Expo « Danser brut »

Valeska Gert, Tänzerische Pantomimen, 1925, Centre national de la danse CND, Pantin. © Image des collections du Centre national de la danse CND

En son temps, Danser brut a été montée au LaM, Lille Métropole Musée d’art moderne, d’art contemporain et d’art brut. BOZAR et le Musée du Docteur Guislain, à Gand, reprennent son approche grand angle et l’augmentent de documents historiques. La double expo témoigne de cette ouverture que l’on retrouve dans son thème, celui de la danse alliée à l’art brut. Porter la danse, le mouvement et son énergie vitale aux cimaises des musées, ces espaces contemplatifs par excellence, pourrait a priori sembler contre-intuitif ; l’art et le geste créateur s’en avèrent pourtant proches.

Qu’est-ce que l’art brut ? Un art (et non un mouvement organisé) « inventé » par des personnes souffrant de maladie mentale et conceptualisé sous l’appellation d’art brut (récup, sans moyens, non destiné à être vendu, travaillé de façon obsessionnelle) par l’artiste français Jean Dubuffet qui le collectionnait, fasciné par ce retour à la création zéro, au geste pur (relire notre article du n° 214 consacré aux femmes dans l’art brut). 

Les œuvres des artistes « bruts » ont longtemps été regroupées sous l’appellation d’art marginal, en marge ou outsider. En se penchant sur la folie, en s’inspirant de ses expressions, les artistes reconnu·es de toutes disciplines n’ont cessé d’y trouver un élan créateur. On distingue désormais de façon moins stigmatisante artistes inventeurs/euses (bruts) et artistes créateurs/trices, les deux catégories ici exposées côte à côte, sans hiérarchie. Art et mouvement, art et santé, art et sciences, Danser brut transcende les disciplines, dépasse les catégories, explose les frontières.

Valeska Gert, Tänzerische Pantomimen, 1925, Centre national de la danse CND, Pantin. © Image des collections du Centre national de la danse CND

Six chapitres (exemples : « Ronde folle », « Danse et transe », « De Charcot à Charlot »…) présentent des œuvres fortes, parfois dérangeantes, dont un film de la première performeuse, l’Allemande Valeska Gert (sur l’affiche de l’expo), qui démonte les codes de la danse classique (elle sera aussi la première, en 1925, à simuler un orgasme en public).

D’autres travaux d’artistes femmes émergent de la sélection : les recherches de Mary Wigman, pionnière de la danse contemporaine (qui en a déjà entendu parler ?), celles d’Alice Guy pour les débuts du cinéma, présente au travers de son premier film pour Gaumont, où la gestuelle burlesque s’inspire vraisemblablement du travail de documentation sur l’hystérie (mouvements spastiques, saccadés, crispés) de Charcot, le psychiatre français également célèbre pour ses séances publiques de (re)présentations de femmes hystériques. Un triptyque de Louise Bourgeois, artiste habitée par le trauma, vient contredire la théorie du grand psychiatre selon laquelle l’hystérie n’était que féminine.

D’autres moments marquants : ravissement devant La danse des doigts de la chorégraphe et artiste Yvonne Rainer, émotion devant les dessins si expressifs de Lucile Notin-Bourdeau, 18 ans, artiste autiste française, sidération induite par la vidéo, La danse du crayon, de Rebecca Horn… (Véronique Laurent)

 

Danser brut

Jusqu’au 10/01, BOZAR/Palais des Beaux-Arts, 23 rue Ravenstein, 1000 Bxl, et Musée du Docteur Guislain, 43 rue Jozef Guislain, Gand. Infos : 02 507 82 00 et 09 398 69 50. 

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