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Dès la naissance, nous sommes "une fille" ou "un garçon" et la dimension sexuée de notre identité semble primer sur les autres. Ensuite, tout converge pour nous maintenir "à notre place"… Les pressions, les interdictions et les obligations qui pèsent sur les femmes pour la simple raison qu'elles sont du genre féminin sont nombreuses. Et surtout, elles montrent bien que, contrairement à ce que l'on prétend, "être une femme" ne va pas de soi !
Un tel contexte n'invite évidemment pas à l'épanouissement des multiples dimensions de soi. Mais nos identités ne se laissent pas si facilement enfermer… À tout moment, un événement peut être l'occasion de rompre avec "ce qui va de soi" pour donner à notre identité une dimension nouvelle, ne serait-ce qu'en pensée ou en rêve. Même s'il est impossible de changer en un clin d'œil le contexte dans lequel nous vivons, nous pouvons donc, personnellement et collectivement, "sortir du cadre"… |
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Malgré le poids du genre… des femmes sortent du cadre !
08 Pour une subversion des identités
11 Mon corps est un champ de bataille
14 La "culture" a bon dos !
16 Le travail au féminin, entre anciennes et nouvelles contraintes
19 Non, ce n’est pas ringard d’être vieille
22 Sexualité : nouvelles libertés, nouvelles normes ?
24 Elle était une fois…
26 Vivre avec ou sans règles ? |
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Malgré le poids du genre… des femmes sortent du cadre !
28 Les femmes peuvent aussi aller au café !
30 Les causeuses
32 Le choix de Juliette
35 Ces vêtements qui nous collent à la peau
36 Une femme sur la route
38 Femmes, mères et militantes…
40 "Je suis une femme, je voudrais mourir"
42 Marthe, une "vieille dame indigne" ?
44 Paroles de jeunes femmes
46 Quelques livres pour questionner l'identité
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Et si on sortait du cadre ?
Dès la naissance, nous sommes "une fille" ou "un garçon" et la dimension sexuée de notre identité semble primer sur les autres. Ensuite, tout converge pour nous maintenir "à notre place". On apprend aux petites filles à rester calmes, à se comporter avec douceur et altruisme, à devenir coquettes. Les jeunes filles doivent être séduisantes, répondre aux attentes de leurs proches, ne pas trop se rebeller, ne pas parler trop fort ni occuper trop de place. Les femmes sont tenues de plaire, encore et toujours. Leur corps, leur apparence, leurs attitudes et leurs propos doivent satisfaire les désirs masculins dominants. Dans la rue, dans leur couple ou leur famille, elles subissent des humiliations et des violences parce qu'elles sont des femmes. Les tâches ménagères et les soins aux enfants ou aux personnes dépendantes leur sont attribués. Il semble naturel qu'elles fassent passer leur vie et leur personne après celles des autres, au risque de tomber dans la précarité. Certains métiers leur sont conseillés, d'autres pas. Les contrats à temps partiel sont pour elles, les bas salaires et les petites pensions aussi. Les différents lieux de pouvoir leur restent la plupart du temps fermés. Leurs points de vue sur le quotidien et sur le monde sont le plus souvent passés sous silence… On le voit : les pressions, les interdictions et les obligations qui pèsent sur les femmes sont nombreuses. Alors qu'on les présente souvent comme anodins, ces divers aspects de "l'oppression identitaire" forment un système cohérent. Et surtout, ils montrent bien que, contrairement à ce que l'on prétend, "être une femme" ne va pas de soi !
En réalité, comme l'écrit Christine Delphy, "le genre précède le sexe". Autrement dit, si nos sociétés ne voulaient pas avant tout distinguer deux groupes sociaux – les hommes et les femmes – en les définissant par leur position de dominant ou de dominée, le fait d'être d'un sexe ou de l'autre ne serait pas plus déterminant que celui d'avoir les yeux de telle ou telle couleur, par exemple. "Si le genre n'existait pas, précise la sociologue, ce qu'on appelle le sexe serait dénué de signification, et ne serait pas perçu comme important : ce ne serait qu'une différence physique parmi d'autres."
C'est le même processus qui sous-tend "la mécanique raciste". Là aussi, on construit une différence à partir d'un critère choisi arbitrairement (culture, religion, couleur de peau, etc.) et on affirme que cette différence est le signe d'une infériorité. L'individu est ensuite réduit à cette caractéristique, tous ses faits et gestes étant expliqués par cette prétendue identité englobante. Dès lors, on peut justifier les inégalités qui frappent les personnes classées dans une même catégorie par leur "moindre dignité" : elles "méritent" en quelque sorte d'être méprisées, exclues ou violentées puisqu'elles sont "différentes", "inaptes" ou "dangereuses"…
Pour toutes les personnes qui se retrouvent dans "la mauvaise catégorie", un tel contexte n'invite évidemment pas à l'épanouissement des multiples dimensions de l'identité. Ces possibles déploiements de soi sont, au contraire, brimés par la norme, par ce qui est bien vu ou toléré. Mais nos identités ne se laissent pas si facilement enfermer ! Elles sont, comme l'explique Jean-Claude Kaufmann, en constante évolution. Et si l'éducation que nous avons reçue, le milieu dans lequel nous vivons, les modèles qui nous sont présentés forment en quelque sorte les racines de notre identité, nous avons aussi des ailes ! À tout moment, un événement – heureux ou douloureux, apparemment insignifiant parfois – peut être l'occasion de rompre avec "ce qui va de soi" pour donner à notre identité une dimension nouvelle, ne serait-ce qu'en pensée ou en rêve. Car nous nous construisons sans cesse, au cœur des contradictions auxquelles nous sommes confronté-e-s, affirme le sociologue : "Même les décisions minuscules engagent l'identité, qui est non pas une entité stable, strictement déterminée par le passé, mais un processus ouvert sur le présent et l'avenir, en reformulation permanente. L'individu se fabrique jour après jour par ses choix, et redéfinit continuellement sa totalité – changeante – qui donne sens à sa vie."
Même s'il est impossible de changer en un clin d'œil le contexte dans lequel nous vivons, nous pouvons donc, personnellement et collectivement, "sortir du cadre". Nommer les injustices et les violences, refuser l'ordre établi, se voir autrement et exister plus librement, c'est déjà ouvrir des espaces d'égalité. Et puis, vous le verrez dans ce numéro, de nombreuses femmes s'écartent de ce que l'on attend d'elles pour inventer, au quotidien, des identités plurielles…
Isabelle Desobry
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