2. Un problème, une pilule

À peine les premiers symptômes de la cystite apparus qu’on a déjà les mains pleines de pilules. Si les antibiotiques peuvent être indispensables pour traverser les moments les plus critiques de la pathologie, c’est bien la surmédicamentation par antibiothérapie qui rend antibiorésistant·es et qui rendrait les microbiotes de plus en plus vulnérables… aux cystites.

Dans cet épisode, les Cystité·es font corps, partagent leurs remèdes alternatifs et ce qui les a parfois sorti·es du cercle vicieux infernal des cystites. Iels questionnent l’absence de complémentarité entre les médecines dites alternatives et la pharmaceutique classique. Des recherches suisses récentes suggèrent d’éviter la prescription systématique d’antibiotiques pour les cystites non compliquées.


L’épisode en chiffres :

Cet épisode s’accompagne d’un lexique, d’une Foire aux questions et de ressources complémentaires : continuez à scroller !

Avec, par ordre d’apparition :

Les Cystité·es, anonymes mais expert·es de leur vécu. Charline Marbaix, médecine généraliste et formatrice en promotion de la santé avec l’asbl Promosante MG. Elle s’engage actuellement, à l’intersection des sciences sociales et médicales, pour une meilleure intégration de la dimension de genre dans les relations entre soignant·e·s et patient·e·s. Leslie Delcarte, urologue. Les ateliers de remèdes naturels entendus dans cet épisode ont été réalisés lors des journées « Cystite et Podcast », en collaboration avec les herboristes Mélia de Huez et Valérie Maione, et l’artiste sonore Jeanne Garbasi.

Dans les coulisses :

Réalisation : collectif Les Microsondes (Ophélie Bouffil et Jeanne Nabulsi) avec les participant·es aux ateliers “Cystite et Podcast”. Prise de son & écriture : Les Microsondes. Montage : Thibaud Rie et Les Microsondes. Sound design :  Thibaud Rie. Mixage  : Roxane Brunet. Musique  : Chanteurs/euses : Aurore Latour, Thelma Cassé, Jeanne Vancoppenolle, Manon Scuttenaire, Caïus Ndikumana, Ophélie Friberg et Olivier Mahiant. Sous la direction de : Ophélie Friberg et Olivier Mahiant, artistes, animatrice et animateur de circle singing (technique de chant improvisé). Ingénieur son : Pierre-Nicolas Blandin. Illustration  : Marie Aynaud, artiste colleuse. Typographie et graphisme : Florian Mahieu. Avec le soutien du Fonds d’aide à la création radiophonique (FACR) de la Fédération Wallonie-Bruxelles et d’Un Futur pour la Culture.

« Cystite Partout, » est une production d’axelle magazine/Vie Féminine (regard éditorial : Sabine Panet),  en coproduction avec Les Terres Arables, réalisée avec le soutien du FACR et de Un Futur Pour la Culture (Fédération Wallonie-Bruxelles).

Remerciements très particuliers à : Sève, Flavien, Véronique Lemaire, Lorraine, Alexandre, Lucien, Mathilde pour leurs oreilles, leur soutien et leurs conseils. Merci à Tom Wise et son Gardening Studio pour les urgences voix de dernière minute, Mel et Emma de l’asbl Waka-Up pour leur soutien précieux dans l’organisation des ateliers. Merci aux artistes qui ont mené des activités lors des ateliers Cystite et Podcasts : Leïla Chaarani, Mélia de Huez, Jeanne Garbasi, Valérie Maione. Et merci à l’asbl Toestand et le Mona pour leur accueil.

Écoutez Cystite Partout, sur Ausha, Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Soundcloud, Podcast Addict, Amazon Music, Google Podcasts, Overcast…

Découvrez les coulisses du documentaire sur la page Instagram de Les Microsondes  !

Lexique, Foire aux questions et ressources de l’épisode

Petit lexique de l’épisode

Antibiotiques : Médicaments. Certains tuent des bactéries, d’autres bloquent leur croissance (selon la dose). Certains sont constitués de champignons ou d’autres bactéries, mais la plupart  sont aujourd’hui fabriqués chimiquement.

Allopathie : « Allo Pat’ ? J’ai encore une cystite… » Allopathie est un terme qu’utilisent les praticien·nes des médecines dites alternatives pour désigner la médecine institutionnelle. C’est cocasse. Parce que dans cet épisode, il sort de la bouche de Charline Marbaix, qui est médecin·e généraliste.

Spectre d’un antibiotique  : Le spectre d’activité est la liste des bactéries sur lesquelles l’antibiotique est actif. Il est dit large lorsque l’antibiotique agit à la fois sur des bactéries à Gram positif et à Gram négatif, et étroit lorsqu’il n’est actif que sur l’un de ces deux types de bactéries.

