La grève du 8 mars a déjà commencé !

Cette année, le Collecti.e.f 8 maars s’est lancé un défi : susciter la première grève féministe belge à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes ! Déterminées, des femmes de tous horizons se sont passé le mot, ont répondu à l’appel de ce jeune collectif féministe et se sont organisées, par des rassemblements, des actions ponctuelles ou des mobilisations. En attendant le jour J, axelle est partie à la rencontre d’étudiantes bruxelloises, de travailleuses de Delhaize à Nivelles et de militantes liégeoises.

Le 27 février, sur l’air d’"Une sorcière comme les autres" (Anne Sylvestre), les étudiantes de l’ULB réalisent une performance féministe pour sensibiliser les passant·es à la grève du 8 mars. © Groupe de mobilisation des étudiantes de l'ULB en grève le 8 mars

Une performance estudiantine

Le 27 février, sur le campus de l’ULB, une poignée de femmes du groupe de mobilisation des étudiantes en grève le 8 mars réalisent une performance artistique pour sensibiliser leurs camarades à la grève durant la pause de midi. Leur action s’appelle « Le radeau de la méduse, version féministe ». Les passant·es les interpellent :  « Vous faites grève de quoi ? » Les tracts sont distribués : grève du travail, du soin, de la consommation et des études. Inspiré d’autres mouvements de femmes en grève au cours de l’histoire, le Collecti.e.f 8 maars propose une panoplie de moyens pour se mettre à l’arrêt ou rendre cette première grève visible.

Avant que le message ne s’invite sur le campus, certaines des étudiantes s’étaient d’abord déplacées aux premières assemblées du Collecti.e.f 8 maars, dès l’été dernier : « On s’est dit que ce serait cool de lancer notre groupe de mobilisation. On s’est demandé si on l’orientait vers les étudiantes en général ou celles de l’ULB en particulier », nous expliquent-elles. Elles se sont finalement mobilisées au nom des étudiantes de leur établissement (et non des étudiantes dans leur globalité), pour laisser le champ libre aux femmes d’autres écoles désireuses de s’impliquer. Elles sont aujourd’hui une trentaine et se réjouissent que leurs consœurs de la KUL se soient également mobilisées.

À l’ULB, l’initiative est donc partie d’une dizaine de jeunes femmes, actives dans les milieux féministes et syndicats étudiants. Ensuite, de nouveaux visages sont peu à peu apparus au fil des réunions. Ces rassemblements ont permis d’établir une liste de revendications propres à la condition des femmes en milieu universitaire et de planifier leurs mobilisations. Par exemple, à l’occasion d’événements festifs, elles ont invité d’autres femmes à signer une sorte de fiche de présence, un moyen d’officialiser leur engagement à la grève du 8 mars.  Une cinquantaine de signatures avaient déjà été récoltées.

Sur l’avenue Héger, le 27 février, des étudiantes de l’ULB s’apprêtent à chanter en chœur l’hymne du Mouvement de Libération des Femmes. © Groupe de mobilisation des étudiantes de l’ULB en grève le 8 mars

Chacune a ses raisons. Pour Chloé, une des étudiantes à l’origine du groupe de mobilisation, c’est en dressant la liste de toutes les violences qu’elle avait subies parce qu’elle est une femme qu’elle a eu envie de s’impliquer davantage : « Je me suis rendu compte que la liste était interminable, alors que je n’ai que 24 ans… Ça m’a vraiment mise en colère et ça m’a donné encore plus envie de m’investir au sein de mouvements féministes ! »

La réunion des travailleuses de Delhaize

Il n’y a pas que les étudiantes qui se mobilisent ! Le 28 février, une semaine avant la grève, quelques travailleuses de Delhaize se réunissent en petit comité de déléguées et permanentes syndicales dans les locaux de la CNE à Nivelles. Ces travailleuses représentent plus de deux tiers des employé.es du secteur. Comme elles l’expliquent dans leur mémorandum de revendications : la majeure partie des temps partiels sont imposés, leur travail est pénible et avec de bas salaires ; on leur demande toujours plus de flexibilité. Au planning de la réunion : faire le point sur leurs revendications en tant que femmes travaillant au sein du secteur commercial et préparer des slogans à scander toutes ensemble ce 8 mars à Bruxelles.

