Dire et écrire ; Montrer et représenter ; Résister ; Travailler ; Débattre ; Inspirer ; Se solidariser. Neuf verbes pour sept chapitres – tous introduits par des figures féministes belges et amies de lutte d’Irène Kaufer1 – qui composent cette compilation d’articles écrits par Irène Kaufer dans plusieurs médias indépendants sur un quart de siècle. Neuf façons de raconter Irène Kaufer dans l’action, ou l’action d’Irène pour les droits des femmes qu’elle n’a eu de cesse d’observer, de défendre et de documenter de sa plume mordante, drôle, et affûtée.
Un corpus prolifique et politique
Irène ne pouvait pas se taire et ne rien faire. Comme l’écrit Sabine Panet en préambule du chapitre « Montrer et représenter » : « Pour Irène, les manifestations des rapports de force dans le langage — un corset mental en lui-même — que sont le sexisme, le racisme, la lesbophobie, l’islamophobie ou encore l’antisémitisme étaient insupportables […]. Elle ne pouvait pas le souffrir. […] Pour elle-même avant tout, elle ne pouvait pas ne rien faire, ne rien dire, ne pas agir. Il lui était impossible de se rendre complice, par son silence, de la prise de pouvoir et de la mise à l’ombre. »
Pour elle-même avant tout, Irène ne pouvait pas ne rien faire, ne rien dire, ne pas agir.
Irène était en veille sur de nombreux sujets sociaux qu’elle décryptait toujours avec une approche féministe. Au vol : l’entre-soi masculin, le port du voile, les pièges de l’égalité, l’écriture inclusive, les travailleuses de titres-services, le racisme, les luttes lesbiennes, l’hypersexualisation des filles, le syndicalisme, les femmes artistes, la fête des mères, les femmes sans papiers…
Gageure donc que d’organiser, mais surtout de choisir les articles dans ce corpus très prolifique. Camille Wernaers, journaliste indépendante, Stéphanie Dambroise, Sabine Panet et Sarah Dufey d’axelle, Sabine Ballez et Valérie Lootvoet pour l’association Université des Femmes s’y sont plongées, ensemble, de longs mois.
Irène travaillait déjà sur des sujets comme le genre et la pollution dans les années 2000.
« Nous avons décidé de rassembler les textes de façon thématique et pas chronologique, que ce soit pour l’ensemble du recueil ou dans les chapitres eux-mêmes, relate Stéphanie Dambroise. Cela peut déboussoler, mais c’est intéressant de voir combien les textes d’Irène, peu importe la date de parution, se font écho les uns aux autres. »
Combien aussi ses textes ont une résonance contemporaine. « Irène travaillait déjà sur des sujets comme le genre et la pollution dans les années 2000 », relève Camille Wernaers, soulignant l’importance de la transmission des savoirs féministes. Précurseur aussi par exemple, cet article de 2008 sur la réalité de travail des caissières dans lequel Irène Kaufer, très sensible aux questions des travailleurs/euses, alertait déjà sur la perte de lien qu’occasionnerait l’automatisation des caisses.
Une posture à contre-courant
Irène Kaufer adoptait également des points de vue inédits et décalés sur les événements. D’où le titre « Écrire à contre-courant ». Un verbe actif, toujours. « C’est aussi comme ça qu’Irène s’était présentée dans sa rubrique « La maille à l’envers », billet d’humeur qu’elle signait dans les pages d’axelle« , précise Stéphanie Dambroise.
Elle n’hésitait pas à débattre et à se pencher sur des thèmes complexes au sein du féminisme comme la prostitution.
« Elle n’hésitait pas à débattre et à se pencher sur des thèmes complexes au sein du féminisme comme la prostitution. Cette posture à contre-courant faisait émerger des choses auxquelles on ne s’attendait pas toujours. Et ces textes-là – même de plus de 20 ans – peuvent encore nourrir le débat actuel et décaler notre regard », souligne Camille Wernaers.
Irène était batailleuse, donc forcément elle ne pouvait être qu’à contre-courant de manière régulière, là où on ne l’attendait pas.
« Irène était batailleuse, donc forcément elle ne pouvait être qu’à contre-courant de manière régulière, là où on ne l’attendait pas, poursuit Valérie Lootvoet. À contre-courant des grands pouvoirs mais aussi en interne. Je veux dire par là qu’elle n’hésitait pas à s’opposer aux tenants de l’ultra-libéralisme, des politiques misogynes, racistes, mais qu’elle ruait aussi dans les brancards de son propre rang, faisant apparaître des contradictions et des désaccords, sur tel ou tel sujet, sur lequel toute la militance de gauche aurait imaginé « être raccord » ». « Elle ne laissait personne tranquille », résume-t-elle. Pas même elle-même, ajouterions-nous en relisant plusieurs de ses articles où elle fait preuve d’une rigoureuse réflexivité.
Une vie d’engagement
Remonter dans les écrits d’Irène Kaufer, c’est se replonger dans l’histoire des femmes en Belgique – y compris au nord du pays puisqu’Irène traînait aussi ses oreilles en Flandre – et dans le monde. C’est l’occasion aussi de relire des articles qui, sans cet ouvrage, n’auraient jamais été numérisés, comme ses chroniques pour la revue Politique, le « Café Carabosse » qu’elle a commencé en 1999, rubrique fictionnelle croustillante où elle reproduit avec beaucoup de causticité les discussions de comptoir entre femmes. L’ouvrage se clôture sur un entretien-fleuve aux méandres intimes et politiques qui retrace la vie d’engagement d’une femme « minoritaire dans la minorité », selon ses mots.
Ce livre permet de transmettre sa pensée et ses luttes, son étonnement et sa vigilance de tous les instants.
Dans le prolongement d’Irène, qui n’a cessé de faire connaître et de partager les œuvres et actions de femmes qui l’ont nourrie et touchée (compilées dans le chapitre « S’inspirer »), ce livre permet de transmettre – un verbe actif – sa pensée et ses luttes, son étonnement et sa vigilance de tous les instants.

En vente (10 eur. + éventuels frais de port) auprès de Vie Féminine
02 227 13 00 ou secretariat-national@viefeminine.be
[1] Laurence Rosier, linguiste ; Sabine Panet, rédactrice en chef ; Hafida Bachir, conseillère politique genre ; Christine Mahy, secrétaire générale et politique du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, Valérie Lootvoet, directrice de l’Université des Femmes, et Julie Carlier, réalisatrice militante féministe ; Nadine Plateau, militante féministe historique ; Irene Zeilinger, amie et ex-collègue d’Irène au moment où elle travaillait au sein de Garance.
Ce mercredi 9 octobre, de 18 à 20h, nous vous invitons à venir célébrer avec nous la sortie de ce livre en compagnie de celles qui l’ont rêvé et fabriqué ! Rendez-vous à Maison Amazone, 10 rue du Méridien, 1210 Saint-Josse. Événement gratuit, mais inscription obligatoire : inscriptions @ universitedesfemmes.be