Une manifestation féministe réprimée dans la capitale

Une partie du dispositif policier qui a réprimé la manifestation féministe du 31 mars 2018. © Collectif Féminisme Libertaire

Le 31 mars dernier à Bruxelles, la manifestation féministe, pacifique et nocturne « Reclaim the Night » (« reprendre la nuit ») a été brutalement stoppée par les forces de l’ordre. Il y a un peu plus d’un an, une précédente marche « Reclaim the Night » fut également réprimée. Mais les souvenirs de ces violences n’ont pas empêché les organisatrices de prendre à nouveau la rue, un samedi soir de pleine lune. « Après avoir subi une violence policière décomplexée lors de la précédente Reclaim the Night le 11 février 2017, nous avons choisi de marcher à nouveau ensemble hier soir, sans se résigner au bon vouloir d’un État autoritaire et patriarcal qui nous opprime quotidiennement », expliquent les organisatrices au lendemain de la manifestation.

L’objectif de la marche était de dénoncer les violences sexistes et policières qui visent les femmes et les personnes trans dans l’espace public. C’est d’ailleurs parce qu’elles poussent jusqu’au bout leur raisonnement que les organisatrices n’ont pas demandé d’autorisation officielle pour manifester : « Nous estimons que nous devrions avoir le droit de nous approprier la rue sans avoir à négocier. […] Nous trouvons extrêmement paradoxal de demander une autorisation à un État patriarcal pour pouvoir manifester contre lui. »

Par ailleurs, prenant l’exemple de diverses marches récemment interdites ou réprimées, elles pensent que leur manifestation n’aurait probablement pas été autorisée. Quant au porte-parole de la police de Bruxelles Capitale-Ixelles, Olivier Slosse, voici comment il justifie l’intervention : « Étant donné qu’il y avait eu des incidents l’an dernier, il a été décidé de bloquer la manifestation et d’interpeller administrativement les personnes présentes. »

Le 31 mars, une centaine de manifestant·es se sont donc rassemblé·es place Sainte-Catherine, dans le centre de Bruxelles. Mais dix minutes plus tard, un important dispositif policier les encercle : les personnes ont été attrapées brutalement, « plaquées au sol, tirées par les cheveux, fouillées » et menottées avec des colsons, racontent les organisatrices.

Cela s’est passé derrière des barrières opaques dressées, selon la police, « pour protéger les manifestantes et éviter un éventuel malaise parmi les badauds » ou, selon les manifestantes, « pour nous rendre invisibles à la foule amassée aux alentours et aux soutiens ». Puis les militant·es ont été entassé·es dans des bus et des camionnettes de la police et emmené·es aux casernes d’Etterbeek pour être fiché·es et relâché·es dans divers endroits de Bruxelles afin d’éviter un nouveau rassemblement. Une dizaine de témoignages rendus publics sur les réseaux sociaux font état de violences physiques et verbales. Et racontent aussi la résistance et la solidarité des militant·es.

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