Cinéma : « La Vie d’une petite culotte »

© Stéfanne Prijot

Des champs de coton ouzbeks à une boutique de vêtements en Belgique, le documentaire « La Vie d’une petite culotte et de celles qui la fabriquent » donne la parole aux femmes qui travaillent dans l’ombre de l’industrie textile. (Fanny Declercq)

« Quel trajet a parcouru une culotte en coton ? Comment a-t-elle été fabriquée ? À la force de quelles mains ? Et pour quels destins ? », s’interroge Stéfanne Prijot au début de son documentaire. Ayant grandi dans la boutique de sa maman, la réalisatrice belge explore le coût environnemental, sanitaire et humain de nos vêtements. La Vie d’une petite culotte et de celles qui la fabriquent nous fait remonter le fil du temps pour découvrir le processus de fabrication d’une petite culotte avant son déballage dans les rayons d’un magasin belge.

« Nous sommes comme des ombres »

Ce sont d’abord les rêves effilochés de Yulduz et Soraya, travailleuses forcées dans les champs de coton ouzbeks. « Être une femme en Ouzbékistan, c’est l’horreur. Nous sommes comme des ombres. Même s’il est blanc, le coton a de sombres résultats. Ici, les êtres humains n’ont pas de dignité », témoigne Soraya. En Inde, Janaki, une jeune fileuse qui a dû quitter les bancs de l’école pour l’usine, dessine et raconte la vie des travailleuses – ou plutôt des détenues. « Un soir, mon père est venu me chercher. J’avais l’impression de m’évader d’une prison. Entrer dans l’usine, c’est facile. En sortir était problématique », confie-t-elle.

Mythili, une teinturière indienne atteinte d’une tumeur aux ovaires due aux substances toxiques des produits utilisés pour colorer le tissu, rêve de devenir maman. Pendant ce temps, Risma, militante pour les droits des ouvrières en Indonésie, œuvre pour que les femmes obtiennent un salaire décent. Enfin, la maman de la réalisatrice, Pascale, témoigne dans son magasin de son impuissance face au manque d’informations et d’alternatives.

À partir du 23 octobre au Cinéma Aventure à Bruxelles. Le documentaire sera aussi projeté le 25 janvier au Festival Elles Tournent à Bruxelles ainsi que le 23 mars au Festival international du film documentaire Millenium à Bruxelles. Infos : thestoryofapanty.com

À chaque étape de sa fabrication, de pays en pays, cette petite culotte tisse des liens entre la vie de ces cinq femmes, maillons d’une chaîne de production mondiale bien opaque. La réalisatrice refuse de coller une étiquette à son film : « C’est un documentaire engagé, d’auteure, intimiste. J’ai voulu donner de la valeur à celles qui fabriquent nos habits, rentrer dans leur intimité pour qu’on les aime », nous explique celle que l’on entend le moins dans ce documentaire tourné dans quatre pays. Au montage, elle a enfilé des images soigneusement composées, qui jouent avec l’esthétique et la lumière, pour nous laisser voir le quotidien des femmes se racontant face caméra. Derrière ces portraits, des scènes de vie témoignent aussi de leur travail domestique et de sa charge mentale. Soraya s’interroge : « Que peuvent faire les personnes ordinaires ? » Commencer par aller voir un film sur la toile d’araignée de l’industrie textile et ses victimes, prises dans ses fils.

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