L’histoire de Caroline, victime de violences conjugales

Début 2015, la vie de Caroline a basculé dans l’alcoolisme. Après deux années d’errance et de violences conjugales, elle se reconstruit petit à petit.

© Manon Legrand pour axelle magazine

Cet article est publié dans le cadre d’un dossier spécial sur les violences contre les femmes, avec une série de témoignages et des articles de fond.

Le rendez-vous est donné dans les locaux de Vie Féminine, à Charleroi : un lieu sûr et discret réservé aux femmes. Autour de la table, Caroline et Laetitia se retrouvent. Ces deux femmes, qui s’étaient rencontrées dans un contexte difficile, ne se sont pas revues depuis un bon bout de temps. Caroline sortait alors de l’hôpital à la suite de coups que lui avait assénés son compagnon de l’époque et avait atterri au Déclic, service de Vie Féminine spécialisé dans l’accueil et l’accompagnement des femmes victimes de violences dans le couple, où l’avait reçue Laetitia.

La dégringolade

Il y a encore trois ans, Caroline était mariée. Cette mère de deux enfants travaillait dans un service où, se souvient-elle, « la rentabilité primait sur le bien-être des employés ». Elle explique : « Pour oublier mes problèmes, j’ai commencé à boire. » Un peu. Puis, de plus en plus. Début 2015, son mari quitte la maison « après une soirée très alcoolisée. C’est le début d’une longue dégringolade. »

Elle enchaîne ensuite les cures en hôpital, qui sont toujours interrompues car elle ne cesse de consommer de l’alcool. « Lors d’une cure, je suis tombée sur un garçon qui s’intéressait à moi. Il venait me voir. J’étais contente parce que tout le monde me tournait le dos. Il venait combler un manque affectif, raconte Caroline. Il était alcoolique également, il n’y en avait pas un pour rattraper l’autre. »

À la sortie de prison de son compagnon, Caroline accepte de l’héberger une nuit, qui deviendra une semaine, puis plusieurs mois. « On buvait, on volait… C’était ça, notre vie. ». Caroline ne voit plus ses enfants ni ses amis. Très vite, son compagnon se montre agressif. Des menaces verbales, il passe aux coups. « Un jour, il a pété un câble. Il m’a enfermée dans la buanderie et m’a frappée à coups de pied et de raclette… », témoigne-t-elle. L’homme menace aussi le père de Caroline, qui appelle la police.

La « bonne étoile »

Une agente de police arrivée à son domicile découvre le visage tuméfié de Caroline et lui demande alors discrètement s’il s’agit de coups de son compagnon. Elle contacte alors le parquet pour prendre des informations sur son dossier et dix minutes plus tard, la police embarque l’homme violent. « Cette inspectrice m’a sauvée ! C’est ma bonne étoile ! », raconte Caroline, reconnaissante. Laetitia précise qu’il s’agit malheureusement d’une exception : d’après son expérience, le traitement judiciaire et policier des violences faites aux femmes laisse encore à désirer (voir « Circulaire Tolérance Zéro contre les violences conjugales : dix ans après, où en est-on ? », axelle n°188, non disponible en ligne).

Caroline commence alors un long chemin de reconstruction pour sortir de l’engrenage des violences et de l’alcoolisme. Son ex-compagnon écope de trois ans de prison pour violences envers elle et pour d’autres méfaits. Elle est invitée à se rendre au tribunal pour des dédommagements, mais ne reste pas. « Je me suis dit que j’allais parler, mais j’avais très peur de mal parler, d’avoir l’air bête. Les agents avaient du retard et… je suis partie », explique-t-elle. Elle ne reçoit donc aucun dédommagement. Mais ce qui compte pour elle aujourd’hui, malgré de lourdes dettes, c’est sa reconstruction.

Chaque chose en son temps

Caroline passe ses journées dans un centre de jour pour usager·ères de drogues, où elle trouve écoute et soutien. « C’est beaucoup plus efficace que l’hôpital, analyse-t-elle. Dans ce centre, on travaille par phases, dont la réinsertion professionnelle. Ça nous aide à nous relancer. On travaille aussi sur nos émotions. »

Aujourd’hui, Caroline prend conscience de son histoire. « Avant, je disais que ce que j’avais vécu n’était pas très grave. J’ai traversé deux ans sans aucune émotion. Tout ce que j’ai subi ressort maintenant », explique-t-elle, encore fragile, mais déterminée à amorcer un nouveau départ. Pour elle. Et pour ses enfants, qu’elle espère pouvoir garder à nouveau un jour… « Chaque chose en son temps », dit Caroline en ravalant un sanglot.

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