Droit à l’avortement : l’impossible repos des guerrières

Par Hors-série N°215-216 / p. 44-47 • Janvier-février 2019 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Les femmes et les militantes féministes sont en première ligne pour défendre le droit à l’avortement dans l’arène politique. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce droit n’est pas totalement acquis…

En 1973, le médecin namurois Willy Peers est arrêté sur dénonciation anonyme pour avoir pratiqué des avortements. Il passe 34 jours en détention provisoire et alerte l’opinion publique sur l’hypocrisie de la loi belge. Son arrestation déclenche de nombreuses manifestations de soutien : à Gand, par exemple, des femmes entament une grève de la faim… Sur cette photo, prise à sa sortie de prison, il participe à une marche aux côtés de son épouse. © Belga Archives

Il serait facile de croire que la Belgique n’a plus de problème avec l’avortement. L’interruption volontaire de grossesse est en effet autorisée dans notre pays depuis la loi de 1990. Certes, nous sommes loin de la situation de la Pologne ou de la Hongrie où l’avortement est interdit. Le combat historique des femmes belges a permis des avancées majeures il y a bientôt trente ans. Mais le combat actuel tente d’éviter les reculs : car le droit à l’interruption volontaire de grossesse ne fait pas encore l’unanimité, même au sein des partis politiques…

Le temps des risques

La première loi belge sur l’avortement date de 1897 et l’interdit complètement. L’avortement est considéré dans le Code pénal comme un crime « contre l’ordre des familles et de la moralité publique ». La loi sanctionnait d’un emprisonnement de deux à cinq ans la femme qui y avait recours, mais aussi la personne qui l’avait fait avorter. Les peines étaient fort aggravées si cette personne était médecin, sage-femme ou pharmacien·ne. Cette loi a été complétée en 1923 par une loi prohibant toute publicité et information en matière de contraception. Les femmes avortaient donc clandestinement, malgré les risques encourus, des risques légaux mais pas seulement. « Beaucoup de femmes mouraient ou étaient mutilées. À l’hôpital Saint-Pierre, à un certain moment de notre histoire, les femmes qui se retrouvaient au service gynécologique y étaient davantage pour des séquelles des avortements que pour des naissances », s’insurge Sylvie Lausberg, présidente du Conseil des femmes francophones de Belgique (CFFB). En réaction, des médecins et plannings familiaux (le premier s’est ouvert en 1962) se sont alliés aux femmes pour pratiquer des avortements illégaux dans un cadre sûr, comme le médecin namurois Willy Peers. En 1973, celui-ci est arrêté sur dénonciation anonyme pour avoir pratiqué des avortements. Il passe 34 jours en détention provisoire et alerte l’opinion publique sur l’hypocrisie de la loi belge.

Les féministes s’emparent du sujet

En 1976, la Journée nationale des Femmes choisit pour thème :  « Avortement : les femmes décident ». « Cette journée marque l’entrée du thème de la dépénalisation de l’avortement dans le mouvement féministe belge », rappelle Fabienne Bloc, travailleuse psychosociale au sein de plannings familiaux. Lors de cette journée, des Comités sont créés pour faire pression et demander la sortie de l’avortement du Code pénal.  « Il y a eu beaucoup de conversations bouleversantes. On s’est rendu compte que les femmes n’étaient pas toutes égales devant les avortements clandestins. Les plus aisées pouvaient, par exemple, partir avorter à l’étranger », continue-t-elle. Difficile à croire aujourd’hui, mais parmi ces pays étrangers se trouvait… la Pologne.

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