Belgique : les Journées du Matrimoine

(c) Cécile Douard, "La Hiercheuse" (1896)

Depuis l’an dernier, les Journées du Matrimoine mettent en avant l’héritage des femmes dans nos vies et nos villes, pour lutter contre l’invisibilisation historique des femmes. Cette année, les Journées du Matrimoine auront lieu du 25 au 27 septembre 2020 à Bruxelles. (Camille Wernaers)

Depuis la fin des années 1980, la Belgique organise en septembre des Journées du « Patrimoine », un mot qui est défini par le dictionnaire Le Robert en ligne : « Ce qui est considéré comme une propriété transmise par les ancêtres. » Le mot « patrimoine » s’est créé sur la base du mot latin « pater », qui signifie « père ». Est-ce à dire que les femmes n’ont rien à nous transmettre ?

Selon le Dictionnaire historique de la langue française, le mot « matrimoine » existe pourtant depuis le 16e siècle pour désigner « l’ensemble des biens, des droits hérités de la mère. » Ce mot a ensuite été oublié, et la version masculine a été préférée et considérée comme neutre, alors qu’elle ne l’est pas vraiment.

Une histoire racontée par les hommes pour les hommes

Depuis 2015, en France, des Journées du Matrimoine ont été lancées pour rendre visible l’héritage culturel des femmes à travers les époques. En Belgique, c’est chose faite depuis l’année passée ; les premières Journées du Matrimoine ont été créées grâce à la plateforme L’architecture qui dégenre et à l’asbl L’Ilot.

L’architecte Apolline Vranken, à l’initiative du projet, explique : « Depuis les années 2010, le mot « matrimoine » a trouvé un nouvel essor. Cela permet de visibiliser le fait que l’histoire a été racontée par les hommes pour les hommes. Nous voulons proposer un récit alternatif. Les femmes ont aussi construit nos vies et nos villes mais elles ont souffert d’une invisibilisation constante et permanente. Nous avons décidé d’embrasser une définition large du matrimoine et de nous intéresser aussi à l’accès des femmes à la propriété et au logement : c’est pour cela que l’asbl L’Ilot a été tout de suite associée au projet. Le sans-abrisme est aussi une question genrée.’

Cette année, les Journées du Matrimoine auront lieu du 25 au 27 septembre 2020 à Bruxelles. Au programme : un « wikithon », c’est-à-dire un marathon d’édition sur l’encyclopédie en ligne participative Wikipédia, sur laquelle les femmes sont sous-représentées. Des profils de femmes architectes, urbanistes ou créatrices seront ajoutés à Wikipédia, en collaboration avec les Facultés d’Architecture de l’ULB et de l’UCL.

Des visites de plusieurs chantiers de restauration sont également prévues, notamment une visite du mythique hôtel Métropole avec pour guide Marianne De Wil, restauratrice de peintures décoratives. Le documentaire Rêveuses de villes de Joseph Hillel sera diffusé pour la première fois en Belgique. Il part à la rencontre de quatre pionnières architectes : Phyllis Lambert, Blanche Lemco van Ginkel, Denise Scott Brown et Cornelia Hahn Oberlander.

Une visite guidée féministe et décoloniale du quartier Matonge aura lieu avec Mireille-Tsheusi Robert, experte et fondatrice de l’asbl Bamko (voir n° 202). Enfin, un podcast sera enregistré en direct sur la réappropriation des récits narratifs.

Retenons leur nom

Des femmes qui font partie de notre héritage matériel et immatériel sont mises en avant par les Journées du Matrimoine. Cette année, retenons par exemple le nom de Cécile Douard, dessinatrice, peintre et sculptrice belge qui s’investit dans la Ligue Braille dès sa création en 1922 après être devenue aveugle, et celui d’Yvonne Jospa, une résistante qui a milité au sein de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme.

« Nous visibilisons celles qui ont construit des choses très matérielles, et celles qui ont milité et participé aussi à notre héritage commun. L’année passée, l’événement a eu un grand succès, nous espérons vraiment pouvoir le pérenniser dans le futur », sourit Apolline Vranken.

Le site des Journées du Matrimoine : www.matrimonydays.be

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