Fatoumata Diawara

© Aida Muluneh

Après Fatou en 2011, voici Fenfo, deuxième opus, et toujours cette voix capable de graves un peu éraillés chantant une poésie engagée sur des rythmiques aux résonances africaines. On pense à Oumou Sangaré, dont Fatoumata Diawara a d’ailleurs assuré un temps les chœurs. La chanteuse-auteure-compositrice et musicienne (elle joue divinement de la guitare électrique) revendique des inspirations plus jazz et soul côté Nina Simone, Billie Holiday, ou même blues, avec Sister Rosetta Tharpe (incroyable musicienne, surnommée « la marraine du rock »). Mais Fatoumata Diawara mélange les genres, tout en restant proche de son héritage africain.

Née en Côte d’Ivoire, la chanteuse arrive au Mali à 11 ans pour vivre avec une de ses tantes, suite à la mort d’une de ses sœurs. Pour fuir un mariage arrangé, elle s’échappe en France et accumule les expériences, joue dans le film Timbuktu, endosse le rôle de Karaba dans la comédie musicale Kirikou, collabore avec Herbie Hancock, Damon Albarn, Bobby Womack…, puis participe au projet collectif Lamomali initié par Matthieu Chedid, qui a d’ailleurs produit Fenfo.

Le titre de l’album signifie en bambara « quelque chose à dire » : comme dans le morceau Nterini qui raconte la peine des amant·es séparé·es, prétexte pour aborder la situation migratoire, sans pathos. Solaire, allègre, Fatoumata Diawara veut promouvoir une vision positive de l’Afrique. Elle chante « la douleur avec beaucoup d’espoir » et c’est très beau. (V.L.)

« Fenfo », Fatoumata Diawara, Troisième Bureau, Wagram Music 2018.
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