“Continuer à faire pression contre les violences faites aux femmes”

Tous les ans, autour du 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes, la plateforme Mirabal invite à une grande manifestation pour rappeler le rôle des associations féministes mais aussi celui des pouvoirs publics dans la lutte contre les violences masculines. Cette année, rendez-vous dimanche 28 novembre. axelle en a parlé avec Céline Caudron, coordinatrice à Vie Féminine.

Manifestation du 22 novembre 2020 contre les féminicides, gare Centrale, Bruxelles. © Nicolas Landemard / Le Pictorium

Quels sont les enjeux actuels de la lutte contre les violences faites aux femmes ?

“Les lignes bougent. Depuis quatre ou cinq ans, on en parle de plus en plus, notamment grâce aux mobilisations féministes et parce qu’il y a de plus en plus de prises de parole des femmes. Malheureusement, les réponses sont encore trop faibles, et trop superficielles… Nous avons pourtant besoin de mesures concrètes, qui durent dans le temps. Pendant le confinement, par exemple, on a pointé le fait que les violences augmentaient ; des mesures ont été adoptées, comme un renforcement de la ligne d’écoute [0800.30.030, 24/7, gratuit et anonyme, ndlr] et une augmentation des places d’accueil pour les victimes de violences intrafamiliales, mais ce ne sont pas des mesures pérennes. Autre exemple : des formations sur les violences sont désormais obligatoires pour la magistrature. C’est important, mais… avec quel contenu ? Les associations féministes de terrain n’ont pas beaucoup de prise là-dessus, alors qu’elles ont toute l’expertise. Dernier exemple, la réforme du Code pénal a été présentée par le gouvernement comme une grande avancée mais si on gratte un peu la surface, on découvre que c’est beaucoup plus compliqué que cela, et que parfois c’est même un risque de recul !”

Est-ce que les différents plans adoptés au niveau politique jouent un rôle ?

“Il y a déjà eu des plans contre les violences contre les femmes par le passé mais, aujourd’hui, un effort est fait pour qu’ils soient cohérents les uns avec les autres et pour impliquer les associations de terrain. Il y a donc un Plan intra-francophone de lutte contre les violences faites aux femmes, rassemblant différents niveaux de pouvoir et qui a été adopté par les gouvernements de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Wallonie et de la Cocof. Il y a aussi un Plan bruxellois, adopté en juillet 2020. Au niveau fédéral, le Plan doit être adopté en novembre [ce n’était pas encore le cas au moment de réaliser cette interview, mais il a été adopté le 26 novembre, ndlr], et les Régions y ont été associées… Mais tout ça reste encore fort éparpillé et peu budgétisé ! La Convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes, ratifiée en 2016 par la Belgique aide pourtant car elle donne des lignes directrices à suivre aux différents niveaux de pouvoir mais la Belgique peine encore à s’y conformer. Et il nous manque toujours des moyens concrets sur le terrain pour mettre en œuvre toutes ces mesures.”

Quels obstacles demeurent ?

“Les lignes bougent, on avance, et il y a beaucoup de gens que cela dérange, il y a de la résistance. Ça démontre bien que la mobilisation paie mais qu’elle doit être de longue haleine, qu’il faut continuer à faire pression, à dire ce qui ne va pas pour les femmes, à pointer les violences auxquelles elles font face. Il y a clairement un effet #MeToo. On voit aussi que des femmes plus jeunes s’engagent et que des liens se font à travers les frontières. La lutte est internationale, et nous sommes aidées par les réseaux sociaux.”

Mobilisation nationale du 28/11/21 à Bruxelles !

La plateforme Mirabal Belgium invite à une grande manifestation nationale à Bruxelles contre les violences faites aux femmes le dimanche 28 novembre 2021. Rendez-vous à 12h30 au Carrefour de l’Europe (gare Centrale), où se déploieront aussi plusieurs stands pour croiser différentes initiatives de lutte contre les violences faites aux femmes féministes actives à travers  tout le pays. axelle y sera !