Indignation autour d’un colloque à Charleroi sur les violences conjugales

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Un colloque sur les violences conjugales, qui devrait se tenir en novembre à Charleroi, fait polémique : un intervenant en particulier, Yvon Dallaire, tient régulièrement des propos niant la domination masculine dans nos sociétés. Nous publions le coup de gueule documenté d’Irène Kaufer, militante féministe et collaboratrice à axelle magazine, et suivrons le sujet de près. Alerté·es, des représentant·es politiques et d’associations montent déjà au créneau.

CC Jeanne Menjoulet

10 août 2017 

Le 28 novembre prochain, le Service d’Aide aux Victimes de l’arrondissement judiciaire de Charleroi (asbl ORS – Espace Libre) organise un colloque consacré aux violences conjugales. La date semble logique : le 25 novembre sera la Journée internationale contre les violences envers les femmes. Toutefois, l’intitulé de la conférence est déjà problématique : « La rencontre de deux souffrances ? » Cela semble mettre sur le même plan l’auteur de violences et la victime. Mais que penser de l’invitation faite à Yvon Dallaire à venir parler de « schismogenèse complémentaire » (sic), un terme compliqué pour dire que les violences conjugales sont équitablement partagées entre hommes et femmes, et que de toute façon la victime a un peu (ou beaucoup) sa part de responsabilité… ?

Yvon Dallaire, le psy qui venait du froid (dans le dos)

C’est l’un de ces masculinistes québécois dénoncés aussi bien dans le film de Patric Jean, La domination masculine, que dans le livre de Melissa Blais et Francis Dupuis-Déri, Le Mouvement masculiniste au Québec, l’antiféminisme démasqué.

Pour les masculinistes, non seulement les femmes ont désormais obtenu l’égalité, mais elles ont même renversé les rapports de domination et aujourd’hui, « il serait temps que les hommes exigent le respect et la reconnaissance pour tout ce qu’ils ont fait, font, continueront certainement de faire pour l’amélioration de l’Humanité. Il serait temps que les hommes se libèrent du joug des femmes » (Yvon Dallaire, Homme et fier de l’être, Option Santé 2001).

D’ailleurs, Dallaire a une idée bien arrêtée sur l’égalité : « Le mouvement féministe préconise l’égalité. Oui, tous les humains sont égaux. Mais si tout le monde était sur le même pied, ce serait le chaos. Les sociétés ont besoin d’organisation, des structures. Et c’est le rôle des hommes dans la société : structurer » (La planète des hommes, Société Radio-Canada/Bayard 2005).

Pour imaginer ce que cet « expert » peut penser des violences conjugales, rien de tel que de voir ce qu’il écrit sur les couples qui échappent à ce fléau. Allez, un petit tour du côté des « femmes heureuses » (Qui sont ces femmes heureuses ?, Option Santé 2009) : rien que ces extraits du sommaire indiquent déjà le sens des bons conseils du psy. Chapitre 4 : « Les renoncements nécessaires des femmes : accepter d’être incomprise, entretenir la réalité masculine, être patiente… » Chapitre 5 : « Les attentes légitimes des hommes : les habitudes de la mégère, le respect de son fonctionnement, la confiance en ses capacités et initiatives, l’appréciation de ses qualités mâles… »

Derrière le vernis psy

Contrairement à certains autres masculinistes plus excités, Dallaire a un côté rond, bonhomme, avec un vernis de « psy », qui lui permet d’être invité dans des médias ou des colloques plus ou moins honorables. Il peut donc y expliquer « scientifiquement » que les différences entre hommes et femmes sont d’ordre biologique, c’est ainsi, on n’y peut rien, et le « bonheur » ne peut venir que si chacun, et surtout chacune, sait rester à sa place.

Contacté·es, les organisateurs/trices du colloque répondent que « la possibilité de discuter et de confronter autour de ce sujet est une façon de se dépasser et de grandir. Cela permet de sortir de la vision dichotomique de la violence conjugale. »

Consternée, une psychologue réagit vivement sur la page Facebook de l’événement : « On n’invite pas de masculinistes à parler de violences conjugales, point. Qu’ils aient le droit de penser ce qu’ils veulent certes, mais leur offrir une tribune et les légitimer comme experts a des conséquences beaucoup trop lourdes et dramatiques pour que ça ne soit pas dénoncé. »

La prochaine fois, pour parler de racisme, il faudra songer à inviter l’un·e ou l’autre représentant·e de l’extrême droite. Histoire de sortir de la « vision dichotomique » d’une société démocratique…

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