Consentement dans le couple : « Pas envie ce soir », pas envie de ce livre

Le consentement au sein du couple hétérosexuel de longue durée ? Un sujet peu traité. Lors de la parution de Pas envie ce soir, le nouveau livre du sociologue français, Jean-Claude Kaufmann (Les Liens qui libèrent 2020), on aurait pu se réjouir : enfin une analyse « au cœur des zones grises de nos intimités ». Mais, surfant sur un vrai mouvement de visibilisation des violences, et paru dans un contexte, en période de Covid-19, d’augmentation des signalements de faits de violence, Pas envie ce soir contribue en réalité, et de façon insidieuse, à renforcer la situation qu’il dénonce. Analyse féministe. 

Certains témoignages recueillis sur le blog de l’auteur, Jean-Claude Kaufmann, et relayés dans son livre, Pas envie ce soir, sont terribles, mettant à nu harcèlement et viol conjugal. Tous sont terriblement parlants. De nombreuses femmes témoignent de leur détresse, désarroi, culpabilité, ambivalence et interrogations. Des hommes témoignent également.

Cependant, alors que la quatrième de couverture de l’ouvrage appelle à « déclencher une prise de conscience salvatrice et une insurrection dans les chaumières. Pour qu’enfin la parole se libère », l’analyse déroulée par le sociologue français, basée sur des constats auxquels on ne peut qu’adhérer, aboutit pourtant selon nous au renforcement de la soumission des femmes.

Aucune remise en contexte des normes sociétales fondées sur la division sexuelle du travail (femmes assignées au travail domestique et reproductif), entraînant des rapports de pouvoir au sein du couple hétérosexuel. Aucune mention de la fabrication de la soumission des femmes (relire On ne naît pas soumise, on le devient, de Manon Garcia). Le patriarcat ? La domination masculine ? Le sociologue n’en fait jamais mention de façon explicite. Son analyse repose sur des positions des femmes et des hommes symétriques et complémentaires, naturalisées, sur fond de vision capitaliste du couple, construit comme endroit d’échange de biens et services : homme désirant et conquérant/femme passive, homme travaillant à l’extérieur/femme directrice du foyer, homme raison/femme émotion…

Dans ce contexte, les revendications féministes de traitement égalitaire des désirs dans le couple deviennent responsables de la « guerre des sexes » et de la frustration d’une grande majorité de femmes, enjointes par le féminisme, selon Kaufmann, à jouir à tout prix. Cette lecture, partagée par certaines femmes, il est vrai (voir témoignages), inverse totalement les responsabilités.

Conclusion du bouquin : quand la « ligne rouge » n’est pas franchie – c’est-à-dire quand il n’y a pas de violences « réelles » (c’est nous qui mettons les guillemets) –, il faut se forcer « un peu » (sic), être claire sans blesser, et apprendre dans le couple à créer des « parenthèses enchantées ». Notre conclusion : Jean-Claude Kaufmann banalise les violences au sein du couple et reconduit en fin de compte l’injonction au devoir conjugal, en vue de sauver l’institution du couple hétérosexuel.

axelle a demandé à Céline Caudron, coordinatrice nationale de Vie Féminine sur les violences faites aux femmes, et à Valérie Lootvoet, directrice de l’Université des Femmes, de poser leur regard sur quelques-uns des angles aveugles du livre, particulièrement présents dans les extraits suivants.

  1. Le fondement de tout le raisonnement déroulé dans le livre de Jean-Claude Kaufmann s’appuie sur la conviction d’une différence de nature du désir des femmes et des hommes.

« Oui, c’est vrai, il existe des hommes à la libido « raplapla » et des femmes « en chaleur » ; mais ça ne signifie pas que les hommes n’ont pas, en moyenne, plus de désir que les femmes, surtout dans le couple. »

L’approche féministe de la question de la différence de désir se base, quant à elle, sur une analyse beaucoup plus large, comme le souligne Céline Caudron : « Ces différences de désir, comme beaucoup de choses dans les relations humaines, sont influencées par une construction sociale traversée par de multiples rapports de pouvoir et systèmes de domination. »

