Protection de la maternité : un droit en recul ?

Carte blanche de Vie Féminine – 29/11/2017

Maggie De Block voudrait limiter le nombre d’écartements du travail pour les travailleuses enceintes. Les écartements ont pour objectif de préserver la santé de la mère et de l’enfant dans certaines circonstances. Nous n’avons que très peu de détails sur ce dossier, mais nous nous inquiétons face à une nouvelle attaque contre un droit en lien avec la maternité. Les femmes n’ont pas besoin d’une responsabilité supplémentaire sur leurs épaules, avec de grands risques pour leur santé et celle de leur enfant !

CC clappstar

Nous découvrons une fois de plus par la presse une mesure que le gouvernement fédéral compte mettre en place et qui aura un grand impact sur les femmes. En effet, lors d’une interview dans La Libre Belgique, Maggie De Block, Ministre de la Santé, a réaffirmé son intention de limiter le recours à l’écartement des femmes enceintes au travail. Elle estime que l’écartement n’est pas utilisé à bon escient et qu’il a des impacts négatifs sur les femmes et évidemment sur le budget des soins de santé. Selon elle, il faudrait que les femmes aient plus souvent le « choix » de pouvoir continuer à travailler et/ou que les employeurs écartent moins souvent « d’office » les femmes enceintes.

Pour rappel, l’écartement dit « prophylactique », c’est la possibilité, pour un employeur, de permettre à une femme de changer de poste de travail ou d’arrêter temporairement de travailler si le poste de travail expose à des risques dangereux pour la santé ou celle de l’enfant (agents chimiques cancérigènes, froid/chaleur extrême, port de charges lourdes, contact de certaines maladies contagieuses, etc.). La médecine du travail est amenée à faire des constats par rapport aux risques et à proposer des mesures de protection.

La plupart du temps, dans certaines fonctions et secteurs, un aménagement du poste de travail est difficile : par exemple pour une infirmière, une puéricultrice, une ouvrière qui manipule des produits chimiques. Mais mettre l’accent sur le « choix » individuel de la travailleuse de continuer à travailler, c’est ignorer le rapport de force qui existe entre elle et son employeur. C’est ignorer aussi le contexte ambiant de responsabilisation énorme qui repose déjà sur les épaules des femmes qui vont devenir mères (santé, comportements, etc.).

Bien sûr, la grossesse n’est pas une « maladie », mais cela reste un état physique particulier qui demande une attention particulière en termes de santé. Ce droit est d’ailleurs protégé par une Convention de l’Organisation Internationale du Travail (n° 183) sur la protection de la maternité. Il est clairement mentionné que les femmes ne doivent pas être contraintes d’accomplir un travail préjudiciable pour leur santé et celle de leur enfant. Toutes ces mesures de protection doivent en outre être prises sans que cela engendre de discriminations pour la travailleuse.

Et là, on sait que ça pose problème : selon une enquête de l’Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes, ¾ des femmes estiment avoir vécu une forme de discrimination, d’inégalité ou de préjudice en raison de leur maternité. Et toutes ces femmes sont loin de se plaindre pour avoir été écartées d’office (même si cela arrive aussi), si l’on en croit ce guide de l’Institut, Grossesse au travail.

La Ministre demande un changement d’attitude par rapport à un écartement qui serait « abusif » ? Mais ce que nous voyons, nous, c’est que l’on demande toujours un peu plus aux femmes de s’adapter au modèle masculin et de renoncer à des droits spécifiques, sans recevoir par ailleurs de vraies réponses à leur demande d’égalité, de non-discrimination ou de partage des responsabilités familiales. Et une fois de plus, cette mesure a été prise sans concertation et sans anticipation des conséquences sur les femmes au quotidien et dans leur rapport avec le monde du travail.

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