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    Le site de vie féminine
     
    Édito

     Refusons les divisions !

     

    Lors de la semaine d'étude que Vie Féminine consacrait, début juillet, aux droits économiques des femmes[1], nous avons dénoncé le fait que, dans un système qui pousse à s'accrocher au peu que l’on a, la solidarité est souvent bafouée et la concurrence renforcée, y compris entre les femmes… C'est l'une des divisions que l'idéologie libérale provoque dans notre société, rendant ainsi plus difficiles la révolte et les luttes sociales des personnes opprimées.

     

    En prônant le "mérite individuel", le "sens de l'effort" et la "réussite personnelle", le libéralisme occulte les inégalités qui confinent certaines personnes dans une existence précaire pendant que d'autres profitent toujours plus de ce système injuste. Cette régression frappe très durement les femmes. Ainsi, la dernière étude sur les titres-services montre que ce dispositif massivement financé par l'argent public "occupe toujours, pour l'essentiel, des travailleurs à temps partiel. Seuls 10 % des travailleurs sont engagés à temps plein. Et un peu plus du quart travaille moins qu'à mi-temps."[2] Tandis que, grâce à l'État, les utilisateurs ne paient qu'une somme minime pour faire accomplir ces travaux domestiques, les femmes qui s'en chargent[3] – car il s'agit presque uniquement de femmes – perçoivent donc de très faibles revenus et ont souvent des horaires particulièrement fragmentés, au mépris de leur propre qualité de vie.

    Cette précarisation des femmes sur le marché de l'emploi vient d'être confirmée par l'Institut pour un Développement Durable. "Les femmes sont (plus) souvent pénalisées sur le marché du travail, écrit l'économiste Philippe Defeyt. Elles ont plus souvent que les hommes un emploi temporaire, en particulier pour les femmes faiblement qualifiées et les jeunes femmes ; elles travaillent beaucoup à temps partiel et celles qui ont le moins d'heures de travail sont en moyenne celles qui gagnent le moins à l'heure."[4]

     

    Plus sournoise, l'instrumentalisation par la droite de certaines thématiques féministes crée, elle aussi, de nouvelles exclusions, comme l'explique la sociologue et anthropologue française Natacha Chetcuti. "L'émancipation, l'autonomie des femmes, la lutte contre les violences masculines servent alors à légitimer des politiques xénophobes de fermeture des frontières et de réduction de l'immigration. Ainsi […], une dénonciation sélective des violences faites aux femmes permet de désigner le "mauvais" immigré, avec des relents colonialistes. Comme si ces violences ne concernaient pas toutes les femmes, de toutes classes et de toutes origines." Ceci a, malheureusement, des conséquences bien réelles : "Derrière les discours, les subventions allouées aux centres d’accueil pour les femmes battues sont réduites, de nombreux centres IVG ferment. Il s’agit bien de diviser en séparant les enjeux, d’opposer artificiellement la lutte antiraciste et la lutte antisexiste."[5]

     

    Dans un tel contexte, notre lecture féministe des différentes inégalités renforce plus que jamais les solidarités entre toutes celles et tous ceux qui subissent ces discriminations. Nous ne laisserons pas le capitalisme, le racisme et le sexisme nous diviser !

     

    Isabelle Desobry



    [1] Voir notre dossier, pp. 23-28.

    [2] La Libre Belgique du 11 août 2010.

    [3] Certaines sont obligées de le faire dans le cadre du "plan d'accompagnement des chômeurs".

    [4] "Des indicateurs de précarité sur le marché du travail", 18 août 2010.

    [5] "Égalité ou différence ? Le féminisme face à ses divisions", Libération du 13 août 2010.

     
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