Grèce : des femmes sur le mont Athos ?

Par N°210 / p. 21-23 • Juin 2018 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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En Grèce, depuis l’an 1046, la présence des femmes est interdite sur le mont Athos, un site sacré de l’Église orthodoxe. Une nouvelle loi permettant l’autorisation du changement de genre féminin et masculin sur l’état civil pourrait bousculer ce principe religieux. Au grand dam des moines peuplant le mont Athos.

Depuis la plage d’Ouranoupoli, on aperçoit le mont Athos. Aucune personne de sexe féminin n’y est tolérée. © Marie Roy

Ouranoupoli se réveille sous un soleil tiède et un ciel dégagé. La petite cité grecque s’anime doucement. Les commerçant·es de la rue principale commencent à sortir panneaux et étals. Tout paraît d’un calme olympien… Pourtant, il suffit de discuter avec les habitant·es pour constater qu’une polémique anime la petite ville. « Il faut distinguer la loi religieuse et la loi grecque. Le dogme orthodoxe interdit aux femmes d’aller sur le mont Athos. Et même si la loi civile permet un changement de genre, je pense qu’il faut être respectueux de la religion et ne pas y aller », soutient Elena, en sortant une caisse de sa boutique de savons.

Des moines… et la Vierge

Car Ouranoupoli a une particularité : c’est la dernière ville que l’on rencontre avant d’arriver sur la péninsule du mont Athos. Or le mont Athos est une république monastique, bénéficiant d’un statut spécial d’autonomie au sein de la Grèce. Ce lieu sacré de l’Église orthodoxe est strictement interdit aux femmes. Officiellement, ce principe date d’une « chrysobulle » rédigée par Constantin IX Monomaque en 1046. Mais cette interdiction, appelée « avaton », remonterait en fait aux débuts du christianisme. La légende raconte que Marie, la mère de Jésus, aurait été tellement touchée par la beauté du site qu’elle aurait demandé à son fils de lui en faire cadeau. Depuis, la Vierge règne en seule maîtresse sur la montagne sacrée (aussi appelée « Jardin de la Vierge »), les moines lui consacrant un dévouement spirituel total.

Aucune personne de sexe féminin n’est donc tolérée sur la péninsule. L’interdiction de séjour porte jusqu’aux animaux femelles… à part les chattes, qui contournent la proscription grâce à leur talent de dératiseuses, et les poules, pour leurs œufs, les jaunes servant de pigments pour les icônes. L’histoire compte néanmoins quelques entorses à la règle, à l’image de la journaliste française Maryse Choisy, qui se serait fait enlever la poitrine en 1929 pour pouvoir se faire passer pour un homme et s’introduire sur le mont Athos durant quelques semaines…

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