Crise, care et démocratie : “La Covid de la base, le Covid du sommet”

Par Hors-série N°235-236 / p. 57-59 • Janvier-février 2021 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Le manifeste magistral La Société des vulnérables, écrit par l’ex-ministre française des Droits des femmes Najat Vallaud-Belkacem et par la philosophe Sandra Laugier, ramasse les leçons de cette crise et démontre l’importance d’une politique basée sur l’éthique féministe du “care”. La Belge Anne-Emmanuelle Bourgaux, constitutionnaliste – spécialiste du droit lié à la Constitution –, l’a lu. Elle y retrouve ses préoccupations à propos des droits des femmes et de la démocratie comme processus de prise en compte de la parole de tous·tes. Parcours croisés.

© Aurélia Deschamps, pour axelle magazine

En tant qu’observatrice du fonctionnement collectif, étatique et politique de notre pays et professeure à l’Université de Mons, Anne-Emmanuelle Bourgaux, qui travaille aussi à l’accessibilité et à la compréhension du système fédéral belge par le plus grand nombre, a mis en route un atelier hebdomadaire horizontal. But : observer avec ses étudiant·es les conséquences de la pandémie sur le respect de la Constitution (qui organise les pouvoirs et la relation entre ces pouvoirs et les citoyen·nes) et de la démocratie. La lecture de l’essai, La Société des vulnérables. Leçons féministes d’une crise, hautement recommandée par axelle pour son analyse limpide et transversale intégrant les questions d’écologie et les rapports Sud-Nord, lui a permis de faire la jonction entre différents pans de ses recherches.

Le genre du Covid, plus que sémantique

La querelle sémantique autour du genre du mot “Covid” – lancée par l’Académie française qui en préconise l’usage au féminin –, Anne-Emmanuelle Bourgaux la trouve révélatrice de la profonde ambivalence de cette période, scindée entre pôles “féminin” et “masculin” peu reliés entre eux.

Gallimard 2020, 64 p. 3,90 eur.

Pôle féminin et invisibilisé : “la” Covid touche davantage les femmes. D’abord, elles sont majoritaires en première ligne dans les professions, essentielles mais dévalorisées, du care : métiers de contact, services et soins, mais aussi de contact avec les gens et donc avec la maladie. La juriste appelle ces femmes les “poilues” de la pandémie, en référence au surnom donné aux soldats de 1914-1918 envoyés dans les tranchées. Ensuite, la crise est terrible pour tous·tes, mais la population féminine souffre encore davantage de précarisation, ici et partout dans le monde : l’ONU chiffre à 47 millions les femmes jetées dans la pauvreté en raison du Covid-19, et l’UNICEF s’inquiète de l’aggravation de la pauvreté en Belgique, qui touche déjà un·e enfant sur 5 hors Covid. Et enfin, la crise sanitaire (re)confine les femmes au foyer, parfois lieu de violences, où toutes les causes de discriminations genrées restent présentes (tâches du care domestique : enfants, ménage, charges mentale et émotionnelle…), alors que le télétravail les désavantage plus que leurs homologues masculins.

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