Tori Amos

Quinzième album pour Tori Amos, 54 ans, queen de la ballade cordes à cordes, piano et vocales. Native Invader s’ouvre sur un ensorcelant conte d’hiver baptisé Reindeer King (« le roi des cerfs »).

Entre glace et feu, le morceau évoque la nécessité de revenir à soi, à l’unité, et à l’union avec la nature. La voix amplifiée tirant vers les aigus, le piano emporté, le texte onirique installent cette atmosphère si caractéristique, limite mystique, de la flamboyante chanteuse compositrice et interprète américaine. Elle voulait cette page 2017 inspirée par ses origines, une ascendance cherokee du côté de son grand-père, un retour aux sources des Great Smoky Mountains de la Caroline du Nord et du Tennessee. L’immersion a été interrompue par l’accident cardio-vasculaire de sa mère, qui a laissé celle-ci paralysée d’un côté et incapable de s’exprimer comme auparavant. La dernière chanson, Mary’s eyes, aborde cette nouvelle distance imposée.

Il y a toujours, il y a toujours eu des résonances intimes derrière les chansons de Tori Amos. Elle avait, dans son tout premier album, Me and a gun, écrit à la suite d’un viol commis contre elle, qui la mènera aussi à fonder en 1994 RAINN (Rape, Abuse and Incest National Network), un réseau d’aide et de soutien aux personnes victimes de viol et d’inceste. Les inoubliables montagnes russes sonores et vocales de Cornflake Girl (1994) sont nées d’une conversation entre amies à propos des mutilations génitales…

La fascination pour la musique d’Amos trouve peut-être son origine dans le paradoxe de cette voix veloutée, travaillée tout autant qu’incroyablement passionnée, et d’une musique mélodique sur laquelle s’inscrivent des textes dénonçant les horreurs de notre temps, comme dans Up The Creek, plus électro, critiquant la politique climatique de Trump. Celle qui reste une figure créative majeure offre sur Native Invader des morceaux aux styles versatiles et de multiples lectures, intimes et politiques, de cet « envahisseur de l’intérieur ». (V.L.)

Native Invader
Universal, 17 eur.

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