La presse est menacée ? Je résiste, en prenant un “abonnement contagieux” à axelle !

Comme nous le dénonçons dans notre édito #249, la presse périodique comme axelle a fait l’objet d’une attaque directe à travers la remise en cause des subsides postaux pour l’envoi de nos magazines. Soutenez-nous : pour 29 euros par an, prenez un abonnement “contagieux” dont vous pourrez faire bénéficier un·e proche !

Jeudi 6 octobre, juste avant le début des négociations autour du budget du gouvernement fédéral (le “conclave budgétaire”), le collectif de médias belges, francophones et libres, KIOSQUE, dont axelle fait partie, a appris une nouvelle glaçante.

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, dans un article paru la veille dans le magazine flamand Knack, proposait de “supprimer les subventions de bpost pour les magazines distribués à domicile”. Pourquoi notre cœur a-t-il un instant arrêté de battre ?
Notre gouvernement considère que la distribution des “journaux” (la presse quotidienne) et des “périodiques” (les publications à l’intérêt reconnu, presse indépendante et/ou associative, comme axelle) est une mission d’intérêt public. Au nom de la nécessité démocratique d’informer les citoyen·nes. Le gouvernement fédéral verse environ 170 millions d’euros annuels à bpost pour s’acquitter de cette tâche. Cela permet à bpost de recruter du personnel et de distribuer les journaux et les magazines à un tarif préférentiel. Ainsi, nous arrivons dans vos boîtes aux lettres, la plupart du temps en bon état, pour la grande majorité des lectrices d’axelle (pas toutes : certaines nous reçoivent encore grâce à la distribution de la main à la main qu’effectuent de précieuses “porteuses”).

En mai 2021, les députés N-VA Michael Freilich et Theo Francken ont introduit une proposition de loi visant à supprimer les subsides de bpost pour la distribution des journaux et des magazines. Cette proposition de loi n’a pas abouti – peut-être à cause de leur argument étonnant (“Ces subsides considérables nuisent à la diversité de la presse”). Pourquoi Georges-Louis Bouchez décide-t-il maintenant de remettre en question la distribution des magazines périodiques ? Parce que la concession que l’État a conclue avec bpost arrive à échéance ce 31 décembre. Une occasion d’attaquer directement la presse ? Pourquoi ? (Nous n’avons pas la place de donner toutes les réponses auxquelles nous pensons.)

L’état d’urgence a été déclaré dans toutes nos rédactions. Dans le contexte de fragilisation de la presse et d’augmentation des coûts de l’énergie et du papier, si nos magazines sont envoyés au même tarif postal que n’importe quel imprimé commercial, certains d’entre nous ne s’en remettront pas. À axelle, concrètement, cette mesure ferait passer l’abonnement (ou la cotisation) à des tarifs absolument inaccessibles : environ 40 euros en plus par an et par lectrice. D’autres magazines ont pris leur calculette et sont arrivés aux mêmes conclusions.

Nous avons donc bataillé, avec les magazines, avec Vie Féminine, avec les asbl, les mouvements, les fédérations, les syndicats qui publient des périodiques. La prolongation de la concession annoncée pour 2023 n’a même pas encore été confirmée officiellement… Il faudra faire des économies, a-t-on entendu. Sur le dos de qui ? Nous allons donc continuer à informer, à mobiliser, à interpeller nos représentant·es.

De votre côté, comment pouvez-vous nous aider ? En parlant de nous. Et en vous abonnant.

Pour 29 euros, vous recevez (ou offrez) :

  • un abonnement de 1 an (6 n° bimestriels + tous les anciens numéros sur le web).
  • le numéro #249 en double, à partager avec un·e proche. De quoi nous aider à “contaminer” la société avec notre dangereuse ligne éditoriale .

Pour mieux résister, ensemble !

Offre valable pour tout nouvel abonnement  du 30 novembre au 20 décembre (si les stocks le permettent).

Pour s’abonner, c’est ici.

Ensemble, nous ne lâcherons rien. Notre société mérite une presse de qualité et les femmes doivent y avoir leur juste place !

