« Moi aussi j’ai subi des violences. » À partir de 2017, des millions de femmes dans le monde sont venues gonfler la déferlante #MeToo, amorcée par les tweets de l’actrice américaine Alyssa Milano : « … Si toutes les femmes qui ont déjà été harcelées ou agressées sexuellement écrivaient « Me Too » en statut, nous pourrions peut-être faire prendre conscience aux gens de l’amplitude du problème. »
L’idée du hashtag MeToo émane au départ de Tarana Burke, une travailleuse sociale afro-américaine. En 2006, elle imagine un dispositif de témoignages pour soutenir les victimes d’agressions sexuelles, et particulièrement les victimes racisées. C’est ce que retracent dans leur livre Manuel d’activisme féministe les militantes françaises Sarah Constantin et Elvire Duvelle-Charles (Éditions des femmes Antoinette Fouque 2020). Cette dernière analyse dans l’ouvrage l’impact de l’appropriation du hashtag : « Aussi traumatisants que soient les abus sexuels, les agressions ou l’exploitation, il n’y a parfois rien de plus puissant que de savoir que vous n’êtes pas seule. Plus tôt les jeunes femmes comprennent qu’elles ne sont pas une anomalie, plus tôt elles peuvent commencer leur processus de guérison. C’est le cœur du mouvement #MeToo. »
D’un « moi » à un « nous »
Grâce à la caisse de résonance virtuelle, cette vague en génère nombre d’autres. Mais Internet n’a pas attendu le mouvement viral #MeToo, devenu social et politique, pour offrir aux femmes la possibilité de populariser des thématiques féministes, de s’informer, de témoigner et de se mettre en lien. Fondatrice du groupe Facebook belge Des Mères Veilleuses, Fatma Karali partage : « Les réseaux sociaux m’ont sauvée. En 2016, j’étais maman solo avec un bébé, seule à porter toutes les contraintes quotidiennes et financières, et un ex qui continuait à être pénible. » La jeune mère intègre alors un groupe français privé de mamans solos féministes (dans un groupe privé, seul·es les membres peuvent accéder aux publications et commenter). « J’ai pu partager mes idées noires à un moment où je ne savais pas comment m’en sortir. Quand je disais que je n’étais pas bien, des dizaines de commentaires soutenants affluaient ; j’avais cette écoute, virtuelle, mais présente. Si je n’avais pas intégré ce groupe, je ne sais pas comment j’aurais tenu. Par la suite, j’ai rencontré certaines membres en vrai. »
Groupes en ligne en lien
En parallèle de ce soutien inconditionnel, Fatma Karali explique que « ce groupe a nourri mon combat politique pour la défense des mères, un combat spécifique, lié à la situation de maman solo. En 2018, j’ai créé le même type de groupe en Belgique. J’ai commencé à raconter ce que je ressentais, un peu comme un journal, pour donner envie aux mamans de le faire. »
Abolissant des murs, très concrets : ceux de la maison d’abord, pour celles qui ont accès au numérique, mais aussi les frontières culturelles, de classe, Internet représente une fenêtre ouverte sur le monde. Parce que la mobilité des femmes est encore entravée et circonscrite à un périmètre lié au foyer. « Elles ont moins la possibilité de sortir de chez elles, ou elles ont peur, analyse Fatma Karali. On sait que ce sont les femmes qui sont majoritairement dans des situations plus précaires, et la précarité ne permet pas d’avoir une vie sociale. Pour certaines, sortir boire un verre est un vrai luxe. »
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