Cinéma : la santé mentale des femmes sous un autre angle

Une femme qui craque en pyjama pilou, avec (forcément) un pot de glace à la main, comme dans le film Bridget Jones, ou alors représentée de façon ultra-sexy, en petite culotte, cigarette au bec, comme dans la série Le Jeu de la dame… Et s’il était possible de parler correctement, sur nos écrans, de la santé mentale des femmes ? Une question que nous nous sommes posée à la suite du dossier de ce numéro. Réponse en trois temps.

Image extraite du film "Niki" de Céline Sallette (2024), avec pour actrice principale Charlotte Le Bon.

Attention, cet article parle de violences sexuelles.

Swallow

Écrit et réalisé par Carlo Mirabella-Davis, le film suit Hunter qui mène un quotidien aux apparences parfaites auprès de son riche mari, Richie (sic). Très vite pourtant, le long métrage devient oppressant, en montrant à quel point elle n’a pas son mot à dire dans leur vie commune et se trouve obligée de s’occuper dans une énorme maison qui ressemble à s’y méprendre à un décor des années 1950 (la présence de GSM nous laissant cependant entrevoir que l’intrigue se déroule à une époque pas si éloignée de la nôtre). Cette cage dorée se transforme encore plus en prison lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte. Elle développe alors un trouble du comportement alimentaire rare, le pica, caractérisé par l’ingestion d’objets non comestibles, et donc dangereux. Marqué par l’interprétation sans faille de l’actrice principale, Haley Bennett, le film s’attache à raconter la libération de cette emprise, en brisant au passage quelques clichés encore tenaces au cinéma, notamment dans son dernier tiers.

Carlo Mirabella-Davis, 2019, 1h34, en streaming sur Apple TV.

Niki

Peintresse, sculptrice, graveuse, la Française Niki de Saint Phalle (1930-2002) a été l’une des plus grandes artistes du 20e siècle. La réalisatrice Céline Sallette lui a consacré un film biographique bien mérité et passionnant, avec pour actrice principale Charlotte Le Bon. Celui-ci revient sur le début, difficile, de sa carrière, et ne fait pas l’impasse sur les troubles dépressifs qui l’affectaient à la suite de l’inceste que son père lui a fait subir enfant. De graves violences qui entraîneront son internement en hôpital psychiatrique. Elle s’en sortira grâce à sa créativité et à son art, en avance sur son époque, véritable catharsis des violences patriarcales. Seule ombre au tableau : cette manie de titrer les films parlant de personnalités féminines en utilisant uniquement leur prénom. Est-ce qu’on imaginerait aller voir un film qui s’appellerait tout simplement Robert ?

Céline Sallette, 2024, 1h38, bientôt disponible en streaming.

I May Destroy You

C’est l’une des meilleures séries sorties en 2020. Réalisée par Michaela Coel, qui interprète également le rôle principal, et inspirée par des éléments autobiographiques, I May Destroy You plonge frontalement dans les méandres de l’amnésie traumatique et dans les conséquences des violences sexuelles. Alors que l’autrice Arabella Essiedu est sous la pression de devoir écrire son premier livre, un homme la viole dans un bar, après l’avoir droguée. Assaillie de flash-back, elle tente difficilement de reconstituer les événements. Très réaliste, et parfois même teintée d’humour, la série montre, en suivant Arabella et sa reconstruction, qu’une victime ne se réduit pas à ce seul mot et demeure un être humain dans toute sa complexité.

Michaela Coel, 2020, 12 épisodes de 30 minutes, en streaming sur Max.