Mise en danger de militantes ? La sortie du documentaire “Riposte Féministe” annulée en Belgique

Elles se réapproprient l’espace public en collant des slogans féministes sur les murs de nos rues. Dans le documentaire Riposte Féministe, Marie Perennès et Simon Depardon ont suivi plusieurs collectifs de colleur·euses en France et ont capturé des moments de lutte très émouvants. Le film fait cependant l’objet d’un appel à boycott qui pose question. En Belgique, sa sortie vient d’être annulée.

Extrait du film "Riposte féministe"

“Le sexisme est partout, nous aussi !”, “Vous trouverez toujours notre soutien sur les murs”, “Pour Manon, Claire et toutes les victimes de féminicides”. Inscrits en lettres noires sur fond blanc, ces messages solidaires sont collés depuis quelques années dans l’espace public par des femmes et des minorités de genre, le plus souvent organisés au sein de collectifs en non-mixité. Ces collages servent à dénoncer les violences sexistes et sexuelles, et plus particulièrement les féminicides.

En écrivant noir sur blanc les conséquences de ces violences ou leur volonté d’y riposter (“Ta main sur mon cul, ma main dans ta gueule !”), les militantes brisent efficacement le silence qui continue d’entourer ces faits en dehors des sphères féministes. C’est d’ailleurs en découvrant un collage féministe en bas de chez eux que Marie Perennès et Simon Depardon ont souhaité rencontrer des collectifs de colleur·euses dans toute la France avec leur documentaire Riposte Féministe.

Le film alterne entre manifestations féministes galvanisantes, actions de collage et moments de préparation de ces actions dans des greniers, des salons ou des garages. La caméra nous immerge sans voix off dans les discussions et les réflexions des militantes. Elles ne sont pas toujours d’accord entre elles, par exemple sur l’utilisation de la violence ou sur les slogans à coller, mais elles en discutent, échangent des arguments tous plus pertinents les uns que les autres, montrant un mouvement très diversifié. Comme nombre de réunions en non-mixité, la préparation des actions est également un endroit où les femmes se sentent assez à l’aise pour parler des violences qu’elles ont elles-mêmes subies, donnant lieu à des séquences extrêmement émouvantes capturées par Marie Perennès et Simon Depardon.

Des réactions masculines violentes

“J’ai l’impression d’être une sorcière sur son chaudron”, lance l’une des colleuses en train de préparer la colle dans une casserole. Ces collages se déroulent le plus souvent la nuit dans l’espace public ; ces parfois très jeunes femmes font face à des réactions violentes des hommes qui les harcèlent sexuellement alors qu’elles collent ou lorsqu’ils déchirent les collages à peine posés, preuve de la silenciation qui persiste autour de ces violences. Toutes racontent cependant le renforcement collectif et l’empouvoirement qu’elles ressentent lors de ces actions, ce qui est bien retranscrit par le film.

Par-là, il fait penser à un autre documentaire, Les Nouvelles Guérillères (2020), dans lequel la réalisatrice Elisa VDK a suivi de près les collectifs qui participent à la quatrième vague féministe à Bruxelles. Différents groupes se sont d’ailleurs eux aussi emparés de la méthode des collages en Belgique : Laisse les filles tranquilles, La Fronde, la collective Noms peut-être (qui a renommé les rues de la capitale avec les noms des victimes de féminicides et celui des survivantes de violences masculines), mais aussi Collages Feministes Bruxelles.

Riposte Féministe a été présenté à Cannes en mai dernier. À cette occasion, le collectif Les Colleuses a déroulé une banderole portant les noms des 129 victimes de féminicides en France depuis le dernier Festival. Selon la réalisatrice, “il semblerait que c’est la première fois que le mot féministe est dans le titre d’un film français en sélection officielle au Festival de Cannes, c’est aussi une victoire.”

Polémiques et appel à boycott

Pour autant, le film a entraîné plusieurs polémiques qu’il convient de ne pas passer sous silence. D’abord, si ce type d’activisme est apparu à partir de 2016 en France, il aurait été popularisé par l’activiste féministe et ancienne FEMEN Marguerite Stern en 2019 sous forme de collages de feuilles A4. Aujourd’hui considérée comme ayant des points de vue transphobes, Marguerite Stern a critiqué ce qu’elle voit comme son éviction du documentaire. “Je ne veux pas être effacée de l’Histoire comme tant d’autres femmes l’ont été avant moi”, écrit-elle dans une tribune.