  1. Selon le philosophe sociologue, les avancées du féminisme qui ont permis et permettent aux femmes de mieux connaître leur corps et de s’engager dans la découverte de leur plaisir auraient, chez les hommes, provoqué une angoisse « suite à la perte d’un repère ayant traversé l’histoire ». En conséquence :

« L’obsession masculine pour l’érection et la pénétration ne doit pas être vue seulement sous l’angle de la quête d’un plaisir égoïste et de l’exercice d’un pouvoir. »

Pour Céline Caudron, cet argument de la « perte de repères » des hommes à cause du féminisme « est un argument souvent utilisé par les masculinistes pour fustiger les fragiles avancées égalitaires. Cet argument se centre sur la perception des hommes en niant leur position dominante dans ce système. »

Valérie Lootvoet se réfère quant à elle au travail de Francis Dupuis-Déri, spécialiste des mouvements masculinistes. « La crise de la masculinité, et ses « pertes de repères », existe depuis la nuit des temps, y compris dans des sociétés de la Grèce antique où les femmes n’avaient pourtant aucun droit. Il s’agit d’un argumentaire visant à conforter les structures dominantes – que les femmes aient gagné en droits, ou pas. Les « pertes de repères » sont en effet invoquées dès que les structures de domination patriarcales sont ébranlées, comme c’est le cas, de manière non achevée, depuis plusieurs décennies, du fait des progressions féministes. Invoquer les mouvements féministes comme étant à l’origine de ces insécurités relève du mythe. »

  1. Préoccupant, l’extrait suivant aborde la thématique de la légitimité de la parole des femmes.

« Je [l’auteur, ndlr] lui demande si elle a fermement manifesté son refus, oralement, de façon claire. Elle me répond que c’était surtout par des gestes, des attitudes. « Mais je me souviens nettement d’avoir dit « non, je n’ai pas envie » à plusieurs reprises. » On peut se demander toutefois si ces quelques « Je n’ai pas envie » étaient suffisants face à l’impulsion d’une attaque nocturne, si ses paroles ne se situaient pas un cran au-dessous de ses pensées, où elle se représentait comme victime d’un viol. »

Malgré ce net souvenir de refus clair, Jean-Claude Kaufmann en arrive à invalider, sous forme d’interrogation, la parole de cette témoin et à nier sa conviction d’avoir été victime d’un viol conjugal.

Céline Caudron revient sur les exigences imposées aux femmes agressées : « Les victimes ne font jamais assez bien : pas assez clair, pas assez fort, etc. C’est finalement leur faute si l’agresseur n’a pas compris. Il y a inversion des responsabilités. C’est aussi méconnaître tout ce qui fait qu’on n’est pas toujours en possibilité de réagir autrement, parce qu’on s’expose à d’autres dangers si on le fait. Et on ne parle pas ici « d’action amoureuse » mais de violence. Il n’y a pas de « petites » violences. Il faut écouter les femmes victimes : si pour l’une, une insulte est anodine, cette insulte poursuivra une autre pendant des mois. Il n’y a pas d’échelle de gravité à poser. Nous le rappelions dans notre campagne « Brisons l’engrenage infernal » abordant le continuum des violences. »

  1. Sur base de la différenciation du désir, Jean-Claude Kaufmann construit sa théorie.

« Le cycle conjugal du désir féminin est étroitement lié à la création d’un univers amoureux qui s’élabore ensuite inexorablement à travers toute une architecture domestique et ménagère. Le désir le plus intense est dans l’élan fondateur. Il se fatigue dans la gestion ordinaire. »

À propos de l’assignation des femmes à la gestion du foyer et à l’usure de leur désir, Céline Caudron insiste sur le fait qu’il « existe des femmes qui trouvent leur place dans la gestion de la maison et du quotidien parce qu’on leur a appris, pas parce que c’est naturel. Le féminisme pose un regard critique sur le système de répartition genrée des rôles, dans le but de sortir d’une vision très simpliste de la société qui catégorise de manière binaire « les hommes en bleu » et « les femmes en rose » dans des rôles qui seraient naturellement complémentaires. »

Valérie Lootvoet relève que « les femmes les plus heureuses dans les couples hétérosexuels le sont dans les couples les plus égalitaires… et les hommes aussi ! Les féministes écoutent suffisamment de témoignages de femmes voyant leur désir s’affaiblir du fait de leur sentiment d’être confinées dans la domesticité par des compagnons moins partageurs, moins égalitaires, plus machistes. »

  1. Vers la fin de son ouvrage, l’auteur revient sur le combat féministe pour une meilleure connaissance des femmes de leur corps, contre lequel il met en garde.

