En France : unies contre les violences conjugales

Le 1er septembre, à Paris, des personnes arborent des pancartes avec des noms de femmes lors d'une manifestation organisée par le collectif féministe #NousToutes pour dénoncer le 100e féminicide de l'année. © Zakaria Abdelkafi / AFP

« Céline, Sarah, Maguy, Salomé, Clothilde, Eliane, Euphémie, Tran Thi Thua Ha… » Ce dimanche 1er septembre, des membres du collectif féministe #NousToutes ont mené une action au Trocadéro à Paris en citant les noms des 100 premières victimes de féminicide cette année en France et en les visibilisant à l’aide de pancartes. Quelques heures plus tard, une femme de 92 ans, tuée à coups de canne, devenait la 101e victime assassinée par un compagnon ou ex-compagnon… Et ce chiffre a encore augmenté depuis.

Dans la foulée de ce décompte sinistre, un « Grenelle » (un débat national) contre les violences conjugales s’est ouvert en France rassemblant des représentant·es de la Justice et de la police, des familles des victimes et des associations féministes. Associations dont les demandes sont claires : plus de moyens pour lutter contre les violences faites aux femmes, des hébergements supplémentaires pour les victimes, une réforme du fonctionnement de la Justice ou encore une meilleure formation de la police et de la gendarmerie. Les associations demandent notamment une vraie politique de prévention et d’éducation aux violences sexistes, dès l’école. « Si la France le décidait aujourd’hui, elle pourrait faire reculer de manière radicale toutes les violences sexistes et sexuelles que cachent les féminicides. Beaucoup de féminicides auraient pu être empêchés s’il n’y avait pas eu de dysfonctionnements », a affirmé à l’AFP Caroline De Haas, membre de #NousToutes. « Nous voulons un milliard, pas un million », ont crié ensemble les manifestantes.

Quelques jours plus tard, le Premier ministre Édouard Philippe annonçait pouvoir débloquer 5 millions d’euros contre les violences conjugales dès le 1er janvier 2020, ainsi que 1.000 nouvelles places d’hébergement et de logement d’urgence destinées aux femmes victimes de ces violences. Il a également expliqué vouloir identifier des « procureurs référents » spécialisés sur la question des violences sexistes dans les tribunaux et vouloir généraliser la possibilité de porter plainte à l’hôpital.

Les associations sont restées prudentes face à ces déclarations et ont exigé plus qu’un effet d’annonce. « On ne veut pas un Grenelle des fake news […]. On souhaite que ce qui va être annoncé soit budgété, soit concrètement réalisé. L’attente est énorme. Les 100 femmes qui ont été assassinées nous obligent », a souligné Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes, citée par Le Nouvel Observateur. Les résultats du Grenelle, qui prend la forme d’une concertation entre les différent·es participant·es, seront connus le 25 novembre 2019, Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Toutes les militantes redoutent le dépassement des 121 féminicides perpétrés en France en 2018, soit une femme tous les trois jours. La Belgique n’est pas épargnée avec au moins 17 féminicides depuis janvier 2019, 37 féminicides l’année passée, selon le blog Stop Féminicides Belgium, qui milite pour des chiffres officiels et qui décompte les victimes à partir des cas relatés dans les médias. Car dans notre pays, nous n’avons plus de chiffres officiels à propos de la violence entre partenaires depuis 2010… (Camille Wernaers)

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