Le féminisme pour embellir nos vies !

Comment porter le combat féministe sans perdre ni le sourire, ni le moral ? En pensant et agissant dans la joie et l’humour, comme nous y appellent de nombreuses féministes.

« C’est beaucoup plus fatigant d’être féministe quand tu es une femme, parce que tu vis les injustices que tu combats », témoignait Sarah dans un article d’axelle sur le burn-out militant. Le féminisme est un sport de combat. Et les moments de répit sont rares… Il arrive donc que les femmes soient exténuées, et aient envie de jeter l’éponge. On a vu d’ailleurs ces dernières années plusieurs femmes quitter les réseaux sociaux suite à un acharnement à leur encontre. À l’instar de Lauren Bastide, créatrice du podcast féministe La Poudre, qui expliquait, à l’annonce de la suppression de son compte Twitter : « Je me protège ainsi de la fatigue militante qui menace toutes les féministes, tant le quotidien est violent et les insultes nombreuses. »

Penser, nous devons, écrivait la romancière anglaise Virginia Woolf il y a presque un siècle. Mais cela ne doit pas se faire sans joie. Pour penser, nous devons aussi rire…

Mais le féminisme peut rendre la vie plus belle. Oui oui… C’est aussi l’intime conviction de Pauline Arrighi. Dans son livre Et si le féminisme nous rendait heureuses ? (InterÉditions 2019), elle revient sur sa « révolution du féminisme vécu ». « [Elle] m’a apporté une joie, une excitation et un sentiment d’accomplissement comme jamais rien ni personne auparavant », écrit-elle, bien décidée à partager son expérience de « libération intime » à d’autres femmes. Au fil des pages, elle livre des conseils d’autodéfense intellectuelle pour déjouer « l’enfumage patriarcal ». L’auteure rappelle aussi que la colère des femmes – souvent disqualifiée – est juste. Comme d’autres féministes, elle invite les femmes à se la réapproprier et à la retourner en une force puissante et collective. Au risque de passer pour des « folles », qualification qu’on donne souvent à des femmes en colère et en lutte !

Incarner la joie

Insuffler de la joie dans les mobilisations, mais aussi dans les espaces de débats et d’apprentissages…

Le féminisme est exigeant. Il demande de résister, au quotidien, et de décortiquer sans cesse le monde dans lequel nous évoluons. « Penser, nous devons », écrivait la romancière anglaise Virginia Woolf il y a presque un siècle. Mais cela ne doit pas se faire sans joie. Pour penser, nous devons aussi rire – des rires de complicité, contre les injonctions faites aux femmes à sourire – et prendre du plaisir.  C’est ce que défend la biologiste et philosophe Donna Haraway, icône féministe américaine à la bonne humeur communicative : « Je pense que nous débattons les unes avec les autres, du mieux que nous pouvons. Et on ne peut pas s’en tenir seulement à un débat : il s’agit aussi d’une sérieuse joie, d’une capacité à jouer, et pas seulement à travailler.  »

Insuffler de la joie dans les mobilisations, mais aussi dans les espaces de débats et d’apprentissages… Quelle joyeuse alternative – pour tous et toutes – à ce qu’on nous apprend dès l’école : être sage, docile et dans son rang… quitte à frôler l’ennui.

Si l’on ne sait pas toujours où le chemin du féminisme nous mènera, on le construit au gré de nos pas. Et en riant aux éclats !

L’échelle des douleurs

La douleur, c’est une sensation physique ou émotionnelle pénible. Une sensation très concrète, éprouvée dans son corps. Cependant, le regard porté par une société sur la douleur est variable, malgré les diverses échelles que la médecine utilise pour tenter de la quantifier. Entre l’ancestral « Tu accoucheras dans la douleur », l’indémodable « Il faut souffrir pour être belle » et leurs divers sacrifices, les femmes sont particulièrement concernées par les sens divers donnés à la douleur, qui vont jusqu’à impacter les parcours de soin.

« Tu enfanteras dans la douleur », c’est ce qui est écrit dans la Bible. Longtemps, on a prêté une fonction morale à cette douleur. Dans les années 1950, une méthode d’accouchement sans douleur (ASD) est créée en URSS. Elle se base sur la conviction que l’accouchement est indolore. Les douleurs ne seraient pas physiologiques mais le résultat d’un conditionnement inadapté des femmes. Bien préparées à l’accouchement, elles n’auraient pas mal…

Accoucher : avec ou sans douleur ?

La diffusion de cette méthode en Europe, notamment par le Parti communiste français, poursuit un objectif médical mais aussi politique : démontrer la supériorité de la science soviétique sur la science « bourgeoise » en pleine guerre froide. Mais une partie de la profession reste opposée aux techniques de soulagement de la douleur. Comme ce gynécologue catholique belge qui s’inquiète dans le journal de la Ligue des familles nombreuses, car lorsqu’une biche met bas sous anesthésie, elle ne garde pas son petit au réveil. En 1956, le pape Pie XII se prononce sur le fameux « Tu enfanteras dans la douleur » : il s’agit d’un constat et non d’une obligation. Si des techniques nouvelles permettent de soulager les douleurs, elles peuvent être utilisées.

Dans les années 1960, les féministes descendent dans la rue et les femmes sont plus nombreuses à accéder à des positions professionnelles où leurs voix portent. Elles remettent en question les discours qui poussent à la maternité, forcément belle et heureuse. Elles font aussi savoir que les douleurs de l’accouchement sont bien réelles. Néanmoins, l’ASD a profondément changé la vision de l’accouchement, notamment en ce qui concerne l’accompagnement des femmes, qu’on retrouve dans les diverses méthodes de préparation à la naissance, le plus souvent en marge de l’hôpital. Au sein de celui-ci, depuis les années 1980, la péridurale s’est largement imposée. Elle représente un réel progrès. Mais elle est aussi moins chère et moins longue à mettre en place qu’un accompagnement de qualité des femmes, dans un contexte d’économie dans les soins de santé. Elle est actuellement remise en cause par une partie des femmes et de la profession. Elle représente la médicalisation croissante qui supplante les capacités des femmes à accoucher.