Cet article fait partie d’une série de six articles consacrés aux programmes politiques des partis suivants côté francophone du pays, que nous publierons jour après jour du 23 au 30 avril (par ordre alphabétique) : DéFI, Ecolo, Les Engagés, le MR, le PS et le PTB.
« De manière générale, brosse Zélie Legros, chargée d’étude à Vie Féminine, à la lecture du programme d’Ecolo, on note la volonté – peut-être un peu trop rêveuse ? – de ce parti de mettre en avant la justice sociale, de mettre le focus sur les mesures proposées en regardant l’impact sur les personnes les plus précaires et sur les femmes. On voit son intérêt pour des questions intersectionnelles. Le programme est plutôt facile à lire… Mais, ironique pour un parti qui veut prôner l’accessibilité, c’est quand même très long, 348 pages ! » On est donc allées à l’essentiel.
Rendez-vous pris pour le socioéconomique
En mars-avril (n° 257), nous avons pris le pouls des revendications des associations féministes. Le programme d’Ecolo en rencontre beaucoup, à commencer par les matières socioéconomiques. Sur le volet de l’individualisation des droits, par exemple, Ecolo suit la demande féministe de longue date de mettre fin au discriminant statut de cohabitant·e, tout comme la plupart des partis dont nous avons ausculté les propositions (DéFI, Les Engagés, PS et PTB, à l’exception du MR qui ne s’y déclare pas favorable). Rajae Maouane, co-présidente d’Ecolo invitée au Grand débat des présidentEs* de parti organisé par Vie Féminine le 20 avril, reconnaissait : « Nous n’avons pas pu l’obtenir dans la coalition Vivaldi. Côté francophone des partis au gouvernement, cela faisait consensus ; pas au Nord. Ce sera un point prioritaire pour nous lors des prochaines négociations auxquelles on espère participer. »
Ecolo formule de nombreuses propositions pour améliorer la vie des personnes les plus précaires et renforcer notre système de solidarité : tarifs sociaux, système d’amende proportionnel aux revenus, sécurité sociale alimentaire.
La lutte contre le non-recours via l’automatisation des droits sociaux, le maintien d’un minimum de guichets de proximité des services publics – revendications importantes pour de nombreuses associations de femmes et de terrain : oui, c’est dans le programme. On a envie de dire « c’est validé ». Le soutien aux familles monoparentales, notamment en revalorisant l’accès au SECAL et en étendant ses missions, y figure aussi… Étrangement, Ecolo ne propose pas explicitement dans son programme, comme le fait par exemple le PS, de le faire évoluer vers un fonds universel de créances alimentaires sur le modèle de l’ARIPA en France, un service qui prendrait en compte toutes les créances alimentaires de façon automatique dès qu’elles sont fixées dans une décision de Justice. Pourtant, le parti porte cette ambition puisqu’il a, via sa précédente secrétaire d’État fédérale à l’Égalité, Sarah Schlitz, commandé une étude de faisabilité quant à ce fonds universel. Étude qui doit livrer ses conclusions avant la fin de la législature. Un oubli dans le programme ?
Juliette Léonard, chargée d’étude au Collectif contre les Violences Familiales et l’Exclusion qui a réalisé une analyse comparative des programmes, va dans le même sens que Zélie Legros. Elle précise : « Ecolo formule de nombreuses propositions pour améliorer la vie des personnes les plus précaires et renforcer notre système de solidarité : tarifs sociaux, système d’amende proportionnel aux revenus, sécurité sociale alimentaire. » Juliette Léonard reste toutefois mitigée quant à l’attachement profond d’Ecolo à la protection des services publics, peu développée selon elle dans le programme : peu de critiques du secteur privé, influence du modèle de l’« allocation universelle »… Elle pointe également le fait que le parti ne fait quasiment pas de mention des syndicats.
