Sur la fenêtre qui surplombe sa petite véranda, sont brocardés çà et là un drapeau arc-en-ciel, une étoffe de l’Union européenne, un étendard à l’effigie du mouvement pro-choix Strajk Kobiet (« Grève des femmes »)… Il n’y a pas à dire, Małgorzata Wołyńska est une femme engagée. À 78 ans, cette Varsovienne n’hésite pas une seconde à afficher ses combats. En témoigne son appartement, situé dans l’une de ces innombrables barres d’immeubles d’architecture communiste, à l’orée de la capitale polonaise. « Ce sont des valeurs qui me sont chères », explique Małgorzata, Gosia pour les intimes, en sortant d’un recoin du salon sa collection de pancartes brandies des centaines de fois depuis six ans au fil des manifestations : « La vieillesse, c’est la liberté », « Éducation, contraception, choix », « Constitution ! »… « C’est dommage, je suis la seule du lotissement à exposer des affiches militantes. Au moins, les voisins sont gentils avec moi, même s’il est déjà arrivé qu’on refuse d’entrer dans l’ascenseur avec moi à cause de l’insigne pro-démocratie que je portais ! »
« La force des « sans-pouvoir » »
Militante de la première heure, Gosia l’a toujours été. Alors que la censure fait rage en République populaire de Pologne, cette bibliothécaire à la retraite fait circuler, sous le manteau, cassettes et publications clandestines. Un colportage « essentiel en l’absence d’Internet », à une époque où la loi martiale, instaurée par les autorités communistes en 1981, douche les aspirations démocratiques. « Cela nous permettait de savoir qui avait été arrêté, quand il y aurait des grèves, nous faisions circuler ces informations dans toute la Pologne », poursuit-elle. Sur la table de chevet de sa chambre douillette, trône d’ailleurs un récent exemplaire de Gazeta Wyborcza. Soit le même quotidien ayant facilité la transition démocratique de 1989, et où Gosia a travaillé un temps en tant qu’adjointe administrative.
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Son activisme, toutefois, a repris de plus belle, il y a six ans, pour défendre l’État de droit. Deux ans plus tard, elle rejoignait les rangs des « Polskie Babcie » (« Mamies polonaises »), un regroupement informel de cinquantenaires – et plus – remontées contre la politique nationale-conservatrice du parti Droit et Justice (PiS). « Notre slogan à nous, les grands-mères polonaises, c’est « la force des sans-pouvoir » », précise cette passionnée de littérature, dans une allusion à l’essai éponyme du dissident tchèque Václav Havel, publié en 1978.
Chaque jeudi, à 16h30, Gosia retrouve la vingtaine de ses consœurs dans le centre de la capitale pour y battre le pavé, au gré des combats politiques du moment : liberté de la presse, indépendance de la justice, cause LGBTQI+, enjeu climatique, séparation entre Église et État…
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