi à effrayer et décourager les autres activistes égyptien·nes pour les droits des femmes. Dans un communiqué de presse daté du 11 janvier, soit le jour même du jugement, Nazra assure qu’elle continuera son combat pour les femmes. Coûte que coûte. (Vinciane Jacquet)

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