Elle était « l’une de ces femmes indispensables » au féminisme en Belgique, selon les mots d’Ioannidis Tsironi Fotoula, militante féministe qui l’a bien connue. Née en 1947, Luce Hautier est décédée ce 31 octobre 2025, à l’âge de 77 ans. Elle a été active au sein de nombreuses associations féministes, et a notamment participé à la création de la première Maison des femmes à Saint-Josse, à Bruxelles, en 1974, un lieu créé pour soutenir les femmes et les luttes pour leurs droits.
C’est dans ce cadre qu’Ioannidis Tsironi Fotoula a rencontré Luce Hautier, après le déménagement de la Maison au 29, rue Blanche, à Saint-Gilles, en 1979. « Je suis certaine que c’est grâce à elle que la Maison des femmes a pu trouver son premier local à Saint-Josse. Quand j’ai commencé à travailler à l’animation de cette Maison, notamment l’organisation d’activités, à la fin des années 1990, Luce faisait partie du Conseil d’administration, avec d’autres féministes historiques comme Marie Denis, Édith Rubinstein, ou encore Anne Tonglet. Elle n’a jamais voulu jouer de son statut pour exercer de l’autorité sur nous, elle a toujours montré qu’elle nous faisait confiance », se souvient-elle, interrogée par axelle.
Engagée sur le terrain
Luce Hautier était également engagée politiquement, et s’est présentée à plusieurs élections communales pour le parti socialiste, notamment à Saint-Josse. En 1997, elle y siège au Conseil communal en tant que suppléante. « C’était une femme réellement engagée sur le terrain, où elle pouvait faire bouger les choses. Son féminisme, ce n’étaient pas que des paroles, c’étaient aussi des gestes concrets pour aider les femmes. Elle mettait en pratique ce que d’autres féministes écrivaient ou revendiquaient. À ce titre, son engagement politique a été précieux. Saint-Josse étant la commune la plus pauvre de Bruxelles, et Luce étant elle-même issue d’un milieu populaire, elle a beaucoup lutté contre la précarité », relate Ioannidis Tsironi Fotoula.
Son féminisme, ce n’étaient pas que des paroles, c’étaient aussi des gestes concrets pour aider les femmes.
« À cette époque, d’autres femmes politiques féministes faisaient le relais pour nous aider, comme Luce, et c’était très utile de pouvoir compter sur elles. Je pense à Anne Vanesse ou Magda De Galan. On ne devait pas tout réexpliquer à chaque fois, elles comprenaient. À la Maison des femmes, et parfois en dehors, nous soutenions beaucoup de femmes sans papiers ou que l’Onem voulait exclure et on faisait appel à elles pour trouver des solutions », poursuit-elle.
Pour que sa voix continue de résonner
Depuis l’annonce de son décès, les femmages se multiplient sur les réseaux sociaux, notamment celui du CARHIF, le Centre d’archives et de recherches pour l’histoire des femmes. Bibliothécaire-documentaliste de formation, Luce Hautier avait déposé ses archives au CARHIF, afin de les préserver. « Nous garderons le souvenir d’une femme déterminée et généreuse. À travers ses archives, sa voix continue de résonner et de nourrir la mémoire collective. Son œuvre et son engagement continueront d’inspirer celles et ceux qui s’intéressent aux mouvements des femmes en Belgique, à l’égalité de traitement, à l’enseignement et à la stéréotypie », écrit l’association dans un post.
Elle avait beaucoup d’humour et il était important pour elle de transmettre les combats à la nouvelle génération.
« Elle avait beaucoup d’humour et il était important pour elle de transmettre les combats à la nouvelle génération, explique encore Ioannidis Tsironi Fotoula. Cela me fait plaisir de voir que des gens se souviennent d’elle aujourd’hui, qu’on ne l’oublie pas. Nous avons besoin de tout le monde au sein du féminisme, celles qui savent prendre la parole en public, celles qui savent écrire, des tracts ou des revendications, etc. Néanmoins, on constate que certaines ont été invisibilisées. Aucun livre n’a été écrit sur la vie de Luce, elle n’a pas été considérée comme une grande intellectuelle du féminisme, malgré son parcours, malgré le fait qu’elle en a été une cheville ouvrière. Elle ne se mettait pas à l’avant, mais elle était partout présente, elle venait aux manifestations, elle venait aux conférences et aux débats pour écouter et soutenir. Je la remercie de nous avoir transmis l’histoire des combats féministes, d’avoir représenté la force du mouvement et des réseaux des féministes. Je suis tellement heureuse d’avoir connu cette formidable génération de féministes qui ont tellement créé, fondé, et porté le mouvement féministe en Belgique. »
Nul doute en effet que Luce Hautier restera une figure marquante de l’histoire du féminisme en Belgique. En touchant de nombreuses personnes sur son chemin, elle a semé les graines du monde plus égalitaire qu’elle appelait de ses vœux.