Élections : on a lu le programme du PS avec des lunettes de genre

En matière de droits des femmes, le programme touffu du Parti Socialiste se montre costaud. L’imposant document fait de la place aux femmes, et porte assez souvent attention aux plus vulnérables. Cette communication du PS est cependant à mitiger, au regard notamment du bilan du parti après cinq années de pouvoir en coalition.

© Odile Brée pour axelle magazine

Cet article fait partie d’une série de six articles consacrés aux programmes politiques des partis suivants côté francophone du pays, que nous publierons jour après jour du 23 au 30 avril (par ordre alphabétique) : DéFI, Ecolo, Les Engagés, le MR, le PS et le PTB.

Machine bien rodée, le PS a produit un programme de plus de mille pages qui détaille en 42 chapitres nombre de mesures, quitte à les répéter. Et au risque de s’y noyer. Mais pour la plupart, « elles sont précises, techniques, on les sent possibles à mettre en œuvre relativement rapidement », estime Élodie Blogie, conseillère politique chez Vie Féminine.

La plupart des mesures du PS sont précises, techniques, on les sent possibles à mettre en œuvre relativement rapidement.

Comme on peut s’y attendre, c’est la thématique du travail qui ouvre le texte. Pour les socialistes, c’est le pilier central de l’organisation de la vie citoyenne : levier d’épanouissement personnel, lien social, source de droits… Quelques mesures :  emplois stables et pérennes, pas touche à l’indexation des salaires, pas de coupes dans les montants du chômage (pas de limitation dans le temps, ni de dégressivité des allocations), poursuite de l’augmentation du salaire minimum pour tendre vers 2.800 euros brut par mois (17 euros brut de l’heure), « Territoire zéro chômeur »…

Le parti veut aussi s’attaquer aux temps partiels subis (« les temps pleins ne sont pas tenables physiquement et/ou mentalement, horaires coupés, horaires irréguliers, déplacements, etc. ») dans les secteurs du soin et de l’aide aux personnes où se retrouvent principalement des femmes :  revalorisation salariale mais également dans le calcul de la pension.

Le parti veut aussi s’attaquer aux temps partiels subis dans les secteurs du soin et de l’aide aux personnes où se retrouvent principalement des femmes :  revalorisation salariale mais également dans le calcul de la pension.

Par contre, observe Juliette Léonard, chargée d’étude pour le Collectif contre les Violences Familiales et l’Exclusion (CVFE) qui a réalisé une analyse comparative des programmes, le parti n’entame « pas de réflexion frontale sur la notion de travail à partir du travail gratuit des femmes ». Même si, concession, le PS souhaite revoir « l’utilisation du terme de « congé » pour désigner les congés de maternité et de naissance, tant cette période peut être éprouvante. »

En matière d’accueil de la petite enfance, le plan est d’augmenter le nombre de places en milieux d’accueil (tant publics que privés) pour atteindre un taux de couverture de 50 %, taux préconisé par le secteur. Comment ? Le parti rouge ne le dit pas. L’actuel gouvernement n’est pas arrivé à beaucoup augmenter le nombre de places disponibles. « Actuellement, le taux de couverture est de 38 % », précise le programme. Le PS émet également le souhait de rendre les milieux d’accueil plus accessibles financièrement.

Entre les mesures passées et les mesures futures

Comme le PTB et Ecolo, le PS propose d’« aller vers une réduction collective du temps de travail (premières réductions du temps de travail en se concentrant sur les travailleuses/eurs les plus âgé·es ainsi que les secteurs pénibles) et […] limiter les emplois à horaires ultra-flexibles », décrit encore Juliette Léonard dans son analyse des programmes. La chargée d’étude avertit : les mesures proposées « sont bien souvent le résultat de conflits et compromis [internes aux partis, ndlr] et ce serait une erreur de se limiter à la seule lecture des programmes pour saisir le travail mené par les différents partis pour améliorer (ou empirer) les conditions de vie des femmes ».

Juliette Léonard donne en exemple la volonté affichée du PS (et d’Ecolo) « de prendre en compte les temps partiels des femmes, ainsi que la limitation des emplois « atypiques » comme les flexi-jobs » alors que le gouvernement de cette législature, dont le PS fait partie (Karine Lalieux, ministre des Pensions, Pierre-Yves Dermagne, vice-Premier ministre et ministre de l’Économie et du Travail), a justement « empiré le calcul de la pension et étendu ces flexi-jobs ».

Cette volonté d’implémenter des politiques publiques fortes pour lutter contre les inégalités s’affiche plus particulièrement sur les sujets socioéconomiques et en matière de santé.

