« I’m every woman », la nouvelle BD féministe de Liv Strömquist

Par N°211 / p. 37 • Septembre 2018

La Suédoise Liv Strömquist, géniale autrice de BD (à qui l’on doit notamment L’Origine du monde), revient avec I’m every woman. Elle y retrace des histoires d’épouses et compagnes de célébrités masculines comme Elvis Presley, Jackson Pollock, Ingmar Bergman… Ces « people » ont en commun de s’être mal comportés avec leur partenaire, de l’indifférence la plus totale à la violence la plus abjecte. Avec l’humour qu’on lui connaît, la dessinatrice met en lumière ces femmes invisibles, amoureuses et emprisonnées par un idéal d’amour romantique aux relents patriarcaux. Elle a répondu à nos questions.

© Sören Vilks

Liv, vous évoquez la violence psychologique et physique d’artistes masculins contre leur conjointe. Cela fait inévitablement écho à des artistes contemporains comme Bertrand Cantat ou Woody Allen. Pensez-vous qu’on ne devrait plus leur prêter attention ?

« Non, je ne pense pas du tout qu’on doive cesser de s’intéresser à leur travail. Au contraire, de nombreux hommes évoqués dans ce livre ont réalisé une grande œuvre et je ne pense pas qu’on doive mélanger travail artistique et personnalité privée. L’ambition de mon livre est de montrer que de nombreux hommes que nous appelons des « génies » n’auraient pas pu travailler et récolter autant de succès s’ils n’avaient pas eu autour d’eux des femmes qui ont sacrifié toute leur vie pour s’occuper d’eux. Il n’y a rien de mal à prendre soin d’autres personnes, mais on ne voit pas souvent un homme sacrifier toute sa vie et ses rêves pour prendre soin d’une femme en devenir artistique. Et dès lors, les femmes « génies » ont été moins nombreuses que les hommes. »

Vous faites aussi une critique acerbe et drôle de la famille nucléaire. Quelle serait votre définition de la famille ou d’une relation de couple aujourd’hui ?

« Je suis un peu énervée quand des gens me disent que la famille nucléaire est la façon de vivre la « meilleure » et la « plus naturelle ». Quand vous êtes seule dans votre appartement, avec un nouveau-né, que votre mari est au travail, vous vous rendez compte que c’est une façon très bizarre de penser et d’organiser la vie familiale. Dans l’histoire de l’humanité, on a vécu pendant des milliers d’années comme des chasseurs cueilleurs, rassemblés en tribus. Ce que nous pensons être « naturel » est une construction culturelle relativement récente. Il y a de multiples façons de former une famille et d’éduquer ses enfants. »

Quel est selon vous, actuellement, le plus grand danger pour le féminisme ?

« La montée du populisme de droite, de l’extrême droite et de l’extrémisme. Le capitalisme occidental engendre aussi des menaces pour les femmes, par exemple le renforcement des standards de beauté, ou le développement de la chirurgie esthétique, qui rendent les femmes obsédées et angoissées par leur apparence. »

À lire
Liv Strömquist, I’m every woman, Rackham 2018. 116 p., 18 eur.

Petit plus : une interview de l’artiste sur Point de Vulve , un « site éditorial 100% féminin ».

Share Button