Anamnèse : Maintenant c’est l’urologue Leslie qui se met à utiliser des mots supertechniques comme si elle disait « flûte à bec ». Une anamnèse c’est grosso modo l’idée de retracer l’histoire de la maladie. On regarde quand elle est déjà apparue chez le ou la patiente, sous quelle forme et comment elle a été traitée.

Vidange vésicale : Action qui consiste à vider la vessie… autrement dit faire pipi, quoi.

Prise d’antibiotiques différée : L’idée est la suivante : donner une prescription à un·e patient·e qui pourra décider de l’utiliser si iel en sent la nécessité au bout de quelques jours. Donc en l’absence d’amélioration et si les symptômes s’aggravent. Pour plus d’informations à ce sujet, vous pouvez consulter les ressources citées à la fin de cette rubrique.

Étude de prévalence : Ok donc là on a visiblement affaire à une Cystitée qui a une expertise en épidémiologie (discipline qui traite du contexte d’apparition et d’évolution d’une maladie au sein d’une population donnée). L’étude de prévalence est une observation épidémiologique particulière.

Probiotique  : Gélule ou ovules intra vaginaux qui contiennent des milliards de bactéries. Mais pas n’importe quelles bactéries bien sûr, de préférence celles qui aident le corps à retrouver un bon équilibre interne.

Prébiotique : C’est ce qui va nourrir les bonnes bactéries de nos flores. Des fibres solubles naturellement présentes dans notre alimentation qui sont utilisées comme source d’énergie par certaines bactéries de notre microbiote intestinal. En gros c’est le repas de la bactérie. Miam.

Fermenté : Un aliment fermenté a été transformé par des micro-organismes, ils vont généralement changer les glucides en acides.

Levain : Les pains au levain sont des pains qui obtiennent leur goût et consistance grâce au travail de milliards de bactéries lactiques. Il n’y pas que les boulangers/ères qui mettent la main à la pâte ! (Ooh le jeu de mot, eh non, Les microsondes n’en ont pas peur : et avec elles, c’est pas du réchauffé ! Oui, on arrête ici.)

Remèdes diurétiques : Eux, ils stimulent la production d’urine. Ils font faire pipi, quoi. Dans le cas des cystites, ça aide à se débarrasser des E-colis qui attaquent nos vessies.

Remèdes antiseptiques : Comme les antibiotiques, les antiseptiques combattent les infections. Comme eux, ils ne discernent pas toujours bien les bactéries dont on ne veut plus et celles qui soutiennent notre équilibre interne. Autrement dit, ça n’aurait pas de sens de croire que « les plantes sont inoffensives », elles aussi doivent être conseillées avec précision.

Guideline : Mot dans la langue de Shakespeare (et de Britney Spears !) qui veut dire « consigne ». Leslie Delcarte parle des recommandations qu’elle reçoit en tant qu’urologue, certainement autant dans ses cours universitaires et dans les formations continues délivrées au corps médical.

Médecine classique versus médecine alternative : La médecine dite classique, ou institutionnelle/conventionnelle, est la médecine occidentale telle qu’elle se développe depuis une bonne centaine d’années en Europe. Elle est pratiquée par des professionnel·les qui ont obtenu un diplôme délivré par l’État. Les médecines alternatives sont toutes les autres médecines. Il y a évidemment une dimension juridique à cette répartition puisque seule la médecine classique est officielle.

Foire aux questions de l’épisode

Nous ne sommes évidemment pas médecines. Cependant, voici quelques informations supplémentaires tirées de notre propre expérience, nos lectures, ou encore des expériences des Cystité.es rencontrées dans le cadre de ce podcast, qui pourraient répondre aux questions que cet épisode aurait pu soulever. En cas de doute ou pour obtenir des précisions, nous vous recommandons de consulter des sources fiables, de prendre contact avec des professionnel·les de santé et de vous fier à votre propre vécu avec la cystite. Vous trouverez également, à la fin de cette rubrique et des FAQ des autres épisodes de la série, des ressources complémentaires qui pourraient vous intéresser.

Pourquoi prescrit-on des antibiotiques malgré les risques de récidive, d’antibiorésistance et leurs potentiels effets sur ma flore ?

Tout d’abord, chaque cas de cystite est unique et doit être interprété dans le contexte clinique de la patient·e. Par exemple, une cystite accompagnée de fièvre ou de douleurs aux reins peut indiquer que l’infection remonte aux reins, nécessitant une intervention rapide pour éviter des complications. De plus, certain·es patient·es, comme les femmes enceintes, les personnes immunodéprimées ou âgées, sont considéré·es à risque et doivent être traité·es rapidement.