« La tendance à fournir des réponses techniques à l’insatisfaction féminine est devenue totalement hégémonique, singulièrement autour de l’idée du plaisir clitoridien. »

Une position surplombante d’un homme qui ne précise jamais d’où il parle, et alors même que le clitoris commence seulement à être représenté (tout court, ou correctement) sur les planches anatomiques des manuels de biologie ou d’éducation sexuelle.

Avec comme conséquence que « bien des femmes et bien des petites filles aujourd’hui ignorent encore totalement l’existence de cet organe », relève Valérie Lootvoet. « Le fait est que le clitoris est le seul organe humain entièrement dédié au plaisir, là où la pénétration est moins satisfaisante pour bien des femmes. »

Céline Caudron souligne la portée subversive de promouvoir différentes sortes de plaisirs sexuels dans un contexte de rapports de pouvoir, où le combat émancipateur est très loin d’être terminé : « Le focus « exagéré » sur cet organe n’est pas un miroir symétrique du focus des hommes sur l’érection et la pénétration ». Mais un juste rééquilibrage, pour une sexualité féminine aux plaisirs non hiérarchisés.

  1. Dans ce dernier extrait, Jean-Claude Kaufmann conclut son raisonnement et expose sa vision de la dynamique du couple.

« Le couple, je l’ai déjà dit, est un système d’échange permanent de biens et de services de toute nature, générant satisfactions et insatisfactions, le tout finissant généralement par s’équilibrer plus ou moins. Les femmes, engagées corps et âme dans la vie de famille, ont plus d’insatisfactions que les hommes et moins de possibilités de les exprimer au-dehors. Il faut donc qu’elles leur fassent payer cela de temps en temps, secrètement, sans même que cela leur permette de rétablir l’équilibre. Étant donné l’insuffisance de leur désir, la sexualité (plus précisément, la grève du sexe) se présente à elles comme une monnaie d’échange idéale. Car il suffit d’être en accord avec soi, de dire que l’on n’a pas envie, de ne pas se sacrifier. Mais il pourrait exister une autre possibilité : utiliser la sexualité comme une monnaie d’échange positive plutôt que négative. Autrement dit, se forcer un peu en échange d’un effort du partenaire dans un autre domaine, l’envie de lui faire plaisir pouvant même finir par entraîner plus facilement vers l’acte sexuel. »

Le couple se résumerait à ce marché (de dupes !) des désirs des femmes contre compensation, auquel encourage le philosophe sociologue, qui estime même que ces transactions pourraient être « joyeuses », moyennant un consentement des femmes elles-mêmes à être forcées ! et un renoncement à leur plaisir.

Dans cette dynamique, la coordinatrice de Vie Féminine voit l’occultation des raisons pour lesquelles des femmes peuvent se « forcer », par exemple « ces femmes qui savent que si elles ne couchent pas, elles vont prendre des coups. Les violences conjugales s’exercent au travers de la sexualité, qui n’est pas neutre. »

Valérie Lootvoet précise à nouveau que « l’univers amoureux n’est pas indépendant des structures sociales. Où l’on apprend aux hommes – et aux femmes – à érotiser la violence, là où bien des femmes estiment que l’érotisme réside dans l’égalité. »

Ce fonctionnement du couple hétérosexuel en société patriarcale, suivant des ressorts capitalistes, a été par ailleurs théorisé et dénoncé par la chercheuse féministe italienne Paola Tabet. « Il s’agit là d’une vision des relations hommes-femmes basée sur « l’échange économico-sexuel » de Paola Tabet, conclut Valérie Lootvoet, là où, au contraire, de nombreuses femmes sont en quête d’égalité dans leur couple et non de complémentarité et d’échange plus ou moins inscrit dans le chantage affectif. »

Déconfinement : les détenues, oubliées de la pandémie

Le déconfinement se poursuit et beaucoup d’entre nous retrouvent une vie plus ou moins normale. Qu’en est-il des femmes qui vivent dans les prisons belges ? Correspondance avec trois détenues. (2 juillet 2020)

Cette période de crise assez particulière a vu de nombreux sujets traités. À chaque période de l’histoire, ses oublié·es ! Cette fois, il s’agit des détenues, qui représentent environ 4 % de la population carcérale ; sur 10.073 personnes incarcérées (selon Prison Insider), elles étaient 427 femmes en mars 2020.

