Enfin une statue pour une héroïne noire

Devant la statue de la « reine des rebelles », Jeannette Ehlers (à gauche) et La Vaughn Belle. © David Berg

Au Danemark – comme en Belgique –, la plupart des statues représentent des héros masculins et blancs. C’est donc une petite révolution que l’inauguration, le 31 mars dernier, de la statue de Mary Thomas, la « reine des rebelles », dans la capitale danoise, dans un endroit très symbolique : devant d’anciens entrepôts de la Compagnie danoise des Indes, où étaient stockés sucre, rhum et autres marchandises provenant des colonies.

En 1878, Mary Thomas a mené une révolte d’esclaves de très grande ampleur dans les Îles Vierges (qui étaient sous domination danoise avant d’être vendues aux États-Unis en 1917). Les artistes La Vaughn Belle, native des Îles Vierges, et Jeannette Ehlers, danoise d’origine caribéenne, qui ont réalisé ce projet, expliquent dans leur vidéo d’inauguration que le but de la statue est d’interpeller l’histoire coloniale et esclavagiste danoise. Les deux sculptrices veulent remettre en question la façon dont cette histoire est racontée et rendre hommage aux victimes de l’esclavage et du colonialisme.

La sculpture, haute de sept mètres, s’appelle I am Queen Mary, « je suis la reine Mary ». La femme représentée est en réalité la fusion en 3D du corps des deux artistes. La « reine des rebelles » est assise sur un trône dans une pose qui renvoie à une photographie iconique de Huey Percy Newton, cofondateur des Black Panthers. Queen Mary tient dans la main droite une torche enflammée, au creux de la paume gauche, une canne à sucre, en référence aux résistances des esclaves et des personnes colonisées. Une femme royale.

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