Cette volonté d’implémenter des politiques publiques fortes pour lutter contre les inégalités s’affiche plus particulièrement sur les sujets socioéconomiques et en matière de santé, observe Élodie Blogie. Les promesses s’orientent vers un renforcement des services publics et une réforme du financement de la sécurité sociale pur garantir son amélioration et la protéger contre tout démantèlement. « Le PS affirme vouloir maintenir notre modèle de sécurité sociale fédéral et y faire contribuer davantage les revenus du capital », résume Juliette Léonard. Le parti socialiste préconise l’individualisation des droits, la fin du statut de cohabitant·e, la création d’un statut social unique qui faciliterait la lutte contre le non-recours aux droits. Page 204 : « Selon différentes études, le taux peut atteindre 35 à 40 % des bénéficiaires potentiels de ces différentes aides et droits sociaux. »

Dans le sous-chapitre consacré au Service des créances alimentaires (SECAL), l’ancrage est clair : « Les créances alimentaires ont une importance cruciale pour les mamans solos qui, sans elles, n’ont que leurs revenus et les allocations familiales pour subvenir aux besoins de leur famille. Or 39 % des créances alimentaires ne sont pas payées de manière régulière. » Des propositions que rappelait Caroline Désir, ministre PS de l’Éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles, lors du Grand débat des PrésidentEs* de parti organisé par Vie Féminine le 20 avril dernier : création d’un fonds universel, automatisation, montant maximal des avances relevé à 350 euros par enfant (aujourd’hui 175 euros), ou encore extension de l’intervention du SECAL aux frais extraordinaires.

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Un chapitre pour les droits des femmes

Le troisième chapitre se consacre…  aux droits des femmes. Dont le PS fait depuis son « Congrès social-féministe » du 2 avril 2023 une de ses priorités, remarque Élodie Blogie. Quatre axes sont érigés en priorités dans ce chapitre, qui rappelle que le PS souhaite que toutes les politiques et à tous les niveaux de pouvoir soient élaborées suivant le « gender mainstreaming », c’est-à-dire en regard de l’égalité femmes/hommes. Une politique qui a fait l’objet d’une loi en 2007, puis d’un Plan fédéral en 2021.

Le troisième chapitre se consacre…  aux droits des femmes. Dont le PS fait depuis son « Congrès social-féministe » du 2 avril 2023 une de ses priorités.

Première priorité, les droits sociaux, puis la santé, déjà abordée sous l’angle de la santé mentale des femmes dans le chapitre II, avec ce constat : « Les femmes souffrent davantage de troubles de santé mentale que les hommes. Elles sont deux fois plus touchées par la dépression que les hommes et consomment également plus de psychotropes. »

Autre priorité : la place des femmes dans la société et dans les institutions. Élodie Blogie remarque que seul le PS parle d’un portefeuille spécifique « droits des femmes » dans chaque gouvernement (fédéral, régional et communautaire). Deux ministres PS ont d’ailleurs cette compétence, parmi d’autres, au niveau régional : Christie Morreale en Wallonie et Nawal Ben Hamou à Bruxelles.

Il y a quelques mois, Paul Magnette, président du PS, refusait de participer à un débat au motif que le panel invité était uniquement masculin. Mais les débats entre présidents de partis auxquels il participe aujourd’hui ne présentent que des hommes.

Le parti promet la représentativité paritaire « au sein de l’ensemble des exécutifs et à tous les niveaux de pouvoir ». La cause ne serait-elle pas un chouia instrumentalisée ? « Il y a quelques mois, Paul Magnette, président du PS, refusait de participer à un débat au motif que le panel invité était uniquement masculin, poursuit Élodie Blogie. Mais les débats entre présidents de partis auxquels il participe aujourd’hui ne présentent que des hommes. » Rappelons également que les deux ministres présidents PS au pouvoir actuellement, Rudi Vervoort (Bruxelles) ou Elio Di Rupo (Wallonie) sont pour la 3e fois à la tête de leur gouvernement régional.

Dernier sous-chapitre : la lutte contre toutes les formes de violence contre les femmes, pour laquelle se déploie une batterie de mesures destinées à contrer les violences sexuelles et intrafamiliales, allant de la sensibilisation et de la prévention à une meilleure prise en charge. Le PS veut plus de Centres de Prise en charge des Violences Sexuelles (CPVS), des mécanismes d’alerte, un observatoire indépendant des violences faites aux femmes et même la création (en parallèle de la CIM droits des femmes existante ?) d’une conférence interministérielle spécifique à propos de la prise en charge des victimes.

« En ce qui concerne les violences conjugales et intrafamiliales, relève encore Juliette Léonard du CVFE, le PS propose de créer des places en hébergement pour les auteurs de violences afin de permettre l’éloignement du domicile de ceux-ci, ainsi que plus de places pour les femmes victimes de violences. »

Universalisme vs intersectionnalité

De façon générale, une majeure partie des propositions du PS est pensée à partir du constat des inégalités entre les femmes et les hommes. Les inégalités ne sont pas toujours visibilisées par l’écriture inclusive, comme pour l’intitulé du Chapitre 6, « Aînés ». Certaines thématiques restent aveugles au genre, celle du sans-abrisme, par exemple, comme ont pu le constater les membres de Vie Féminine pendant les rencontres avec des candidates des différents partis lors de l’atelier sur le sujet du logement, organisé juste avant le Grand débat des PrésidentEs*, le 20 avril dernier. À la décharge du PS, seules les candidates Ecolo et PTB ont pu amener un début de réponse aux questions des femmes concernées.