Avant que leur créativité ne fuse, les travailleuses reviennent sur ce qui les motive à prendre part à cette première grève des femmes en Belgique. Agnieska, à la fois travailleuse et déléguée syndicale dans un magasin Delhaize bruxellois, mais aussi active au sein du Collecti.e.f 8 maars, nous explique : « La misère touche de plus en plus de personnes et ce dans tous les secteurs. Ce qui nous impacte touche tout le monde, et la grève est en lien avec l’actualité concernant les accords interprofessionnels. » Ces derniers visent notamment à augmenter progressivement l’âge de la retraite. Agnieska s’est d’ailleurs rendue à deux assemblées générales du Collecti.e.f 8 maars. « Ça nous rassure sur notre secteur, il y a des entreprises où il n’y a aucune présence syndicale et où les chèques repas, par exemple, ne sont même pas redistribués équitablement », ajoute-t-elle.

Pour se préparer à la grève du 8 mars, des travailleuses de Delhaize se réunissent le 28 février, dans les locaux de la CNE, à Nivelles. © Marine Créer pour axelle magazine

L’intervention de Rosetta, permanente syndicale CNE pour les travailleurs et travailleuses Delhaize, nuance cet optimisme : « Cette grève remet les pendules à l’heure : mi-temps contraints, charges ménagères cumulées aux temps pleins… Les femmes ne peuvent pas progresser hiérarchiquement comme le feraient leurs homologues masculins et quand elles le peuvent enfin, celles-ci sont « trop vieilles ». Je ressens aussi très fortement que les hommes ne veulent pas mener ce combat : c’est entre nos mains ! » Les propos de Rosetta suscitent des réactions autour de la table. Une autre travailleuse ajoute : « Au boulot, quand on a dit que les femmes ne feraient rien et qu’on a plaisanté en invitant les hommes à nous servir le café, ça a lancé le débat. Certains ont admis qu’ils ne savaient même pas comment utiliser la machine ! » Les anecdotes vont bon train : « Mon mari ne sait pas cuisiner, du coup il m’emmènera au restaurant », rit une autre encore. Pour les hommes qui souhaitent soutenir la grève, le Collecti.e.f 8 maars a formulé 9 commandements qui donnent des idées concrètes sur des actions à mener ce jour-là.

Certaines femmes partagent aussi les douleurs physiques liées à leur métier de travailleuse du commerce, en particulier les douleurs aux cervicales ou aux poignets qui les réveillent plusieurs fois par nuit. Rosetta complète : « Les gens diminuent volontairement leur temps de travail pour souffler, c’est révélateur… Ça devient la norme et on accepte l’inacceptable… Il y a une aliénation ! » Toutes semblent avoir envie de continuer à partager entre elles la manière dont elles ont reproduit le modèle de leurs parents en devenant indispensables à la maison comme au travail.

Pour se préparer à la grève du 8 mars, des travailleuses de Delhaize se réunissent le 28 février, dans les locaux de la CNE, à Nivelles. © Marine Créer pour axelle magazine

Mais l’heure tourne, et il faut encore trouver des slogans. « Debout les femmes, réveillez-vous, il va falloir en mettre un coup ! », propose Myriam. Celle-ci se bat pour les droits des travailleurs et travailleuses de son magasin depuis des années, aux côtés de sa collègue Agnieska. Leur engagement syndical, mais aussi féministe, a porté ses fruits : vendredi 8 mars, les femmes du Delhaize « Mozart », sur la chaussée d’Alsemberg, se mettront à l’arrêt de 8 à 10 heures du matin. La permanente syndicale, Rosetta, précise tout de même que c’est un cas exceptionnel : « La sauce a du mal à prendre : on a beaucoup de magasins où ce sont des délégués masculins et donc la motivation n’est pas du tout la même… »

Quoi qu’il en soit, des travailleuses de Delhaize prendront part aux manifestations féministes ce 8 mars. Elles feront du porte-à-porte rue Neuve, la grande artère commerçante du centre-ville de Bruxelles, pour discuter et sensibiliser les autres travailleuses du commerce, puis se joindront au syndicat de la CGSP sur la place Saint-Jean, pour habiller symboliquement de vêtements féministes la statue de l’héroïne Gabrielle Petit.