« Ecolo se positionne contre les « emplois atypiques », du style « flexi job », analyse encore Juliette Léonard, avec une volonté que le CDI reste la norme, mais sans pour autant développer autant de protections pour ce type d’emploi que le PS ou le PTB. » À noter aussi la garantie d’allocations sociales supérieures au seuil de pauvreté ; un revenu de base de 580 euros (indexé) pour les 18-25 ans (un peu trop peu, non ?) ; la possibilité pour chaque travailleur/euse de prendre une « pause » d’un an sur l’ensemble de sa carrière tout en gardant une rémunération de 1.500 euros net par mois, ou le « droit à la démission » sans pénalités en termes d’allocations de chômage…
Fin du mois et fin du monde
« L’austérité est incompatible avec la transition écologique et la justice sociale », résume le programme. La lutte contre la précarité énergétique, analyse Zélie Legros, amène à la fois à penser à des améliorations en termes de qualité de logement et d’énergie, mais aussi à des mesures sociales comme l’élargissement du tarif social, la régulation des prix des loyers et la lutte contre la spéculation, la lutte contre les logements vides et les expulsions domiciliaires, l’encouragement pour différentes formes d’habitat et l’ambition de politiques publiques de logement intégrant les questions de genre et les publics précarisés.
À propos de l’énergie, pointons un sujet éminemment féministe, à la fois presque identitaire pour Ecolo, et important pour axelle qui lui a consacré fin 2022 un dossier : le nucléaire.
À propos de l’énergie, pointons un sujet éminemment féministe, à la fois presque identitaire pour Ecolo, et important pour axelle qui lui a consacré fin 2022 un dossier : le nucléaire. Ecolo est peut-être le parti le plus explicite à ce sujet – encore une fois, hors bilan du gouvernement… : « Le nucléaire n’est ni une énergie propre ni une énergie renouvelable, et tous les efforts de communication du lobby nucléaire ne pourront rien y changer. C’est une énergie dangereuse, chère et qui n’est pas flexible. Le nucléaire nous mène dans une impasse : malgré les décennies de recherche, le nucléaire – petit ou grand – sans production de déchets dangereux n’existe toujours pas. » L’ambition : sortir totalement, et par étapes, du nucléaire, fermer les derniers réacteurs, poursuivre la recherche d’une solution fiable pour stocker les déchets nucléaires et accélérer le désarmement nucléaire multilatéral.
Qui dit prendre soin, dit réorganisation collective
Ecolo – aboutissement logique de sa vision de la société dans laquelle la productivité ne semble clairement pas être la valeur centrale – se prononce en faveur de la mise en place progressive d’une réduction collective du temps de travail, avec la perspective de tendre vers 32 heures/semaine avec maintien du salaire net pour les bas et moyens salaires. Aux antipodes de ce que la Vivaldi a finalement pondu (une « semaine des 4 jours », mais pour 38h, sans réduction du temps de travail). Cette semaine de 32 heures, la plupart des syndicats y sont d’ailleurs favorables. L’objectif : dégager davantage de temps et aller vers plus d’égalité, à la fois au travail, mais aussi dans la vie privée, avec un meilleur équilibre vie privée/vie professionnelle. Son financement, ça va marcher comment ? Ecolo propose une diminution des cotisations sociales de l’employeur/euse en misant sur les effets directs d’une telle réduction collective du temps de travail dans les caisses de l’État (diminution du taux de chômage et des maladies de longue durée) : de quoi laisser légèrement sceptique.
Ecolo se prononce en faveur de la mise en place progressive d’une réduction collective du temps de travail, avec la perspective de tendre vers 32 heures/semaine avec maintien du salaire net pour les bas et moyens salaires.
Attention, aussi, à penser cette transformation collective du temps de travail de façon féministe. Le temps dégagé ne doit pas se faire au détriment des femmes, qui prendraient encore davantage en charge les tâches de soin aux autres. Que pense Ecolo à ce sujet ?
« Dans son programme, constate Juliette Léonard, Ecolo se revendique du féminisme et mentionne vouloir combattre le patriarcat. Les thématiques liées aux femmes sont transversales, avec de récurrents points d’attention. Et nous trouvons un point consacré à « une égalité enfin réelle entre les femmes et les hommes » dans une partie plus large qui regroupe les propositions pour « une société plus égalitaire et plus juste ». »
Dans ce chapitre, Ecolo propose également de renforcer les possibilités de « mieux combiner vie privée et vie professionnelle ». Comment ? À travers le renforcement des congés thématiques et de crédit-temps, un renforcement des services collectifs (crèches, accueil temps libre, renforcement des services d’accompagnement à la parentalité avec une attention particulière pour les familles en difficulté…). Mais quand on se penche sur les places en milieu d’accueil, fait remarquer Zélie Legros, on observe qu’Ecolo ne propose que 5.000 places supplémentaires. Trop peu pour être rassurant. Enfin, le parti mise sur une revalorisation des métiers dits « essentiels » – dont les métiers du soin aux autres – par de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail. Le parti souhaite aussi élargir le congé parental et assurer un congé de naissance de 15 semaines pour les deux parents.