De façon générale, une majeure partie des propositions du PS est pensée à partir du constat des inégalités entre les femmes et les hommes. Les inégalités ne sont pas toujours visibilisées par l’écriture inclusive, comme pour l’intitulé du Chapitre 6, « Aînés ».

Relativement fréquemment, les mesures incluent également une analyse intersectionnelle, c’est-à-dire un examen des situations qui croisent les discriminations. Exemple extrait du programme : une « attention portée aux femmes racisées qui sont plus souvent victimes de stéréotypes dans l’accès aux soins de santé ». Ou encore la prise en compte de la plus grande vulnérabilité des femmes sans papiers, en les incitant à porter plainte et en ouvrant la possibilité d’être accueillie en refuge.

Cependant, l’analyse réalisée mi-avril par Vie Féminine sur la place des femmes dans les programmes des partis et dont axelle a publié des morceaux choisis pointe une confusion autour des termes « intersectionnalité » et « universalisme », deux tendances féministes plutôt opposées. L’approche universaliste, inscrite dans l’histoire du mouvement féministe, fait actuellement l’objet de critiques en raison, selon l’approche intersectionnelle, de son manque de prise en compte des vécus des femmes les plus marginalisées. Dans son analyse, Vie Féminine se demande si cette double approche ne serait pas le résultat d’une « volonté de faire coexister différentes approches féministes, elles-mêmes représentées au sein du parti ».

Signe de cette intersectionnalité peu digérée : si les droits des femmes sont devenus « une matière à part entière pour le PS, analyse la conseillère politique de Vie Féminine, ils sont aussi séparés de ceux liés à d’autres « minorités » ». La prise en compte des femmes est évidemment positive mais la relégation du racisme en toute fin du programme, dans un chapitre 37 consacré aux « Libertés individuelles et lutte contre les discriminations » et regroupant des sujets disparates, montre ce manque de compréhension approfondie de la notion d’intersectionnalité.

Signe de cette intersectionnalité peu digérée : si les droits des femmes sont devenus une matière à part entière pour le PS, ils sont aussi séparés de ceux liés à d’autres « minorités ».

À noter enfin que ce chapitre 37 dit vouloir « poursuivre la conquête de « nouvelles libertés » dont la nécessité se fait jour en même temps que sont rendus visibles les différents rapports de domination qui structurent notre société ». Mais entre des mesures visant à reconnaître les dimensions structurelles et systémiques du racisme, d’autres concernant l’IVG ou le renforcement de l’EVRAS, apparaît… la volonté d’encadrement de la pratique de la Gestation pour autrui (GPA). Les préconisations du PS s’appuient sur l’avis 86 du Comité belge de bioéthique, sur lequel axelle s’est penché.

Qu’adviendra-t-il, dans les faits, de ce programme assez favorable aux droits des femmes ? Lors du fameux débat des PrésidentEs*, à la question de savoir à quel compromis le PS était prêt à consentir vis-à-vis de ses futurs partenaires de coalition (éventuellement de droite) pour former un nouveau gouvernement, Caroline Désir affirmait que les droits des femmes ne se marchandent pas ; il est à espérer qu’il en soit réellement fini avec leur rôle habituel de variable d’ajustement.

Le dire, c’est bien ; le faire, c’est mieux

Malgré les déclarations, la parité n’est pas encore au programme pour les candidat·es du PS. Avec 6 femmes pour 13 hommes en tête de liste, le Parti Socialiste arrive à une note de parité de 31,6 % et obtient ainsi la 4e place de notre classement des partis francophones, derrière Ecolo, le MR et le PTB.

Au niveau fédéral, une seule femme mènera sa liste le 9 juin prochain : la ministre de l’Enseignement, Caroline Désir. Sur cette même liste bruxelloise, on retrouvera aussi en 3e position l’échevine du Logement, du Patrimoine public et de l’Égalité des chances de la capitale, Lydia Mutyebele Ngoi. Cette politicienne est également militante dans l’asbl Groupement des Femmes Africaines Intégrées et Actives pour le développement professionnel des femmes. Toujours pour la Chambre des représentant·es, Ludivine Dedonder, la première femme au poste de ministre de la Défense, sera 2e de la liste du Hainaut.

Vous ne retrouverez aucune politicienne en tête de liste pour les Parlements bruxellois et européen. En revanche, elles seront 5 face à 6 politiciens pour le Parlement wallon. Avec par exemple : la vice-présidente du parti Anne Lambelin qui mènera la liste pour Nivelles, ou encore la ministre de la Santé et de l’Emploi au gouvernement wallon Christie Morreale, en tête côté Liège. Éliane Tillieux, première femme présidente de la Chambre des représentant·es, sera également tête de liste pour Namur. (Ena Billenne)