La vie après les mort·es

Par N°263 / p. 44-48 • Avril-juin 2025 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Matin du 31 décembre 2024, dernier jour de l’année, ou dernier jour tout court. La lumière éclatante du lever de soleil se confronte aux épais nuages noirs qui recouvrent encore les cieux. Contraste prémonitoire. Ma mère s’est levée de bonne heure pour se rendre au crématorium de Welkenraedt. Habillée d’une blouse foncée de circonstance, sa petite croix en bois autour du cou, elle va y conduire les funérailles d’Huberte, 79 ans, décédée le 25 décembre.

Myriam retrouve Valérie chez elle quelques semaines après les funérailles de sa mère. Les liens perdurent. © Gaëlle Henkens

À cause du manque de prêtres, de plus en plus de laïques mènent ces cérémonies. En 2024, elles et ils étaient 256 dans le diocèse de Liège, majoritairement des femmes (70 %). Ce mouvement a démarré en France il y a environ 15 ans, la Belgique lui a emboîté le pas en 2011. Au-delà de l’image que renvoient souvent ces fervent·es catholiques, ce service est avant tout une aptitude aux gestes de simple humanité.

Myriam, l’éclaireuse

Myriam, c’est ma mère ! À sa retraite, elle s’est éprise d’une nouvelle passion : la célébration de funérailles. Alors qu’elle se libérait de son travail d’institutrice primaire et qu’elle atteignait, toujours en pleine forme, l’âge de tous les possibles, elle a décidé de côtoyer régulièrement la mort, la tristesse et le deuil. Elle fait partie de « l’équipe funérailles » de l’Unité pastorale de Welkenraedt – Baelen (province de Liège). Au décès d’une personne, elle rencontre la famille, ou s’entretient avec elle par téléphone, pour préparer la célébration. Elle prend le temps de s’associer aux proches du/de la défunt·e pour trouver ensemble ce qu’elles et ils souhaitent pour la cérémonie de « l’au revoir ». Elle s’adapte à la volonté de religieux ou non. Elle laisse couler les larmes. Elle écoute, surtout. Elle prend soin. Elle note scrupuleusement les mots posés pour « être juste et vraie » lorsqu’elle devra les déclamer au pupitre de l’église ou du crématorium.

Tout le monde doit se sentir accueilli pour pouvoir dire au revoir avec son coeur.

Le jour de la cérémonie, elle accueille les proches. « Parfois, ils nous tombent littéralement dans les bras », raconte-t-elle. L’accueil se veut universel : « tout le monde doit se sentir accueilli pour pouvoir dire au revoir avec son cœur ». Ensuite, les lectures, rites et musiques s’enchaînent. « Si parfois, on verse une larme ou si notre voix tremblote, cela démontre notre empathie envers les proches. »

Ce qui la motive et ressource dans cette activité a priori peu joyeuse, ce sont les liens qui se tissent et la richesse des rencontres. Il arrive que ces liens créés dans des circonstances douloureuses perdurent dans le temps : « On a vécu quelque chose de fort ensemble. » S’ajoute aussi la reconnaissance des personnes accompagnées : paroles de remerciements, cartes, fleurs et même une bouteille d’un mousseux qui représentait tout un symbole pour un défunt !

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