« Une approche genrée de la santé »
« Ecolo, note Juliette Léonard, développe dans son programme une approche genrée de la santé et tient en compte des aspects qui touchent spécifiquement les femmes comme la grossesse, les menstruations, la ménopause, les maladies cardiovasculaires et l’endométriose. Ecolo affiche la volonté de fournir aux femmes les outils nécessaires à la connaissance de leurs corps, mais également de réaliser les tests cliniques de façon différenciée pour les hommes et les femmes, d’instaurer des « référent·es genre » dans les hôpitaux et de former les professionnel·les de la santé à propos des sujets qui touchent les femmes. Le parti souhaite lutter contre les violences obstétricales et gynécologiques et créer un « Observatoire national pour une naissance respectée ». »
Ecolo développe dans son programme une approche genrée de la santé et tient en compte des aspects qui touchent spécifiquement les femmes comme la grossesse, les menstruations, la ménopause, les maladies cardiovasculaires et l’endométriose.
Niveau contraception et IVG, Ecolo se positionne pour un accès gratuit à la contraception féminine, mais aussi masculine (en lisant axelle cet été, vous pourrez vous faire votre propre opinion au sujet de cette dernière). Quant à l’avortement, qui a fait l’objet d’un compromis politique des partis de la majorité avec le parti chrétien flamand CD&V (il ne voulait pas monter au gouvernement sans la garantie d’un statu quo à ce sujet), toutes les avancées proposées au Parlement sont actuellement bloquées. Ecolo, comme de nombreux partis francophones, veut totalement dépénaliser l’IVG, augmenter le délai (à 22 semaines), mais aussi supprimer le délai de réflexion, renforcer l’accès aux publics vulnérables…
Sarah Schlitz : « Contrairement à d’autres droits pour lesquels la Belgique est considérée plus à la pointe que d’autres pays européens, en ce qui concerne l’avortement, on en est quasiment à la même situation qu’en 1991. »
Sarah Schlitz, députée fédérale Ecolo, candidate et ancienne secrétaire d’État à l’Égalité des genres, constatait elle-même récemment, lors d’une interview à axelle (à paraître prochainement) : « Contrairement à d’autres droits pour lesquels la Belgique est considérée plus à la pointe que d’autres pays européens, en ce qui concerne l’avortement, on en est quasiment à la même situation qu’en 1991. » Peut-être donc que la mesure politique la plus subversive serait de permettre aux femmes de disposer de leur propre corps. Reste à savoir si l’IVG constituera à nouveau, ou pas, un enjeu qui peut attendre cinq ans. Et risquer d’être menacé entre-temps ?
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Chapitre migration
Un impensé dans le programme, malgré une lecture intersectionnelle transversale : les femmes migrantes demandant l’asile pour avoir fui des pays pénalisant l’IVG, un sujet sur lequel axelle a récemment mené l’enquête. En France, la sénatrice écologiste Mélanie Vogel – rencontrée au même moment que Sarah Schlitz, quelques jours avant la rédaction de cet article – a précisément déposé une proposition de loi afin que les poursuites pénales encourues à la suite d’une IVG deviennent un motif d’asile. Inspirant.
D’autant plus qu’en matière de migration, c’est une nouvelle fois difficile de lire l’ambitieux programme d’Ecolo sans faire le lien avec le terrible bilan du gouvernement. Ainsi que le reconnaissait Rajae Maouane, « c’est le chapitre de la Vivaldi avec lequel nous sommes le plus mal à l’aise. Ainsi que nous l’avons manifesté auprès du Premier ministre et des autres ministres, c’est une vraie difficulté pour nous. » Idéal, donc, d’Ecolo : une politique de régularisation transparente basée sur des critères clairs, inscrits dans la loi ; une politique migratoire « respectueuse des droits fondamentaux », avec des voies de migration sûres et légales, un accueil et un accompagnement pour tous·tes, la suppression de l’infraction pénale de « séjour illégal », etc. De nouveau, nous verrons ce qui constituera une ligne rouge à ne pas franchir pour la prochaine législature.
Racisme et violences de genre
Ecolo développe diverses propositions pour lutter contre le racisme, dont la mise en place du plan interfédéral NAPAR. On retrouve aussi des mesures pour lutter contre le racisme dans le monde du travail, comme le recours aux tests de discrimination pour lutter contre les discriminations à l’embauche.
