Joyeux anniversaire axelle : depuis 20 ans, notre magazine informe et agit pour les droits des femmes

axelle a vingt ans, hourra ! Vingt ans, 210 numéros mensuels et 22 hors-séries (en comptant celui de juillet-août 2018 dont est extrait cet article). Retour sur la création d’un magazine unique en son genre qui met à l’honneur chaque mois les vies des femmes d’ici et d’ailleurs mais… qui ne se contente pas d’écrire la réalité. axelle veut, à son échelle, contribuer à la changer. Pour aller vers une société plus solidaire, plus égalitaire et plus juste.

Le premier numéro, en janvier 1998, et le n° 193, en novembre 2016.

Article extrait de notre numéro anniversaire : une rétrospective sur les 20 ans de mobilisations pour les droits des femmes dans nos pages.

C’était en janvier 1998. Cela fait vingt ans que, pour la première fois, axelle a pointé le bout de son nez dans la boîte aux lettres des membres de Vie Féminine. À l’époque, Vie Féminine publiait depuis l’après-guerre une revue mensuelle qui s’appelait également Vie Féminine. C’était un miroir du mouvement (on y lisait les débats politiques ou philosophiques qui traversaient Vie Féminine, on découvrait les activités de ses nombreuses antennes en Wallonie et à Bruxelles). C’était aussi un espace de communication entre ses membres (petites annonces, appels à participation, courrier des lectrices…). Mais voilà, le mouvement entame dans les années 1990 une grande réflexion sur son identité. C’est dans la foulée de cette réflexion que l’histoire du magazine axelle – qui a donc remplacé la publication Vie Féminine – a commencé à s’écrire. Bien avant la sortie du premier numéro.

Une fenêtre sur le monde

« C’était évident », se souvient Christine Weckx, qui était à ce moment-là responsable régionale à Vie Féminine Huy (elle fut ensuite présidente du mouvement entre 2001 et 2006). « On ne peut pas faire évoluer un mouvement si le magazine qu’il produit n’évolue pas. On a voulu qu’axelle soit le magazine du mouvement, mais aussi une fenêtre ouverte sur l’extérieur, en donnant la possibilité aux femmes de découvrir des choses sur le monde, chez nous, ailleurs. »

En novembre 2000, le numéro 33 consacre sa couverture à l’une des actions de la Marche Mondiale des Femmes.

Isabelle Desobry, alors responsable nationale, prend le projet à bras-le-corps (elle sera rédactrice en chef du magazine jusqu’en 2013). Avec elle, un groupe de bénévoles et de travailleuses du mouvement, accompagnées par des professionnel·les, mène des consultations avec les femmes, des réunions, des entretiens. Une enquête paraît dans Vie Féminine en janvier 1997… Jusqu’à aboutir à une charte éditoriale définissant les valeurs et l’approche du magazine. Cette charte, encore très actuelle, est toujours notre colonne vertébrale.

Les femmes du groupe choisissent notre nom. Elles souhaitent un titre féminin (bien qu’à l’oral, on puisse avoir un doute !). Elles trouvent important qu’on entende, ou qu’on lise, le pronom « elle »… Et puis, derrière un titre, on met chacune un sens différent : un prénom souvent donné à l’époque et qui affiche une certaine modernité, l’idée d’être « axée » vers « elle »… Enfin, elles ébauchent les contenus des numéros et décident d’une première couverture hautement symbolique : une femme non blanche de peau. Une femme noire. Dans le paysage médiatique des années 1990, c’est un acte très politique.

Surprise, c’est axelle

Le premier numéro du magazine déboule donc en janvier 1998. C’est l’étonnement chez les femmes du mouvement, qui s’attendent à du changement, mais sans savoir à quel point. Nouveau nom, nouvelle mise en pages, nouvelles rubriques… Le magazine axelle est si différent du journal Vie Féminine que certaines lectrices, croyant avoir reçu une publicité, le jettent à la poubelle. Après cette expérience, nous mettrons du temps avant de chambouler à nouveau le magazine ! La « nouvelle formule », en octobre 2016, ne sera d’ailleurs pas une révolution, mais plutôt une adaptation aux évolutions de la société, en particulier à l’arrivée d’internet dans nos vies.

