Travailleuses domestiques en lutte, un souffle de dignité

Par N°248 / p. 40-42 • Septembre-octobre 2022 | conectionconection Contenu complet (pdf)
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Dans l’ombre des foyers et des hôtels, des femmes, majoritairement issues de l’immigration, récurent, frottent, dépoussièrent, réveillent et endorment les enfants, refont les lits des client·es, dans l’indifférence et l’exploitation. Mais un souffle chaud et collectif s’élève du plancher. En juin, la Ligue des travailleuses domestiques a organisé une grève, une première en Belgique. En France, trois jours plus tard, Rachel Keke, l’une des victorieuses de la grève historique des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles, est devenue députée à l’Assemblée nationale.

La députée NUPES Rachel Keke, élue en juin, organise un pique-nique au parc Villette de Fresnes (29 juillet 2022). © Magali Cohen / Hans Lucas

16 juin. Journée internationale du travail domestique. Place du Luxembourg à Bruxelles, une séance parlementaire pas comme les autres dédiée au travail domestique se déroule en plein air, devant un parterre de citoyen·nes représentant les député·es. En fin de séance, une motion est votée à l’unanimité pour rendre accessible le “permis unique” (une autorisation unique de travail et de séjour) et régulariser les travailleurs/euses sans papiers.

19 juin. Dimanche d’élections législatives françaises, les résultats tombent sur les écrans. Rachel Keke, ancienne gouvernante et porte-parole de la longue grève des femmes de chambre de l’hôtel Ibis Batignolles (Paris) est élue députée de la 7e circonscription du Val-de-Marne. Elle devient ainsi la première femme de chambre à siéger à l’Assemblée nationale.

Le 16 juin 2022, place du Luxembourg à Bruxelles, s’est tenue la première grève organisée par la Ligue des travailleuses domestiques. © Manon Legrand

Trois jours séparent ces événements politiques. Alors que le premier a sa part de fiction (même si la motion sera vraiment déposée en cette rentrée), l’un et l’autre sont inédits et s’inscrivent dans une lutte de plus en plus incontournable, celle des femmes de ménage, des nounous, des travailleuses domestiques. Femmes sous-traitées, femmes maltraitées. Métiers essentiels et exploités. Travail de qualité, travail déqualifié. Travail invisible exercé dans les foyers ou les “domiciles de transit”, ainsi que Soizic Dubot, coordinatrice nationale à Vie Féminine et spécialiste des questions socioéconomiques, nomme les hôtels pour souligner le point commun entre les travailleuses domestiques et les femmes de chambre. “Un travail en marge “pour ne pas perturber”, un travail invisible qui ne se voit pas, qui ne doit pas se voir”, analyse-t-elle dans son intervention le jour de la grève des travailleuses domestiques à Bruxelles.

Être visibles

Elles sont des milliers. Mais sur le tapis rouge déployé pour l’occasion place du Luxembourg, elles sont dix-sept, fières, émues et en colère. Dix-sept femmes, immigrées, travailleuses domestiques, pour la plupart sans papiers, membres de la Ligue des travailleuses domestiques de la CSC-Bruxelles. En cette journée internationale du travail domestique, elles ont pris le risque de s’arrêter.

Pour l’occasion, les femmes de la Ligue ont imaginé la tenue d’un Parlement, et précisément d’une fausse Commission des Affaires économiques et de l’Emploi sur le thème des travailleuses domestiques. La performance se passe en face d’un parlement, lui, bien réel, le Parlement européen. “Vous teniez à ce que ce parlement se tienne ici, en ce lieu qu’est la place du Luxembourg, espace public central au sein des quartiers aisés où vivent et travaillent certains de vos employeurs, vous teniez à ce que cette commission soit visible, visible à l’inverse de votre travail que d’autres continuent d’invisibiliser”, explique Soraya Soussi, journaliste solidaire dans le rôle de la  présidente de cette commission parlementaire extraordinaire.

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