En ce qui concerne le rapport au passé colonial, les objectifs sont très explicites : la Belgique doit livrer des excuses officielles aux peuples congolais, burundais, rwandais, premier pas vers la reconnaissance des immenses préjudices subis ; introduire des référentiels scolaires ambitieux ; utiliser l’espace public comme un espace de lutte contre la propagande coloniale et ses conséquences – dont, bien sûr, le racisme.
En matière de lutte contre les violences de genre, Ecolo, qui peut se targuer d’avoir été à l’origine d’avancées majeures en la matière dans le dernier gouvernement fédéral, développe de multiples pistes. À commencer par l’accessibilité de la Justice…
Enfin, en matière de lutte contre les violences de genre, Ecolo, qui peut se targuer d’avoir été à l’origine d’avancées majeures en la matière dans le dernier gouvernement fédéral, développe de multiples pistes. À commencer par l’accessibilité de la Justice, « en levant les obstacles financiers, procéduraux et géographiques, via notamment un renforcement de l’aide juridique et le maintien d’une justice de proximité ». Une philosophie – la proximité des services essentiels – qui se ressent d’ailleurs dans l’ensemble du programme.
Juliette Léonard pointe entre autres la proposition d’améliorer « la prise en charge des victimes et la réparation des dommages subis par celles-ci » : une étape vers la reconnaissance de la nécessité d’une réparation plus large que judiciaire. En espérant que cela ouvre la voie à une réflexion sur les enjeux spécifiques que vivent les femmes victimes de violences conjugales pour se reconstruire… et l’adoption d’un « pack reconstruction », comme Vie Féminine le revendique.
Ecolo, comme le PS, le PTB – et même, dans une certaine mesure, Les Engagés – a été à l’écoute des mouvements féministes ces dernières années : ce constat se retrouve clairement dans son programme.
Le parti souhaite également renforcer « la prise en compte des enjeux liés au genre dans les procédures judiciaires » en formant les professionnel·les de la Justice et en créant des tribunaux spécialisés dans les violences intrafamiliales, comme c’est le cas en Espagne (et en cours de test à Charleroi), afin de « détecter les processus de domination et de violence (emprise, contrôle de coercition…) et d’écarter le recours à des concepts non fondés scientifiquement (tel que le syndrome d’aliénation parentale) ». Notons pour finir l’ambition du parti de lancer un « plan interfédéral de prévention et de lutte contre les violences faites aux enfants y compris en milieu intrafamilial, avec une attention particulière accordée à l’inceste ». Une nécessité, car l’enjeu est multidimensionnel ; l’ensemble des institutions et des niveaux de pouvoir sont concernés.
Ecolo, comme le PS, le PTB – et même, dans une certaine mesure, Les Engagés – a été à l’écoute des mouvements féministes ces dernières années : ce constat se retrouve clairement dans son programme. Reste à savoir à quelle sauce ces propositions seront mangées et quelles concessions seront faites, ou non, au moment d’aller à la table des négociations. Le bilan plus que mitigé du dernier gouvernement – encore en fonction à l’heure d’écrire ces lignes – ne laisse pas la place à un optimisme fou. Les associations féministes sauront, espérons-le, leur rappeler leurs engagements.
Sur les listes d’Ecolo, seul parti francophone avec une femme à sa co-présidence, Rajae Maouane, on compte cette année 47,6 % de femmes en tête de leurs listes électorales régionales et fédérales. Presque 50/50. Pour onze hommes en haut d’une liste, on retrouve dix femmes et leurs visages ne nous sont pas inconnus. Citons Rajae Maouane, la coprésidente du parti, en tête de la liste bruxelloise pour le niveau fédéral. Également pour la chambre des représentant·es, Sarah Schlitz, ex-secrétaire d’État à l’Égalité des genres, est première de la liste liégeoise. Celle qui lui a succédé, Marie-Colline Leroy, est quant à elle deuxième derrière Jean-Marc Nollet sur la liste du Hainaut.
Six listes régionales sur douze sont menées par des candidates, avec par exemple la ministre du Climat, de l’Environnement, du Développement durable et du Green Deal, Zakia Khattabi, pour le Parlement bruxellois. Une autre actuelle élue en tête de liste, c’est Céline Tellier, ministre wallonne de l’Environnement, de la Nature, la Forêt, la Ruralité et du Bien-être animal, pour Nivelles. (Ena Billenne)