L’utérus, de l’hystérie à l’utopie

Par N°201 / p. 26-28 • Septembre 2017 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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SantéSexualité

Ce mystérieux petit organe tapi au creux du ventre des femmes suscite bien des peurs et des convoitises. Symbole de l’assignation des femmes à la reproduction, responsable de pseudo-pathologies féminines, l’utérus inspire désormais à certain·es scientifiques le fantasme d’une déclinaison artificielle, duplicable à l’infini. Mais derrière ces projections, une angoisse masculine demeure : le pouvoir de donner la vie n’appartient qu’aux femmes.

© Julie Joseph

Imaginez un organe capable de multiplier sa taille par trente ! Voilà, au terme d’une grossesse, la prouesse accomplie par l’utérus – dont le nom dérive du terme grec hystera qui signifie « matrice ». Car c’est dans ce « nid » fait de muqueuse, situé entre le vagin et les trompes de Fallope, que le fœtus se développe et grandit pendant neuf mois.

« Un animal »

Dès l’Antiquité, cet organe génital féminin va nourrir les fantasmes et les angoisses des sociétés patriarcales. Le Grec Hippocrate, considéré comme le père de la médecine occidentale, estimait par exemple que l’utérus était à l’origine des différences entre femmes et hommes, aussi bien sur un plan physique que psychique. Il était convaincu que l’utérus était « un animal dans un animal » (sic) et que celui-ci se déplaçait dans la cage thoracique des femmes, ce qui expliquait leurs soudaines « sautes d’humeur ».

Le philosophe grec Platon partageait cette vision profondément sexiste, décrivant l’utérus en ces termes dans ses Dialogues métaphysiques : « La matrice est un animal qui désire ardemment engendrer des enfants ; lorsqu’elle reste longtemps stérile […], elle s’indigne, elle parcourt tout le corps, obstruant les issues de l’air, arrêtant la respiration, jetant le corps dans des dangers extrêmes, et occasionnant diverses maladies, jusqu’à ce que le désir et l’amour, réunissant l’homme et la femme, fassent naître un fruit. » Pour calmer la « bête », les penseurs de la Grèce antique avaient un remède imparable : il fallait faire en sorte que les femmes atteintes de ce « syndrome » de l’utérus « mobile » tombent enceintes le plus souvent possible…

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