Plus récemment, la collective Lesbiennes contre le patriarcat, active à Lyon, a publié un communiqué de presse appelant à boycotter le documentaire. “Ce film utilise notre image sans notre consentement et récupère nos luttes, tandis que les réalisateurices et la société de production ne nous ont manifesté que mépris”, explique la collective.

Le documentaire s’ouvre sur le rassemblement lesbien organisé en 2021 par la collective. Dans cette scène, des jeunes femmes lisent des textes féministes, dansent et s’embrassent. Soudain, des pétards explosent. Une voix crie au micro : “Restez groupé·es, ne vous dispersez pas !” Le groupe fasciste Génération identitaire tente de perturber la manifestation. “Siamo tutti antifascisti” (“Nous sommes toutes et tous antifascistes”) répond la foule, claquant dans ses mains en rythme, une séquence qui doit illustrer l’idée d’une “riposte”, comme dans le titre du film.

Droit à l’image et consentement

“Les émotions très fortes que nous avons ressenties, la fierté, la joie, le choc, la peur, le courage et la solidarité entre lesbiennes, sont ici instrumentalisées et esthétisées à notre insu”, souligne la collective. Les questions des militantes, qui ne sont même pas directement liées aux colleur·euses, portent sur le consentement et le droit à l’image, car certaines personnes sont filmées en très gros plan et sont donc reconnaissables alors qu’elles n’avaient pas encore parlé publiquement de leur orientation sexuelle.

“Nous avons contacté les réalisateurices et la société de production du film pour leur exprimer notre étonnement d’apparaître dans leur documentaire sans en avoir été informé·es et pour leur demander l’accès aux images nous représentant. Notre demande n’a jamais été satisfaite. On nous a simplement proposé d’assister à des avant-premières (sans nous offrir de places pour y assister) et on nous a expliqué à plusieurs reprises que le film était un “soutien inconditionnel” aux mouvements féministes.”

Elles poursuivent : “Il nous a notamment été répondu que la caméra était très grosse et que nous aurions dû nous rendre compte que nous étions filmé·es. Il nous a aussi été indiqué que le rôle de ce film était de créer une archive de nos luttes car il n’en existe aucune. Tout d’abord, ceci est faux : nous, militant·es, créons et préservons des archives de nos luttes, et c’est d’ailleurs un des objectifs de notre collective. […] Ainsi, il faudrait se taire pour laisser d’autres défendre notre cause au mieux. Drôle de combat féministe, surtout de la part d’un film qui défend la “riposte” […].”

En Belgique, la sortie du documentaire a été annulée suite à l’interpellation de la collective. Le cinéma Les Grignoux explique sur son site : “Après concertation avec nos partenaires, nous avons décidé de ne pas montrer le film Riposte Féministe à Liège comme à Namur, justement pour les raisons qui nous ont poussé·es à soutenir ce film, car mettre en lumière les collectifs militants féministes et travailler avec elles, cela commence par ne pas les mettre en difficulté, et nous soutenons que la production française aurait dû retirer les images qui risquaient de les mettre en danger.”

Du côté de la boîte de production, un communiqué a été publié dans lequel l’équipe souligne “n’avoir jamais voulu mettre qui que ce soit en danger”, affirme être surprise par l’appel à boycott et le “déferlement de haine” qui en découle. Elle appelle à un dialogue apaisé et rappelle que la législation sur le droit à l’information du public en France autorise la captation et la diffusion d’images de personnes prises lors d’un événement d’actualité, comme la manifestation dont il est question.

Extrait du film “Riposte féministe”

Une question qui a émergé en février dernier lors de la sortie de la série Pam&Tommy, sans la participation, ni le consentement, de l’actrice Pamela Anderson, qui estime que la série capitalise sur un événement traumatisant de sa vie qu’elle préférerait pouvoir oublier. La question et encore plus prégnante quand il s’agit d’un film documentaire.

Riposte Féministe, Marie Perennès et Simon Depardon, 1h27min, France, sortie initialement prévue le 16 novembre 2022. Attention, au moment de publier ces lignes, nous apprenions que la sortie du film était déprogrammée. Nous ne savons pas, à l’heure actuelle, si sa sortie sera finalement programmée ultérieurement.