Avril 2006 : on met le focus sur une action de Vie Féminine pour la journée « Carton Rose contre le sexisme », le 11 mars précédent.

Myriam, bénévole à Vie Féminine Seraing depuis une trentaine d’années, se rappelle la transition de 1998 : « On avait un journal porte-parole du mouvement, puis on est arrivées à un magazine… Le nom a changé, la présentation ! C’était violent. Mais je crois qu’il fallait à un moment donné que le mouvement prenne un tournant. C’était vital ! Il fallait s’adapter à la situation, aux vécus, et trouver une autre manière de toucher un public, de toucher d’autres femmes. »

Les femmes et leurs droits sont un sujet d’actualité

En 1998, pour notre 3e numéro et à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous interrogions plusieurs personnes sur leur rapport au féminisme. À l’époque, Léa, 19 ans, pensait que le féminisme était « ringard » parce que, selon elle, la lutte pour les droits des femmes était déjà gagnée. On entend encore ce discours aujourd’hui. La sociologue française Christine Delphy lui a même donné un nom : le mythe de l’égalité-déjà-là.

Mais nous qui racontons chaque mois depuis vingt ans les vies des femmes d’ici et d’ailleurs, nous qui publions des témoignages, des études, des enquêtes et des chiffres, nous voyons que c’est loin d’être le cas… La société était patriarcale en 1998 et elle l’est encore aujourd’hui, malgré les nombreuses victoires remportées par les femmes – victoires que nous mettons à l’honneur dans ce numéro anniversaire.

Novembre 2005 : « Avorter, c’est un choix ». Quinze ans après la loi belge sur la dépénalisation partielle de l’avortement, l’anniversaire de cet événement historique passe inaperçu… mais pas dans nos pages.

Prenons notre propre secteur : les médias. axelle a été, dès sa création, un ovni dans le paysage belge, comme nous en parlions en mars 2018 dans un dossier sur les médias féministes. Consacrer 100 % de nos pages à l’actualité des femmes, c’est d’emblée nous situer dans la résistance. Car les femmes sont sous-représentées dans l’information traditionnelle. Mais alors vraiment sous-représentées.

C’était le cas à l’époque de notre création. C’était le cas en 2003 (nous citons les chiffres suivants dans un article du hors-série estival de cette année-là): il n’y avait que 18 % de femmes apparaissant au journal télévisé, contre 82 % d’hommes ; 11 % seulement des articles dans la presse étaient consacrés à des femmes. C’était encore le cas en 2010 : « L’information, une affaire d’hommes ? », titrions-nous dans un article (n° 134) qui montrait qu’en Communauté française, seulement 28 % des personnes interrogées ou montrées dans les médias d’information étaient des femmes. L’enquête Global Media Monitoring Project (GMMP), qui avait dressé un portrait fouillé de la représentation des genres dans les médias, était sans appel. « Les médias gomment une femme sur deux », résumait la journaliste. L’enquête montrait aussi que les femmes étaient présentées de façon particulièrement stéréotypée et que, même dans les sujets où elles apparaissaient, elles n’étaient quasiment jamais au centre de l’information.

Et aujourd’hui ? Une étude de l’Association des Journalistes Professionnels de 2015 montre que les femmes ne constituent que 18 % de l’information dans la presse écrite. Elles ne représentent que 9 % des expert·es interrogé·es ! De ces chiffres ahurissants, nous concluons deux choses : (1) notre démocratie a un sérieux problème et (2) notre magazine a vraiment une raison d’être.

Un outil d’émancipation pour toutes

Mai 2007, les législatives se préparent. En couverture, une manifestation pour la régularisation des personnes sans papiers.

Dans ce contexte inégalitaire, représenter les femmes, raconter leur vie, faire entendre leur voix demeurent la mission fondamentale d’axelle. « Si axelle ne parle pas de la vie des femmes aujourd’hui, qui le fera ? », résumait une lectrice, Aziza (n° 200). Mais nous concevons aussi notre magazine comme un espace de mobilisation, qui peut mettre en mouvement et contribuer, à son échelle, à transformer la société.

