Au Brésil, d’anciennes détenues tissent leur libération collective

Par N°243 / p. 51-53 • Novembre-décembre 2021 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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En fondant la coopérative Libertas (“Libérées”) pour les femmes passées par la prison, Marcita Amores et Geralda Avila ont voulu “créer les conditions d’une émancipation collective”. Proches de détenu·es, les deux femmes refusent la logique normative de la réinsertion pour lui préférer la coopération, la création et la mise en commun des compétences et des ressources.
Sarah Benichou (texte) et Juliette Rousseau (texte et photos)

Geralda Avila est un pilier du combat féministe anti-carcéral à São Paulo. © Juliette Rousseau

Nous sommes des créatrices, pas des créatures”, martèle Batia Jello Shinzato. Assise dans l’herbe à l’ombre de la rampe d’accès à la communauté d’Atibaia (quartier de Sapopemba, São Paulo), cette femme, impliquée dans le culte candomblé, milite contre l’enfermement carcéral qu’elle a elle-même connu. Parce qu’elle veut faire changer la honte de camp, cette figure de référence du quartier a fondé l’association “Por Nos” (“Par” et “pour nous-mêmes”), “pour que les gens cessent de parler à notre place et que les prisonnières prennent la parole à la première personne”. Ses activités politiques lui ont permis de croiser la route de deux autres militantes anti-carcérales et féministes : Marcita Amores et Geralda Avila. Respectivement âgées de 44 et 66 ans, elles se sont rencontrées en animant des ateliers dans des prisons pour femmes : styliste, Marcita a pu y donner des cours de couture grâce à Geralda qui y enseignait déjà la littérature. En 2019, elles décident de créer une coopérative de couture pour ex-détenues : Libertas (“Libérées”). C’est cette structure qui s’installe à Atibaia.

Coopérer plus que réinsérer

Installée dans un local du centre de São Paulo depuis sa création en 2019, la coopérative Libertas prend en cette fin d’année ses quartiers à Atibaia. © Juliette Rousseau

Ce dimanche, sous le soleil de plomb de février, on inaugure le local de Libertas à grands coups d’huile de coude et de peinture aux couleurs vives. Installée dans un local du centre de São Paulo depuis sa création, la coopérative a été invitée à prendre ses quartiers ici à l’hiver 2021. Comme Batia, de nombreuses habitantes de la communauté ont fait de la prison : elles sont “passées”, comme elles disent. “Nous fabriquons des biens utiles aux femmes, explique Marcita entre deux coups de balai. Notre coopérative n’a pas vocation à “réinsérer” les femmes sur le marché du travail, car les vies humaines ne devraient pas être déterminées par le marché”, poursuit la styliste. Pour elle, travailler en coopérative, c’est bien plus que produire des biens, c’est “créer les conditions d’une émancipation qui ne peut être que collective”. Serviettes hygiéniques lavables, sacs de courses, masques, la production est pensée en cohérence avec le projet politique : construire l’autonomie des femmes. Marcita décrit la coopérative comme un outil féministe avant tout : “Alors que nous avons grandi dans un système qui nous met toutes en concurrence plutôt que de valoriser notre capacité à “faire commun”, la coopérative doit permettre de se rééduquer ensemble.”

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