Politique étrangère féministe : un concept qui n’a pas fini de faire parler de lui

Par N°234 / p. 28-30 • Décembre 2020

Décembre est un mois traditionnellement actif en termes de diplomatie internationale. On fête chaque année, le 10, la Journée internationale des droits humains ; le 18, l’anniversaire de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1979. Les COP, conférences internationales sur le changement climatique, ont habituellement lieu en fin d’année – sauf cette fois-ci, pour cause de coronavirus… C’est l’occasion de découvrir un concept novateur : celui de la « politique étrangère féministe ». Alors que la pandémie de Covid-19 a un effet particulièrement dévastateur pour les femmes, une diplomatie féministe pourrait s’avérer très utile.

21 septembre 2018. La ministre des Affaires étrangères du Costa Rica, Epsy Campbell Barr (à gauche), salue Federica Mogherini (au centre), haute représentante de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, ainsi que Valérie Plante, mairesse de Montréal, à l’occasion d’un sommet réunissant les femmes ministres des Affaires étrangères. © Martin Ouellet-Diotte / AFP

La scène avait de quoi susciter la curiosité. Dans une salle obscure où s’affichait une grande carte du monde, la présidente d’un pays pacifiste, la soixantaine, silhouette longiligne et chevelure blanche, débattait avec ses ministres – toutes des femmes – de la réponse à apporter face à la décision lourde de menaces prise par un autre État. Son pays devait-il recourir aux armes et rompre avec sa stratégie antimilitariste ? Autour de la table, les avis entre expertes divergeaient sur la manière d’éviter la catastrophe.

L’image de ce conseil de sécurité exclusivement féminin, une vision qui relève encore aujourd’hui de la science-fiction, avait été mise en scène au printemps 2018 par l’artiste israélienne Yael Bartana au théâtre Volksbühne de Berlin dans une pièce intitulée What If Women Ruled the World (« Que se passerait-il si les femmes dirigeaient le monde ? »). Même si nombre de critiques se sont agacé·es d’une mise en scène qui présentait le pouvoir féminin comme naturellement pacifiste, cette initiative a eu le mérite d’attirer l’attention sur une question qui taraude les féministes : à quoi ressemblerait un monde gouverné par les femmes ou, du moins, un monde où la parité serait atteinte ? La question reste d’autant plus d’actualité qu’un concept encore inconnu il y a une décennie connaît un succès croissant : la politique étrangère féministe.

Sous-représentées à la table des négociations

Initiée en 2014 par l’ex-ministre suédoise des Affaires étrangères, la sociale-démocrate Margot Wallström, cette nouvelle politique, détaillée par la Suède dans un manuel publié en 2018, commence à faire des émules en Europe et dans le monde…

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