Revenons à notre charte éditoriale. Son point 3 stipule : « L’éducation permanente est au cœur de notre travail. Elle nécessite notamment une démarche critique par rapport aux normes et aux soi-disant évidences du système patriarcal, capitaliste et raciste qui conditionne le sort des femmes dans de nombreux domaines. »

L’éducation permanente, c’est une démarche culturelle, fruit des mouvements d’éducation populaire nés au début du 20e siècle. C’est aussi un secteur reconnu par la Fédération Wallonie-Bruxelles, qui subsidie les associations réalisant un travail d’émancipation individuelle et collective des adultes. Aujourd’hui, c’est donc dans les contours de ce secteur qu’axelle tente de favoriser et de développer chez ses lectrices cette culture critique et féministe de transformation sociale (ce que Vie Féminine appelle d’ailleurs l’éducation permanente féministe). Aller vers une société plus juste, plus solidaire et plus égalitaire, c’est d’abord chausser une paire de lunettes neuve pour distinguer, dans le brouillard actuel, le sexisme, le racisme et le dogme ultralibéral. Voir pour savoir ; comprendre pour agir.

Et comment on fait tout ça ?

La base, c’est la confiance. Les articles d’axelle, rédigés par des journalistes professionnel·les (surtout des femmes, parfois aussi des hommes), sont avant tout rigoureux. Avec la charte éditoriale du magazine, notre « bible », c’est le Code de déontologie journalistique ! Nous agissons avec loyauté pour recueillir et pour traiter les informations, qui proviennent de multiples sources directes et indirectes. Nous respectons les droits des personnes ; nous informons dans le respect de la vérité et de manière indépendante.

Février 2011. En Inde, des luttes pour l’émancipation viennent des femmes issues des castes les plus discriminées.

Étant donné notre lien ombilical avec Vie Féminine, la ligne qui sépare l’engagement de l’information peut être fine – d’ailleurs, elle n’a pas toujours existé. Nous essayons d’être plus claires aujourd’hui, ne serait-ce qu’afin que nos lectrices qui ne sont pas membres du mouvement puissent s’y retrouver. Nous avons par exemple créé en 2016 une rubrique appelée « À Vie Féminine, on dit quoi ? », où nous laissons l’asbl s’exprimer sur un sujet d’actualité. Dans cette page, les choses sont transparentes : c’est une carte blanche. Tout le reste est un travail journalistique que nous éditons au sein de la rédaction du magazine.

Mais au final, ce qui compte, c’est la fiabilité des informations que nous donnons : nous la garantissons. Et nos valeurs féministes enrichissent notre démarche. C’est cette approche à la fois professionnelle et engagée qui plaît aux lectrices… et à nos collaboratrices ! La journaliste Camille Wernaers, plume régulière de notre magazine, explique ainsi : « Militantisme ne veut pas dire qu’on laisse des infos de côté exprès ou qu’on manipule l’info ! Au contraire, j’ai beaucoup appris en termes de rigueur journalistique chez axelle ! »

« Prendre soin » de la société

En janvier-février 2017, nous avons publié le hors-série Le soin aux autres : une histoire de femmes ?  Au cours de la réalisation de ce numéro et notamment lors de la semaine d’étude de Vie Féminine consacrée au sujet en juillet 2016, nous nous sommes aperçues d’une chose paradoxale : le « soin » au sens très large, l’attention aux personnes, c’est l’essence même de toute relation humaine, la fondation de notre maison commune. Et pourtant tout le monde s’en fiche – tout le monde ou presque.

De même que les personnes qui ont besoin d’être soignées, soutenues d’une façon ou d’une autre, sont perçues comme vulnérables ou faibles, les femmes qui prodiguent, professionnellement ou non, ces « soins » sont négligées et considérées comme interchangeables. Pourtant, elles ont développé des compétences précieuses ainsi qu’une véritable « éthique », une philosophie de ce qu’est une société démocratique qui prend soin de ses citoyen·nes, sans en oublier un·e seul·e. C’est ce que nous essayons de faire chaque mois dans notre magazine : un journalisme qui « prend soin » de la société.

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