L’apéro féministe de la cité ardente

Le 8 mars, les femmes se mobiliseront ailleurs qu’à Bruxelles… Samedi 2 mars, à quelques jours de la grève, la commission liégeoise issue du Collecti.e.f 8 maars, créée en décembre, sensibilise les passant·es lors d’un apéro féministe non loin de la place Cathédrale.

Le samedi 2 mars, les militantes liégeoises ont organisé un apéro féministe dans l’espace public afin de sensibiliser les passant·es aux enjeux des droits des femmes et de la grève du 8 mars. © Marine Créer pour axelle magazine

Les militantes proposent de réaliser des sérigraphies à prix libre, qui partent comme des petits pains : de nombreux badauds, y compris des scouts ou des personnes en train d’enterrer leur vie de jeune fille et garçon, n’hésitent pas à personnaliser leurs vêtements avec le symbole de la grève. Juste à côté des foulards et tee-shirts féministes, des fanzines traitant de la question du genre ou de la sexualité sont mis disposition. Le rassemblement est rythmé par une chorale féministe.

Doriane fait partie de la vingtaine de militantes liégeoises du collectif. Elle nous explique : « On a été aux assemblées générales à Bruxelles : c’est de là que tout est parti. On avait envie de décentraliser le collectif à Liège et qu’il se passe des trucs hors Bruxelles… Sinon, ce n’est pas accessible à tout le monde. »

« C’est la maternité qui m’a ouvert les yeux sur toutes les petites choses que je gardais en moi, comme les remarques sexistes, par exemple. Je me suis dit qu’il y en avait marre. Je ne voulais pas que ma fille vive la même chose que moi. Alors j’ai décidé d’arrêter de me taire ! », explique la nouvelle recrue du Collecti.e.f 8 maars. © Marine Créer pour axelle magazine

Pour Doriane, le féminisme est un mode de vie. « Ce que j’aime avec le Collecti.e.f 8 maars, c’est que les femmes lesbiennes et les trans sont rendues visibles… J’ai vécu, et je vis, de la lesbophobie en permanence. Je ne vais pas dire tous les jours, mais ça peut être un propos, un regard, une agression… À partir du moment où tu n’es pas une fille qui correspond aux normes et que tu n’es pas hétéro, tu t’en prends plein la gueule ! » Le Collecti.e.f 8 maars a en effet mis un point d’honneur à inclure les femmes et personnes s’identifiant ou identifiées en tant que femmes, notamment par la création d’un manifeste d’inclusivité. Pour Doriane, il y a encore du boulot en Belgique : « On va lutter ensemble. Parfois c’est dur, et on se sent un peu isolée, mais quand on est ensemble, on s’aime et on s’éclate. Je pense que c’est le plaisir partagé qui nous renforce et qui nous donne la « niaque » pour ne pas lâcher l’affaire… » Les militantes liégeoises soutiendront la grève en représentant la communauté queer à l’occasion de la cyclo-parade liégeoise, créée il y a deux ans dans le cadre de la Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

L’effet boule de neige de la grève

Partout en Belgique, des femmes se mobilisent pour faire parler de leur première grève féministe. En plus de la grève des étudiantes, des commissions issues du Collecti.e.f 8 maars aux quatre coins du pays et des travailleuses du commerce, s’ajoutent d’autres mouvements de femmes comme la Ligue des travailleuses domestiques qui fera campagne ce 8 mars pour la régularisation des travailleuses sans papiers. Mais on pourra aussi compter sur l’arrêt de chercheuses universitaires, de femmes qui travaillent au Parlement européen et même d’une ligue féminine de football. Sans oublier les plannings familiaux qui sensibiliseront leur public à la grève le jour J. La liste est loin d’être exhaustive… Et parions que cette grève est la première d’une longue série !

Envie de participer à la grève ?

Toutes les infos sur les différentes mobilisations, un peu partout en Belgique : https://8maars.wordpress.com/agenda/

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