Dans les cas de cystite aiguë isolée, les antibiotiques peuvent être nécessaires pour stopper rapidement l’infection. Certaines personnes, épuisé·es par les symptômes, peuvent aussi préférer un soulagement immédiat. Toutefois, il est important de noter que la prise répétée d’antibiotiques peut entraîner une résistance accrue des germes et augmenter le risque de récidive, surtout si le traitement dure plus de 5 à 7 jours.

Dans cet épisode, nous évoquons les dernières recommandations médicales suisses qui proposent une approche de « prescription différée » des antibiotiques, permettant aux patient·es de retarder la prise si iels le souhaitent. Une étude a montré qu’un groupe traité par ibuprofène, avec la possibilité de reconsulter après 3 jours si les symptômes persistaient, avait réduit l’utilisation d’antibiotiques de 67 %. Cependant, les patient·es du groupe ibuprofène ont connu des symptômes plus longs et plus gênants que celles et ceux traité·es directement par antibiotiques.

Les recommandations actuelles suisses, soutenues par la médecine Charline Marbaix dans ce podcast, suggèrent de partager la décision avec le·la patient·e, en expliquant les risques de chaque option. D’ailleurs, le saviez-vous ? En France, les pharmacien·nes peuvent d’ailleurs désormais prescrire des antibiotiques pour les cystites sans ordonnance.

Dans ce podcast, nous abordons le manque de complémentarité entre la médecine classique et les médecines dites alternatives. De nombreux remèdes non-médicamenteux peuvent en effet soulager les cystites et, dans certains cas, éviter une prise d’antibiotiques. Malheureusement, les patient·es et les professionnel·les de santé manquent encore cruellement d’informations à ce sujet. Selon les témoignages de plusieurs Cystité·es, les soignant·es ne prennent pas toujours – voire très rarement – au sérieux les personnes qui évoquent l’usage de remèdes alternatifs.

Est-ce que tous les antibiotiques prescrits pour les cystites sont dangereux pour ma flore ?

Concernant les effets sur la flore intestinale, certaines études montrent que la Furadantine ou le Monuril semblent avoir un impact limité sur le microbiote intestinal.

Cependant, lors de nos ateliers, plusieurs Cystité·es ont rapporté avoir ressenti des effets secondaires après des prises répétées de cet antibiotique. Cela souligne l’importance de prendre en compte les ressentis individuels des patient·es. Il peut être utile de partager ces expériences avec les professionnel·les de santé afin d’améliorer la prise en charge et de mieux adapter les traitements.

Quels remèdes naturels puis-je utiliser pour soigner ma cystite ?

Alors ça, ce n’est pas à nous de le dire ! Nous ne sommes pas là pour inciter à prendre tel ou tel remède. Comme on l’a déjà souligné, chaque personne et chaque cas de cystite est unique. En revanche, on peut partager ici quelques remèdes testés et approuvés par des Cystité·es qui ont participé à nos ateliers « Cystite et Podcast ». Ces ateliers ont été organisés avec des herboristes, qui ont répondu à toutes leurs questions et alerté sur les éventuels risques et effets secondaires de certains remèdes :

Dans la catégorie « diurétique » pour éliminer les toxines :

  • La bruyère : Recommandée en infusion en cas de cystite. Aucun effet secondaire connu, pas d’effet excitant, elle est bonne pour la vessie et les reins. Pour certaines Cystité·es, c’est encore plus efficace en la mélangeant avec de la busserole, de l’aspérule odorante ou de l’achillée millefeuille (qui a aussi des propriétés calmantes). Attention en cas d’insuffisance rénale ! Il est conseillé de faire des cures de 21 jours avec des pauses d’une semaine.
  • Les feuilles de cassis sèches ou les bourgeons (antiseptiques) : Bon pour l’immunité en général et également un bon diurétique !
  • Le pissenlit : Les fleurs ne sont pas idéales pour les infusions, mais les feuilles et les racines sont des diurétiques excellents (d’où le nom « pisse-en-lit » ;)).

