Burn-out maternel : « Je ne ressentais pas cet amour, j’étais comme un zombie »

Parmi les toujours plus nombreux parents souffrant de « burn-out », une grande majorité de femmes. Quelles réalités, systématiquement balayées sous le tapis, cache le terme ? Quelles souffrances ces mères vivent-elles au quotidien ? Voici le témoignage de Stéphanie, extrait de notre dossier consacré à ce sujet.

© Diane Delafontaine pour axelle magazine

Stéphanie est la mère de Lucie (cinq ans) et de Sacha (née en 2015 à 27 semaines, ayant passé 3 mois et demi en couveuse).

« Je me suis effondrée en novembre 2016. Ça faisait quelques jours que ça n’allait vraiment pas. Ce jour-là, j’avais rendez-vous chez ma psy : j’ai perdu pied. Avec le recul, je pense avoir été en dépression dès la grossesse, notamment à cause de problèmes au boulot. Je me sentais fatiguée en permanence.

J’ai été hospitalisée avant l’accouchement – prématuré, j’ai pensé : « C’est de ma faute, c’est moi qui l’ai poussée dehors. » Pendant les mois d’hospitalisation, le stress et l’épuisement étaient tels que je prenais les visites comme une corvée. Culpabilité exponentielle. D’autant plus que le discours du corps médical, malgré tous les gants pris, allait toujours dans le même sens : votre enfant a besoin de vous, de votre présence, de votre amour… Or je ne ressentais pas cet amour, j’étais comme un zombie.

Le retour de Sacha à la maison, loin de la délivrance attendue, a été une période extrêmement difficile : nuits hachées, pleurs, peur des microbes, monitoring, etc. Je n’avais qu’une envie : la mettre à la crèche pour pouvoir dormir. Je n’en pouvais plus de cette dépendance permanente. Au moment d’entrer à la crèche, Sacha est tombée malade et a dû être hospitalisée. Durant ces longs mois, je n’étais plus que l’ombre de moi-même, physiquement et mentalement. Je me sentais coupable de ne pas pouvoir apporter toute mon affection à cette enfant, de ne pas « assurer ». J’en ai voulu à Sacha, je m’en suis voulu de lui en vouloir, etc. Pire que tout, j’avais peur de causer des dommages irrémédiables à la construction de sa personnalité, et à celle de Lucie, ma fille aînée, qui souffrait également.

© Diane Delafontaine pour axelle magazine

On a ensuite doucement remonté la pente. J’ai recommencé à travailler le 1er octobre 2016, à temps partiel, mais je me sentais pourtant constamment débordée, stressée.

C’est alors que j’ai craqué. Grand vide. Je ne voyais plus aucun sens à la vie. La moindre tâche ou décision me paraissait une montagne. Incapable de m’occuper de mes filles, j’avais peur pour elles. L’éloignement était nécessaire : j’ai passé quelques semaines chez mes parents.

Mon état a été accepté par un cercle très restreint de personnes. J’ai senti beaucoup de jugements. Nos amitiés ont souffert. Notre couple a souffert. Et au boulot, le burn-out, c’est un peu une « mode » : tu te « mets en burn-out »…, comme si c’était toi qui décidais !

C’est difficile de se reconstruire avec cette perte de foi en la bienveillance, ce sentiment de honte vis-à-vis des « gens ». Et la culpabilité d’infliger tout ça à mes filles, de ne pas être une « bonne mère » ou, en tout cas, pas la mère idéale que je voulais être à tout prix, et à quel prix ! Celle qui a toujours la pêche, qui ne laisse pas ses enfants à la garderie, qui joue, qui est à l’écoute des émotions de ses enfants, qui fait des gâteaux sains, des sorties culturelles… Sans parler de tenir la maison propre et rangée, etc.

© Diane Delafontaine pour axelle magazine

Cet épisode a tiré la sonnette d’alarme : je veux apprendre à prendre soin de moi. C’est difficile de savoir jusqu’où on peut aller. Je crois que même sans la naissance compliquée de ma fille, ça aurait pu m’arriver. J’ai tendance à prendre beaucoup de choses en charge. Aujourd’hui, j’appelle plus facilement à l’aide. J’ai appris à faire attention à mes émotions, à mes limites. La méditation de pleine conscience m’a aidée à retrouver le contact avec la réalité. L’équilibre est encore fragile mais je sens qu’on avance. Les filles sont super, je les admire et les aime de tout mon cœur de maman imparfaite. On passe des moments très chouettes, d’autres moins. On essaie d’avancer chacun et chacune, avec nos faiblesses et nos fragilités. »

Analyses et témoignages à lire dans l’article « Burn-out des mères : le prix de la culpabilité », axelle hors-série 205-206, janvier-février 2017.

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