3 questions à Bernardine Evaristo

Bernardine Evaristo ©Jennie Scott

À mi-chemin entre prose et poésie, le dernier succès de la romancière et poétesse anglaise Bernardine Evaristo, Fille, femme, autre, chronique la vie de familles noires londoniennes. axelle a pu s’entretenir avec l’autrice, voix majeure de la littérature anglophone.

Propos recueillis par Fanny Declercq

Douze personnages, pour la plupart des femmes britanniques noires, parcourent différentes décennies, générations et classes sociales. Chaque personnage constitue un chapitre, mais leurs vies se chevauchent. Il y a Amma, une dramaturge lesbienne ; sa fille Yazz ; Morgan, une blogueuse non binaire ; Winsome, qui arrive de La Barbade ; Shirley, une enseignante qui se sent étrangère à la communauté… Toutes vivent dans une société patriarcale, et toutes le vivent différemment. Les personnages semblent d’ailleurs débattre entre eux : comment être féministe et hétérosexuelle ? Comment exprimer sa colère ? Qui sont les plus privilégié·es ?

Le huitième livre de Bernardine Evaristo explore les diasporas africaines, la vie moderne, l’héritage, le racisme, le sexe, le harcèlement, dans une prose qui ressemble à de la poésie, dépourvue de majuscules et de signes de ponctuation. L’autrice anglaise a obtenu le prestigieux Man Booker Prize avec ce livre qui nous offre une mosaïque de personnages complexes et imparfaits, que son écriture célèbre à merveille… 

Quel est votre regard sur les mouvements comme #MeToo et Black Lives Matter ? Ont-ils influencé l’écriture de votre livre ?

« Mon féminisme et mon opinion sur la politique raciale sont présents depuis très longtemps. Mais quand j’ai commencé à écrire ce roman, je pensais que personne ne serait particulièrement intéressé de lire des histoires de femmes anglaises noires. Et puis ces deux mouvements sont apparus, et soudainement tout a commencé à glisser. On a vu un changement dans nos sociétés, les gens montraient plus d’intérêt pour les histoires de femmes, de personnes noires. J’ai commencé mon livre en 2013, et j’ai vraiment senti que c’était un livre pour cette époque, parce qu’il traite de toutes ces questions. Il donne à entendre les voix des personnes marginalisées. Dans ce sens-là, ces mouvements ont affecté la création de mon livre, c’est presque comme si la société l’appelait ! »

Vous êtes écrivaine et professeure. Vous considérez-vous aussi comme activiste politique ?

« Depuis le début des années 1980, je suis dans divers projets d’inclusion. Je suis activiste depuis très longtemps mais, à l’époque, on n’appelait pas cela une « activiste » mais plutôt une « agente de changement social ». En tant qu’écrivaine, je me considère plutôt comme une artiste créative, et mon activisme est comme une seconde carrière… non payée, disons ! Mais mon militantisme se retrouve dans mon écriture, je pense. »

En ce qui concerne le style, pourquoi avez-vous fait le choix d’absence totale de ponctuation ?

« Mon dernier livre utilisait déjà une forme similaire. J’ai vraiment apprécié écrire ainsi, ne pas devoir penser aux paragraphes et à toute la ponctuation. En tant que poétesse, je trouve cette forme d’écriture libératoire et fluide. Dès que j’ai commencé à rédiger Fille, femme, autre, cela m’a semblé très juste de continuer ce style qui me permettait de raconter tellement sur les personnages, alors que cela n’aurait pas été possible si j’avais utilisé des phrases traditionnelles qui se terminent par des points. »

 

Fille, femme, autre

Bernardine Evaristo

Éditions Globe 2020, 480 p., 22 eur.

 

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