30 ans après la chute du Mur de Berlin, la militante féministe Samirah Kenawi raconte

Par N°223 / p. 19-21 • Novembre 2019 | conectionconection Contenu complet (pdf)
reservé aux abonnées

La militante féministe et lesbienne Samirah Kenawi est née en 1962 à Berlin-Est. Elle s’est engagée très jeune au sein des groupes de travail chrétiens en RDA, terreau de la contestation pacifique de la dictature socialiste. Elle a créé les archives GrauZone, qui documentent l’histoire du mouvement féministe est-allemand non institutionnel. À l’occasion des 30 ans de la chute du Mur de Berlin, elle tire un bilan en demi-teinte pour axelle.

Les premiers morceaux du Mur de Berlin sont démolis par des citoyen·nes près de la porte de Brandebourg. Il est environ minuit, entre le 9 et le 10 novembre 1989. © Hollandse Hoogte

Où étiez-vous le soir du 9 novembre 1989, lorsque le Mur de Berlin s’est effondré ?

« Ce soir-là, j’assistais à une réunion de Lila Offensive [Offensive violette, NDLR], un groupe féministe que nous avions créé quelques semaines plus tôt. Nous étions rassemblées dans un appartement à Berlin-Est, tout près du poste-frontière de la Bornholmer Strasse. Mais nous ne savions rien de ce qui était en train de se passer ! Ce n’est que le lendemain, en arrivant sur mon lieu de travail, que j’ai appris la nouvelle.  »

Samirah Kenawi, militante féministe et lesbienne, née en Allemagne de l’Est. © Privat

Quelles étaient les difficultés auxquelles vous étiez confrontée à la fois en tant que femme et lesbienne en ex-RDA ?

« Le fait d’être une femme n’a jamais vraiment posé problème durant ma jeunesse en RDA, car la parité était une réalité. Étant donné que presque toutes les femmes avaient un emploi, elles étaient indépendantes économiquement vis-à-vis des hommes. Il y avait évidemment des inégalités salariales entre femmes et hommes, mais elles n’étaient pas aussi graves que celles qui existent aujourd’hui en Allemagne. Cela n’a tout de même pas été facile pour moi quand j’ai choisi d’apprendre la menuiserie après avoir passé mon bac. La RDA était elle aussi une société patriarcale. Et étant donné qu’il s’agissait d’un métier typiquement masculin, j’ai mis plus d’un an à obtenir une place d’apprentie. Je me souviens aussi que mes collègues masculins me donnaient toujours les planches les plus lourdes à porter, pour me tester ! En tant que lesbienne, c’était déjà plus compliqué, parce que nous étions invisibles. C’était quasiment impossible de rencontrer d’autres lesbiennes avant que les premiers groupes de travail chrétiens homosexuels ne voient le jour à partir de 1982. J’ai eu de la chance de rencontrer des femmes du groupe Lesben in der Kirche [Lesbiennes dans l’Église, NDLR] peu après avoir fait mon coming out, puis je me suis engagée au sein d’un autre groupe gay et lesbien durant mes études à Dresde. »

Share Button
La suite de cet article est réservée aux abonné·es...
Déja abonné·e ?
Se connecter
Pas encore abonné·e ? Consultez les différentes formules !
S'abonner
Sans être abonné·e, vous pouvez également acheter (en version .pdf) l’exemplaire du magazine dont est issu cet article, afin de le lire entièrement et de découvrir d’autres contenus par la même occasion !
Acheter ce N° (2.50€)