Roman : « Le Chant des revenants »

10/18 (à paraître en février 2020), 288 p., 8,10 eur.

Durant ces quelques jours dans la vie d’une famille afro-américaine, on suit les pensées de Jojo, un jeune garçon de 13 ans. Avec sa petite sœur accrochée à son cou, il est embarqué par sa mère, Léonie, dans un voyage en voiture désespéré, pour aller chercher son père (blanc) à sa sortie de prison. Héritier d’un passé qui hante tous les membres de sa famille, Jojo se débat avec lui-même et ses proches aux espoirs déçus. Au fil des pages et des kilomètres, le temps se comprime ou s’étire, les époques se superposent et les générations de vivant·es et de mort·es se confondent au présent, où rôdent la faim, la dépendance, la tristesse, la colère et la folie. Dans ce monde à l’horizon bouché surgit pourtant la lumière, intense, inattendue, à travers l’empathie, la tendresse, l’amour et la magie. Retissant les liens entre les générations, leurs histoires, leurs racines et par-delà la mort, la magie va ouvrir des portes et créer des ponts qui aideront les vivant·es à transformer leurs souffrances et à laisser partir leurs fantômes.

Les mots de Jesmyn Ward nous prennent à la gorge et le souffle nous manque à la lecture de ce livre terrible, porté par une écriture puissante. À travers cette intense chronique familiale et les portraits tout en profondeur de Jojo et de Léonie, c’est toute la permanence des injustices et du racisme qui se déploie, et l’autrice confronte sans ménagement l’héritage esclavagiste du sud profond des États-Unis d’Amérique et son impact destructeur. À lire absolument. (L.B.)

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