Dans la catégorie « antiseptique » :

  • Le thym : antiseptique, mais à consommer avec modération. C’est une plante tonique qui peut perturber le sommeil et le foi si consommée sur le long terme.
  • L’huile de coco : À appliquer localement sur la muqueuse, elle sert aussi de lubrifiant antiseptique pendant les rapports. Attention, toutefois, à ne pas l’utiliser avec des préservatifs en latex, car cela peut les rendre poreux. On peut aussi y ajouter de l’huile essentielle d’arbre à thé (un autre antiseptique) pour masser la vessie et le bas ventre, ou autour du nombril.
  • La propolis : Un excellent désinfectant naturel qui renforce aussi l’immunité.
  • La canneberge (ou cranberry) : Oui, c’est souvent recommandé et mis en avant en pharmacie (souvent dans de jolis packagings roses parce que, bien sûr, « qui dit cystite dit femme, donc rose ! » ;) ). Cependant, ce n’est pas forcément ce qui a été jugé le plus utile par nos participant·es. Attention aussi aux jus de cranberry industriels, souvent pleins de sucre et très peu concentrés en canneberge. La prise quotidienne de gélules concentrées, en revanche, a montré une légère diminution des récidives chez certaines personnes.
  • Le D-Mannose : un remède qui a soulagé plusieurs Cystité·es. Ce sucre simple non métabolisé par le foi aide à neutraliser et éliminer les bactéries E. coli responsables des infections urinaires, en les empêchant d’adhérer à la paroi de la vessie.

Pour reconstruire la flore intestinale :

  • Une alimentation riche en aliments fermentés comme le kombucha, le kéfir ou le yaourt Yakult peut aider. Quant au yacon par exemple (ou la poire de terre), c’est un légume qui aide à restaurer la flore intestinale et à favoriser son développement par sa teneur en prébiotiques.

Pour soulager les symptômes :

  • Bouillotte sur le bas ventre ou bains de siège (s’asseoir au-dessus d’un seau d’eau chaude avec du clou de girofle dedans) : cela peut grandement soulager les symptômes ! Petite astuce : uriner directement dans le seau d’eau chaude aide à éviter la sensation de « lames de rasoir » !

Vous pouvez consulter les ressources ci-dessous pour découvrir d’autres remèdes naturels, ou écouter l’épisode pour entendre les choses partagé.es par nos participant·es pour essayer de soulager ou prévenir les cystites.

 Comment prendre des probiotiques pour essayer de soigner mes cystites ?

Alors déjà, il est important d’en parler à quelqu’un qui a les connaissances ou de l’expérience sur ce sujet et qui pourrait peut-être répondre à tes questions : un·e professionnel·le de santé, comme un·e pharmacien·ne ou un·e médecin·e, ou encore des connaisseurs/euses qui pourraient te conseiller sur la bonne souche à prendre. Ce qu’on a appris, nous, en discutant avec la médecine Charline Marbaix pour ce podcast, c’est que le sujet des probiotiques est complexe, et on n’a pas encore forcément les bons outils ou les bonnes méthodes pour comprendre pleinement leur fonctionnement (si tu te demandes pourquoi et que ce n’est pas encore le cas on te conseille fortement d’écouter les épisodes du podcast !).

Il y a une énorme diversité de probiotiques, avec des milliers d’espèces différentes. Par exemple, les lactobacilles sont souvent cités comme étant des bonnes bactéries bénéfiques, notamment pour l’équilibre de la flore vaginale. Ils aident à acidifier le milieu vaginal, ce qui favorise un bon équilibre bactérien. Mais est-ce qu’en boostant ces lactobacilles, on va réduire les récidives de cystites ? C’est encore incertain. Et est-ce que des études y seront consacrées un jour ? Rien ne l’assure. Et qu’est-ce qui peut équilibrer notre flore vésicale ? Ça, c’est encore plus un mystère.

Si tu choisis de prendre des probiotiques, il est pertinent de vérifier les espèces et le dosage. Certaines bactéries probiotiques peuvent être détruites en passant par l’intestin. Ce qui est sûr, c’est que certaines parties des probiotiques (comme leurs membranes ou certains morceaux de la bactérie) peuvent être bénéfiques pour stimuler le système immunitaire, mais cela ne réensemencera pas nécessairement la flore.

Le seul moyen qui permettrait actuellement de réensemencer la flore intestinale, c’est la transplantation fécale (transplantation intestinale de caca de quelqu’un avec une bonne santé intestinale… oui oui ! Miam !). Il existe des documentaires ou podcasts spécialisés sur le sujet si ça t’intéresse.

On m’a déjà parlé d’un vaccin contre la cystite, existe-t-il ?

Nous n’avons pas trouvé beaucoup d’informations à ce sujet, à part venant de Cystité·es à qui on en avait déjà parlé. Voici ce que la médecine Charline Marbaix dit à ce propos : « J’ai déjà entendu parler de ce vaccin, c’est un vaccin contre certaines souches d’Escherichia coli. Ce sont des souches uropathogènes. Il est en phase de test pour le moment, et apparemment, ça montre une bonne réaction du système immunitaire. »

Ressources de l’épisode