3 questions à Lisette Lombé

Lisette Lombé © Amin Ben Driss

L’artiste, poétesse et slameuse afro-féministe liégeoise Lisette Lombé a publié Venus Poetica, son premier roman, après plusieurs recueils de textes.

Propos recueillis par Camille Wernaers

Venus Poetica nous plonge dans les réflexions, les souvenirs et les pensées d’une femme noire de 40 ans. Tous les interdits dans la bouche des femmes y passent : sexualité, pertes blanches, dépression post-partum, infidélité, etc. Selon l’autrice, le livre n’est pas une autobiographie mais une autofiction.

Venus Poetica, l’urgence de dire la sexualité féminine

L’Arbre à paroles 2020, 61 p., 12 eur.

En quelque 60 pages, les mots s’enchaînent avec une grande énergie, qui rappelle le slam – art de la parole pratiqué par l’autrice –, pour raconter un érotisme au féminin, libre et sans tabou, à la manière du livre Zones humides de Charlotte Roche. Le titre est également une référence au recueil de nouvelles Vénus Erotica d’Anaïs Nin, publié en 1978, un classique de littérature érotique écrit par une femme (et controversé auprès des féministes) dans lequel, ironiquement, l’autrice a essayé de retirer toute forme de poésie pour raconter les choses le plus crûment possible. Le Venus Poetica de Lisette Lombé résonne tout particulièrement dans ce contexte et nous confirme que la poésie peut se rencontrer partout, même dans les mots crus.

Pourquoi est-ce que vous avez choisi d’aborder ces thèmes dans ce premier roman ?

“J’essaye d’apporter ma modeste contribution à une entreprise colossale de dépathologisation et de débinarisation de la sexualité. L’avantage d’être une poétesse féministe est que je peux produire un discours artistique pour contrecarrer le discours sexiste qu’on nous balance tous les jours, de partout. Je peux dénoncer tout ce qui porte atteinte à l’intégrité des femmes, mais je peux également faire l’éloge du plaisir et de la liberté. Le travail en dehors du territoire-livre reste capital. Par exemple, simplement en discutant avec mes enfants. Hier, la question était de savoir si on pouvait avoir des verrues sur tout le corps. Si je me mets à contourner le mot sexe dans ma réponse, je deviens la porte d’entrée de leurs futurs tabous.”

Est-ce que libérer la parole, c’est libérer les corps ?

“La liberté de parole et de ton est la partie saillante d’un long processus de légitimation. Je n’aurais jamais écrit ce texte, de cette manière-là, si je n’étais pas passée par le cabaret. L’effeuillage a réveillé beaucoup d’audace et d’espièglerie en moi. C’est cette femme-là, plus à l’aise avec son corps, moins écrasée par le regard d’autrui, qui est revenue à la table d’écriture. Si la charge érotique du livre peut, à son tour, inviter d’autres personnes à interroger leur rapport aux normes, je serai contente.”

En quoi écrire un roman est-il différent d’écrire de la poésie ?

‘Je ne me suis pas sentie écrire un roman. Je suis et reste une poétesse mais, de plus en plus, je m’autorise à déployer mon écriture au-delà du format “slam” et de ses trois minutes. L’étiquette “roman” est un choix de mon éditeur pour permettre à mon livre de voyager au-delà du rayon poésie. Venus Poetica porte encore la trace de l’urgence de dire de la slameuse : je l’ai écrit en quelques semaines, presque en écriture automatique, presque sans corrections. Il n’aurait pas fallu me demander d’ajouter du contenu. J’aspire à la patience des romancières.”

Éditions de L’Iconoclaste 2020, 80 p., 12 eur.

 

À noter également, la sortie ce mois-ci de l’incandescent recueil de poèmes de Lisette Lombé, Brûler Brûler Brûler, aux Éditions de L’Iconoclaste.

 

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