Sans surprise, lorsque la question du confinement est abordée, elles se rejoignent sur un point : le confinement, elles connaissent déjà. « Dans l’ensemble, je suis habituée, depuis 6 ans et 8 mois », nous écrit Alice (prénom d’emprunt). Même écho pour Nathalie (prénom d’emprunt) : « Le confinement n’a pas changé grand-chose à part les visites suspendues. » En effet, les visites ont été supprimées temporairement (à quelques rares exceptions) pour éviter les contaminations. « Ce qui était difficile, c’était le manque de visites. Le manque de mes enfants, le manque affectif. Ne plus pouvoir les serrer dans mes bras, ne plus leur faire de bisous », décrit Alice.

Pour tenter de combler ce manque, les établissements pénitentiaires ont organisé des visites par visioconférence, très appréciées par les détenues. « Les visites virtuelles m’ont permis de voir ma grand-mère, incapable de se déplacer. Je trouve que ces visites sont mieux », explique Nathalie. « J’ai trouvé ça super ! J’ai même écrit à Koen Geens [le ministre de la Justice, ndlr] pour le remercier. Je vois mes petits-enfants plus souvent, et en plus, pendant 20 minutes », détaille Émilie (prénom d’emprunt), incarcérée pour une peine de plus de 10 ans. Une initiative que les détenues espèrent pérenne mais qui montre ses limites. En effet, la fracture numérique n’épargne pas les familles des détenu·es, qui ne disposent pas toutes d’une connexion internet, d’un smartphone ou d’un ordinateur…

Arrêt de toutes les activités

Difficile d’occuper ses journées lorsque les activités, déjà variables en fonction des prisons, sont suspendues. Pour la plupart des détenues, les ateliers, animés par des intervenant·es extérieur·es, représentaient le seul moment de contact avec le dehors. « Le contact social, nos activités et les visites familiales nous manquent. Les activités, c’est vraiment l’un des seuls points positifs en prison », explique Émilie. Les détenues se retrouvent enfermées de longues heures dans quelques mètres carrés. Émilie décrit tristement ses journées : « Je fais mon courrier, je nettoie, je regarde des émissions débiles à la télévision. »

L’absence des intervenant·es extérieur·es a duré un mois et demi. « On ne nous a pas interdit d’aller en prison. Nous avons décidé de ne plus y entrer par sécurité, pour protéger la population carcérale », explique Soline Gilles, de l’asbl I.Care, qui œuvre pour la promotion à la santé en milieu fermé.

Alice confie : « Nous sommes donc sans activités, sans cours, sans culte… C’était notre plaisir et du jour au lendemain, plus rien. Sauf, encore heureux, le préau, mais avec distanciation sociale. » Le préau, c’est la cour dans laquelle les détenues peuvent prendre l’air. Émilie, quant à elle, préfère l’éviter, car elle y observe souvent de la violence. « Je préfère rester seule. La prison est un endroit hostile et certaines adorent le conflit. Je m’isole pour avoir le moins de contact possible. »

J’ai connu des duos difficiles. J’ai même reçu des coups. Je suis ravie d’être seule.

Pour les autres détenues dans son cas, les heures en cellule sont donc très longues. Émilie a la « chance » d’être emprisonnée seule, et elle en est soulagée : « J’ai connu des duos difficiles. J’ai même reçu des coups. Je suis ravie d’être seule. » En cellule partagée, le confinement peut être un facteur aggravant de frictions ou même de violence.

Abandonnées, impuissantes, incertaines

« Les médias ont parlé du coronavirus, de l’épidémie, des morts… Ils ont remercié les docteurs et les infirmières, mais ils n’ont pas parlé des prisons. Nous nous sentons à l’écart, rejetées de la société. Personne n’a rassuré nos familles », déplore Émilie.

