Relic exorcise le film d’horreur

Dans le film d’horreur Relic, trois générations de femmes d’une même famille se retrouvent isolées dans une maison hantée. Mais au lieu d’être hantées par des fantômes, la fille et la petite-fille sont hantées par la maladie de la grand-mère. (Camille Wernaers)

Outre les tas de feuilles mortes et les tasses de thé qui brûlent les doigts, le mois d’octobre est également le mois d’Halloween. Traditionnellement, des films d’horreur sont programmés en salles. D’un point de vue féministe, il est certain que le cinéma d’horreur interpelle : on pense au plaisir voyeuriste à regarder des violences physiques ou psychiques dans une société où les femmes sont plus souvent violentées, mais aussi à la manière dont les corps féminins sont représentés dans certains films, notamment via ce qu’on appelle le “torture porn”, un genre dans lequel les violences faites aux femmes sont érotisées et montrées comme du divertissement…

Une autre question se pose chaque année lors du festival de films fantastiques de Bruxelles, le BIFFF, qui programme des films d’horreur : mais où sont les réalisatrices ? La sortie de Relic ce 7 octobre au cinéma fait donc figure de mini-événement. Imaginez plutôt : un film d’horreur réalisé par une femme, Natalie Erika James, qui met en scène trois générations de femmes, sans érotiser leurs corps, ni même les violences masculines ! axelle ne pouvait pas rater cela.

Histoire personnelle

Et il faut dire qu’il s’agit d’un film intéressant. D’abord parce que, comme d’autres films d’horreur ces dernières années – Hereditary par exemple, qui partage des similitudes avec Relic –, ce film utilise l’horreur pour questionner les réactions humaines face aux maladies mentales, plus précisément la peur d’en être atteint·e si cette maladie est héréditaire. La réalisatrice s’est en effet inspirée de son histoire personnelle pour le scénario ; sa grand-mère a été atteinte par une maladie dégénérative connue : Alzheimer.

Dans Relic, lorsque Edna (jouée par Robyn Anne Nevin) disparaît, sa fille Kay (Emily Mortimer) et sa petite-fille Sam (Bella Heathcote) se rendent dans leur maison familiale isolée pour la retrouver. Peu après le retour d’Edna, et alors que son comportement devient de plus en plus instable et troublant, les deux femmes commencent à sentir qu’une présence insidieuse rôde dans la maison. Edna refuse de dire où elle était. Mais le sait-elle vraiment ?

Les silences d’Edna

Les difficiles relations mère-fille sont au cœur du film. Et, dans la première heure, ne vous attendez pas à des portes qui claquent et des apparitions angoissantes qui vous feront sursauter sur vos sièges. Non, ce qui effraie, ce sont les silences d’Edna, ses regards qui se perdent au loin, les blessures sur son corps qu’elle ne peut pas expliquer, ses propos qui deviennent incohérents. La dernière demi-heure se rapproche plus des codes classiques du cinéma d’horreur, et attention, certaines scènes peuvent être impressionnantes (le film est interdit aux moins de 16 ans).

On retrouve le thème de la maison hantée, une maison marquée par cette fameuse relique évoquée dans le titre du film. La réalisatrice australo-japonaise explique s’être inspirée de films d’horreur japonais qui mettent souvent en scène des huis clos horrifiques. C’est également le cas ici, jusqu’à la scène finale, presque énigmatique, dans laquelle la réalisatrice nous montre toute la difficulté d’accepter la maladie de nos proches. Et leur nouveau visage.

Relic, de Natalie Erika James, sortie le 7 octobre 2020.

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