Fred Vargas : L’humanité en péril

Les constats alarmants concernant l’état de la planète se succèdent, brossant un avenir angoissant. Quittant le registre du polar, l’autrice française Fred Vargas s’est immergée dans la littérature scientifique et projette dans son livre, L’humanité en péril, une vision globale des effets de l’industrialisation sur la nature et la santé. Une lecture inévitable pour sortir de l’impuissance. (Véronique Laurent)

L’ennemi n° 1 : la désinformation. Depuis longtemps, les gouvernements et les États connaissent l’ampleur du désastre mais n’informent pas la population. Tout le monde « sait » que la planète va mal, mais mal comment, exactement ? Fred Vargas plonge dans la réalité, crue. Le réchauffement climatique est entièrement dû à l’activité humaine ; le discours dominant martèle que le modèle de société productiviste est immuable ; la pub continue à nous enjoindre de consommer. Il y a pourtant urgence. Selon l’ONU, « la volonté politique est absente […], alors que le changement climatique est le problème le plus important auquel l’humanité est confrontée. » L’autrice poursuit : « Pour beaucoup de gens, c’est déjà une question de vie ou de mort, alors il est difficile de comprendre pourquoi, collectivement, nous avançons si lentement et dans la mauvaise direction. »

Une troisième révolution

Parce que l’espoir d’une responsabilisation des institutions et des États s’avère de plus en plus vain (alors que la responsabilité est la base même de leur devoir), Fred Vargas appelle, après la seconde révolution industrielle, à une troisième révolution, c’est-à-dire à un changement radical, mais surtout indispensable. Leitmotiv : il nous faut savoir pour agir ! Elle étale alors les chiffres, affolants, et allège aussi régulièrement l’atmosphère (sans mauvais jeu de mots) par des témoignages personnels.

La température moyenne a déjà grimpé de 1 °C, et devrait, si on ne fait rien – c’est le scénario actuel, malgré les déclarations d’intention – augmenter d’ici à 2100 de 4 à 5 °C, entraînant, selon des données qu’elle a croisées, la mort de 75 % de la population mondiale. Responsables du réchauffement, les différents gaz à effet de serre attaquent la couche d’ozone (durée de séjour dans l’atmosphère : de 100 à 200 ans). Ils sont émis par diverses sources, dont l’agriculture industrielle.

Enjeu principal pour les dix années à venir : convertir tout le secteur agro-alimentaire. Premier pas à poser, réduire drastiquement la consommation de viande non bio et non locale en particulier. La productrice de polars en série passe ensuite à l’analyse de l’impact environnemental des batteries, puis des carburants (actuellement, les biocarburants n’améliorent rien). Elle parle notamment de la prochaine pénurie en eau. De la déforestation massive en Amazonie et ailleurs : l’Europe, par ses importations de nourriture pour animaux d’élevage, est la région du monde qui génère le plus de déforestation ! Elle décrit les chaînes de causes à effets désastreuses : industrialisation, pollution, climat, santé ; les politiques libérales et de droite, terribles pour la nature…

Pourcentages, termes chimiques, données, conséquences, tableau de la situation sous divers angles, constats concrets et actions à mener : la charge climatique de Fred Vargas est lourde, mais si la lecture du bouquin assomme dans un premier temps, elle ancre profondément chaque choix posé par la suite, invitant à « se bagarrer pour sauver le monde », à l’action individuelle autant que collective, « levier magistral » pour influer sur les politiques.

 

L’humanité en péril. Virons de bord, toute !, Fred Vargas

Flammarion 2019, 247 p., 15 eur.

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