Elle venait d’Érythrée. Elle avait à peine mon âge. Elle ne voulait pas dormir dehors.

Journaliste et collaboratrice de longue date de notre magazine, Manon a répondu à l’appel de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. Pour une nuit, elle a accueilli une femme érythréenne sur la route de l’exil.

© Pierre Vanneste, collectif Krasnyi pour axelle magazine - photo d'illustration

Elle a tout nettoyé. Même le bocal de céréales tout poussiéreux caché derrière la boîte à pain. Même le pot de thym se desséchant depuis dix jours sur l’appui de fenêtre.

Elle a tout nettoyé.

Je ne connaissais rien d’elle. Si ce n’est qu’elle était au parc Maximilien ce lundi 25 septembre à 22 heures.

Qu’elle avait fait une longue route. Qu’elle venait d’Érythrée. Qu’elle avait à peine mon âge. Qu’elle ne voulait pas dormir dehors.

Elle est arrivée chez moi, conduite par une autre femme dont je ne connaissais rien non plus. Si ce n’est qu’elle avait consacré quelques heures de sa soirée à prendre en charge des femmes et des hommes qui ne voulaient pas dormir dehors. Qu’elle ne voulait pas laisser dormir dehors.

Je l’ai accueillie vers 22 heures. Elle avait peur. De l’inconnue que j’étais pour elle. De cet appartement, de cette rue, de ce quartier, dont elle ne savait rien. De mes intentions. Elle ne connaissait rien de moi.

Je lui ai proposé du thé. Elle a préféré un grand verre de lait. M’a demandé un sèche-cheveux. On lui a préparé un petit baluchon de fortune pour sa tentative de rejoindre l’Angleterre le lendemain.

Je ne connaissais rien d’elle. Elle ne connaissait rien de moi.

Elle a dormi. De longues heures.

Le lendemain, je suis partie la boule au ventre au boulot. Soucieuse de la laisser seule. Anxieuse de ne pas pouvoir partager mon petit-déjeuner avec elle.

Mais je suis aussi partie le cœur léger au boulot. Heureuse de la savoir en sécurité et au chaud. Et de lui avoir fait confiance.

Quand je suis rentrée, elle avait tout nettoyé. Même le bocal de céréales tout poussiéreux caché derrière la boîte à pain. Même le pot de thym se desséchant depuis dix jours sur l’appui de fenêtre.

Elle a tout nettoyé.

Elle, c’est Fyori. L’une de celles que Theo Francken a voulu nettoyer.

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