J’ai proposé une semi-détention à la Justice, pour aider les citoyens. Sortir pour travailler et dormir en prison. Mais la loi a dit non !

La télévision est très souvent allumée en prison. Les détenues étaient donc bombardées d’informations sans pour autant pouvoir les trier. Elles ont rapidement compris que le danger venait de l’extérieur, explique Soline, qui a rassuré les détenues par rapport aux informations qu’elles entendaient. « Lorsque je suis retournée en prison, j’avais un masque. J’ai dû leur expliquer quel était le but et comment le masque les protégeait. » Dans son courrier, Émilie formule d’ailleurs une critique sur les mesures de sécurité. « En prison, le masque est obligatoire depuis le 25 mai seulement. Nous aurions dû être protégées depuis le départ car c’est l’agent qui vient de l’extérieur qui peut nous contaminer. La vie des agents est plus importante que la nôtre. C’est dommage. »

Émilie aurait aimé participer à l’élan citoyen de solidarité. Mais elle est amère. « J’ai proposé une semi-détention à la Justice, pour aider les citoyens. Sortir pour travailler et dormir en prison. Mais la loi a dit non ! Je voulais nettoyer les ambulances, participer aux garderies à l’école… Je me sens inutile et impuissante ici. Ça me rend malade sachant que dehors, ils sont en demande de personnel. J’aurais risqué ma vie plutôt que de rester dans cet endroit morbide, sans rien faire. »

La peur du regard des autres

J’ai l’impression que pour un certain nombre de gens, nous sommes infréquentables et sans cœur, mais moi, je le dis, nous avons un cœur.

Alice, Émilie et Nathalie sont également sensibles au regard que la société porte sur la prison. « Le regard des gens sur le milieu carcéral est négatif mais sachez que, même derrière ces murs, il y a des gens bien. Nous avons droit à une deuxième chance », poursuit Émilie quelques lignes plus loin. Alice, quant à elle, insiste : « J’ai l’impression que pour un certain nombre de gens, nous sommes infréquentables et sans cœur, mais moi, je le dis, nous avons un cœur. Je pense à ces femmes et ces hommes qui ont confectionné des masques en prison et dont on a peu parlé dans les médias… »

Le traitement médiatique des questions carcérales durant le confinement a impacté ces femmes. La télévision et la radio étant leurs uniques fenêtres sur l’extérieur, elles s’attendaient à ce que leur situation soit prise en compte et rapportée au grand public.

Sexualité et dépendances

Les visites intimes sans surveillance ont également été suspendues. Toutes les détenues y ont droit au moins une fois par mois. Pour ce qui est des trois détenues qui nous ont écrit, elles ne sont pas sexuellement actives, mais Alice avoue en ressentir l’envie : « Je vous mentirais si je vous disais que cela ne me manque pas. »

La fin des visites extérieures est également synonyme de la fin des entrées de drogue. Les substances illicites sont généralement apportées par les proches lors des visites ou parfois même par des agent·es. L’usage de la drogue est assez commun en prison. « Cela diminue les angoisses et calme le côté émotionnel. Les frustrations, la colère… Tous les sentiments que l’on pourrait vivre en prison. Forcément, avec une coupure radicale, il y a certaines émotions qui surgissent, des difficultés à dormir », explique Soline. L’absence de drogue constitue donc un réel souci durant le confinement. C’est pourquoi une forme de troc se met en place pour échanger des drogues ou des médicaments. Par exemple, une détenue en manque de cannabis peut proposer un service, de la nourriture, des cigarettes… en échange de cette substance.

Angoisses, peurs, solitude… Les émotions se bousculent dans l’esprit de ces femmes qui n’ont pas eu de suivi psychologique depuis le confinement. Trois détenues qui continuent à se soucier de l’extérieur. Nathalie voudrait d’ailleurs transmettre un message aux lectrices d’axelle : « Si vous avez trouvé d’autres occupations que le travail et modifié votre rythme de vie, restez sur cette optique et prenez conscience de chaque petit bonheur que les journées vous apportent. »