Le pays qui torture ses féministes

Loujain al-Hathloul en 2016. D.R.

Mohammed Ben Salmane passe pour un prince héritier moderne voulant enfin réformer son royaume, l’Arabie saoudite, vers davantage de respect des droits humains, mais la réalité contredit ses promesses. Le cas Loujain al-Hathloul, l’une des figures emblématiques de la lutte pour les droits des femmes, illustre tristement la politique brutale et répressive des autorités saoudiennes.

C’est Loujain al-Hathloul qui, en 2014, se filmait au volant d’une voiture et bravait la loi interdisant aux femmes de conduire, en roulant des Émirats arabes unis jusqu’en Arabie saoudite. Cette vidéo devenue virale, en même temps que l’engagement d’autres féministes saoudiennes comme Manal al-Sharif, permettra à la loi interdisant aux femmes de conduire d’être levée le 24 juin 2018 : une réforme historique… fêtée loin de Loujain, de la militante féministe et blogueuse Eman al-Nafjan et de la dizaine d’autres militantes, arrêtées un mois avant la victoire tant attendue.

Loujain, également engagée contre le système de tutelle masculine, avait déjà été victime d’intimidations au début de son combat : 73 jours d’emprisonnement, interdiction de quitter le territoire ou de commenter sur les réseaux sociaux la suppression de la loi interdisant aux femmes de conduire. Mais le printemps 2018 verra un durcissement des mesures prises par l’Arabie saoudite pour museler les voix dissidentes au régime, dont celles de ces féministes.

Le 15 mai 2018, une dizaine de militant·es, dont Loujain al-Hathloul, sont donc arrêté·es sans motif d’inculpation ni assistance juridique. Après cette arrestation, les médias et les autorités saoudiennes lancent une campagne de diffamation pour discréditer les activistes, les accusant d’être des « traîtres », des « agents d’ambassade » et annonçant une peine pouvant aller jusqu’à 20 ans de prison, voire la peine capitale. Amnesty International déclare le 23 mai que « cette campagne de diffamation est très inquiétante pour les défenseurs des droits des femmes et les militants en Arabie saoudite. Cette tactique d’intimidation est totalement inacceptable. »

En novembre 2018, Amnesty International et Human Rights Watch récoltent des témoignages expliquant les conditions de détention effroyables vécues par les militant·es détenu·es à la prison de Dhaban à Jeddah : électrocutions, suffocation par l’eau, harcèlement sexuel, confinement et menaces de viol… Le 13 janvier, dans le New York Times, Alia al-Hathloul, qui vit actuellement en Belgique, confirme les tortures subies par sa sœur Loujain et les autres militantes. Même si Alia al-Hathloul se dit terrorisée à l’idée que ses mots aient des répercussions sur sa sœur, elle affirme que rester dans le silence ne fait que diminuer l’espoir que Loujain soit enfin libérée. Le procès des activistes emprisonnées s’est ouvert le 13 mars à Ryad : mais qui croit encore à la Justice ?

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