Le temps partiel en Belgique : une histoire de femmes ?

Par N°207 / p. 22-24 • Mars 2018 | conectionconection Contenu complet (pdf)
reservé aux abonnées

Mots-clés

BelgiqueEmploi

En Belgique, les femmes constituent 80 % des employé·es à temps partiel. Ces emplois sont présentés comme la solution pour articuler vie professionnelle et vie familiale : est-ce vraiment le cas ? Avec quelles conséquences ? Tour d’horizon d’un régime de plus en plus répandu en Belgique.

Les femmes occupent 80 % des emplois à temps partiel en Belgique, avec une prédominance dans le secteur des soins à la personne. CC Direct Relief

Sandrine, commerciale dans une société d’informatique, a choisi de travailler à 4/5e à la naissance de son premier enfant. Heureuse de son choix, elle l’a renouvelé à la naissance de son deuxième, malgré le fait que sa charge de travail n’ait pas été revue à la baisse. Quant à Brigitte, employée dans un ministère, elle a choisi le 4/5e pour pratiquer sa passion, le yoga, et donner cours une fois par semaine.

Temps partiels subis

Mais Sandrine et Brigitte ne représentent que 10,8 % des femmes qui choisissent le temps partiel librement. Toutes les autres le subissent, contraintes par le marché du travail et par l’insuffisance de la prise en charge collective du soin aux autres. Comme Margot, journaliste, et Alexia, employée administrative, qui travaillent à mi-temps. La première n’a pas trouvé de place en crèche ; le mari d’Alexia, cadre supérieur, voyage régulièrement à l’étranger, explique la jeune femme devant une tasse de café, le temps d’une pause dans sa recherche d’emploi. Car sa société a décidé de se séparer d’elle, son poste n’étant plus « crucial ». Et pour Véronique, vendeuse dans une grande surface, maman solo de deux enfants en primaire, c’était impossible de gérer seule sa famille tout en travaillant à temps plein… Le « choix » de toutes ces femmes n’en est donc pas vraiment un.

Mais comment en sommes-nous arrivé·es là ? Dans les années 1960, les femmes restaient en majorité au foyer. Puis, dans les années 1970, en même temps que les mouvements féministes prenaient de l’essor, elles furent appelées par l’État à collaborer à la productivité du pays. Le temps plein était un modèle. Celles qui ne trouvaient qu’un temps partiel ont eu droit à une allocation appelée AGR (allocation garantie de revenus), un « complément chômage » encore existant aujourd’hui, bien que régulièrement menacé.

Une « opportunité » ?

Aujourd’hui, le travail à temps partiel est présenté comme une opportunité pour mieux « concilier » vie professionnelle et vie familiale. Esteban Martinez, professeur de sociologie à l’ULB, dénonçait cette « rhétorique de la conciliation » lors d’un colloque sur le temps partiel organisé en décembre par le Conseil des femmes francophones de Belgique (CFFB).

Share Button
La suite de cet article est réservée aux abonné·es...
Déja abonné·e ?
Se connecter
Pas encore abonné·e ? Consultez les différentes formules !
S'abonner
Sans être abonné·e, vous pouvez également acheter (en version .pdf) l’exemplaire du magazine dont est issu cet article, afin de le lire entièrement et de découvrir d’autres contenus par la même occasion !
Acheter ce N° (2.50€)